10 Juin 2019

Soudan: Prise de position de l'UA face aux violences meurtrières au pays

En réaction à la répression barbare du sit-in qui a laissé plus d'une centaine de macchabées sur le carreau, le 3 juin dernier, l'Union africaine (UA) est montée sur ses grands chevaux pour prononcer la suspension du Soudan de l'organisation panafricaine, jusqu'à « l'établissement effectif d'une autorité civile de transition ».

Une sortie qui se veut un signal fort à l'encontre de la junte militaire et qui aurait pu être saluée, à sa juste valeur, si au-delà de la simple mesure de suspension, l'UA n'affichait pas son impuissance au point de donner d'elle, l'image d'une coquille vide qui ne fait peur à personne. Du reste, l'on ne voit pas à quoi répond cette suspension, quand on sait que le président en exercice de l'organisation panafricaine ne cache pas sa sympathie pour les putschistes.

Le continent africain est mal barré face aux dictateurs et autres assassins

De quoi doucher les espoirs des révolutionnaires soudanais qui ne voient pas, dans cette décision, ce qui effraierait les putschistes au point de leur faire rendre les armes et remettre docilement le pouvoir aux civils pour faire droit aux revendications des manifestants. C'est dire si le manque criard d'autorité de l'organisation panafricaine, remet au goût du jour la question de sa crédibilité dans ce genre de crises au point qu'elle passe, aux yeux de certains, pour un tonneau vide qui fait du bruit, tant elle manque de moyens de coercition sur les satrapes du continent. Pourtant, sur le papier, il existe une Force en attente censée être son bras armé pour donner plus de poids à ses décisions. Mais faute de moyens et surtout du nerf de la guerre, cette force est contrainte de végéter dans l'oisiveté depuis quinze ans, si bien que l'on se demande si elle sert encore à quelque chose.

Ceci pouvant expliquer cela, l'UA est dirigée par des dictateurs qui ne sont pas prêts à scier la branche sur laquelle ils sont assis, en opérationnalisant une force qui pourrait se retourner contre eux du jour au lendemain. C'est dire si le continent africain est mal barré face aux dictateurs et autres assassins qui ne comprennent que le langage de la force et qui sont enclins à utiliser la poudre et le canon pour imposer leur diktat à des peuples sans défense. Dans le cas d'espèce, c'est peu de dire que cette suspension du Soudan a de fortes chances de ne pas produire les effets escomptés, si tant est que l'institution panafricaine ait voulu faire preuve de fermeté.

Au contraire, cette décision risque de glisser sur le treillis des putschistes comme de l'eau sur les plumes d'un canard, et de les laisser de marbre dans leurs velléités de confiscation du pouvoir, après la chute, le 11 avril dernier, du président Omar el Béchir sous la pression de la rue. D'autant qu'en plus du général égyptien, président en exercice de l'UA, qui leur montre bien de la sympathie, ils bénéficient du soutien de la plupart des monarchies du Golfe et d'autres pays arabes qui ne voient pas forcément d'un bon œil ces soulèvements populaires dont ils ne sont pas eux-mêmes à l'abri et qui pourraient faire des émules sous leurs cieux. En tout cas, cette décision de suspension n'a pas empêché les militaires de faire couler à nouveau le sang à Karthoum où quatre manifestants ont perdu la vie, suite à la campagne de désobéissance civile lancée par la coalition civile le 9 juin dernier.

L'institution panafricaine ne montre aucune gêne à jouer au médecin après la mort

A ce rythme, les organisations sous-régionales ne sont pas loin de damer le pion à l'UA, dans le cadre de la promotion et de la défense de la démocratie sur le continent. En tout cas, l'on garde encore fraîchement en mémoire l'intervention énergique de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) en Gambie, pour faire lâcher prise au satrape Yahya Jammeh qui vit depuis lors en exil en Guinée équatoriale, dans sa volonté de se maintenir au pouvoir malgré le verdict des urnes qui le donnait perdant à la présidentielle de décembre 2016.

Quelques années auparavant, c'est le chef putschiste malien, le capitaine Amadou Haya Sanogo, qui était contraint de lâcher du lest suite aux menaces d'intervention militaire de l'institution sous-régionale pour rétablir l'ordre constitutionnel. Cela allait aboutir à la désignation d'un Premier ministre et d'un président de transition, poste qui sera occupé par Dioncounda Traoré, et la tenue, plus tard, d'élections présidentielle et législatives. Mais l'on ne se souvient pas de ce genre de hauts faits d'armes de l'UA sur le continent où les conflits du genre ne manquent pas. S'ils existent, ils datent de Mathusalem. Pire, l'institution panafricaine ne montre aucune gêne à jouer au médecin après la mort en ayant, par moments, une position opportuniste au gré du rapport de forces sur le terrain. Et le comble de tout est qu'elle ne pose pas d'exigences particulières ni de critères de convergence dans la présidence tournante à la tête de l'organisation.

Si fait que l'on en vient à se demander si l'accession à la présidence de l'UA, n'est pas finalement une prime à la dictature, au regard du profil de bien des têtes couronnées qui sont loin d'être des parangons de la vertu démocratique. En tout cas, à cette allure, la dictature a de beaux jours devant elle et le continent africain risque de végéter pour longtemps encore, à la périphérie de la démocratie et du développement. En tout état de cause, à défaut de pouvoir faire plier les putschistes soudanais, il ne reste plus à l'UA que d'obtenir d'eux un calendrier clair de la transition à mener dans un délai raisonnable. Car, comme le dit l'adage, « si tu ne peux pas empêcher le voleur d'emporter ton bien, il faut l'aider à le porter sur sa tête ».

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