10 Juin 2019

Congo-Kinshasa: In cauda venenum !

«Calmez le jeu !», ont braillé les analystes avisés. A force de réagir par coups de poing à chaque mécontentement, le goût du pouvoir hérité de la première alternance civilisée devient de plus en plus acerbe. Les années de lutte inébranlables pour l'acquisition d'une démocratie véritable s'écartent peu à peu du but initialement poursuivi.

La réalité de détenir finalement l'impérium à la suite des élections du 30 décembre 2018 semble n'avoir pas pris corps avec les militants physiquement au pouvoir, mentalement dans l'opposition.

Enfin, c'est très exactement l'impression que le scénario contradictoire laisse entrevoir actuellement.

Les partisans de l'Union pour la démocratie et le progrès social n'écoutent plus personne. Ils sont à l'extrême de la dérive. Ce lundi 10 juin, ils ont pris d'assaut l'Assemblée nationale, émiettant le respect que regorge cette institution. La cause ? Les députés nationaux membres du FCC ont, selon eux, touché à la sacralité du Chef, en débattant sur les actes posés tout récemment par lui.

Il s'agit bien évidemment des ordonnances nommant des personnalités au sein du Conseil d'Administration de la Société nationale des chemins de fer du Congo et de la Gecamines.

Au cours de la dernière plénière à l'hémicycle, il a été mis en cause, par motion incidentielle, ces décisions prises par le Président de la République, Félix Tshisekedi, pour raison qu'elles ne respectent pas la Loi. Les cœurs fragiles des combattants de l'Udps, puisqu'ils le sont toujours, ont commencé à prendre feu à partir de ce moment. Toutefois, il est bon de savoir qu'aucun parlementaire ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé en raison des opinions ou votes émis par lui dans l'exercice de ses fonctions. Article 107, alinéa 1er de la Constitution.

La question épineuse a été, ensuite, envenimée par d'autres élus pris par l'élan du débat. Alors là, rien ne va plus. Les tshisekedistes, père et fils confondus, ont trouvé le motif de faire capoter la coalition FCC-CACH, qui ne profite qu'aux anciens détenteurs du pouvoir, finalement.

Pour certains, le débat a toute sa raison d'être au Parlement. Pour d'autres, les actes du Chef de l'Etat ne peuvent en aucun cas faire l'objet d'une polémique à la chambre basse sinon cela va à l'encontre des textes réglementaires. Il est peut-être trop tard pour parler encore des faits. La tige d'allumette légèrement rutilante a atteint la botte de foin, et les conséquences sont fâcheuses.

Les udpsiens exigent, sans aucune autre forme de procès, la rupture de la coalition entre le Front commun pour le Congo et le Cap pour le changement. Mais comment ? La cogestion est certes compliquée, mais inévitable en même temps. Les feux sont au rouge et il faut agir au plus vite.

Faudra, en tout état de cause, sauver ce qu'il reste de la République. Les guerres liées aux intérêts «ventriotes» et mesquins ne font que tirer le pays en arrière. L'accord FCC-CACH n'en est qu'à ses premiers pas, apprenez-le à marcher. Si les ancien et nouveau présidents de la République détiennent des armes non-conventionnelles et non déclarées dans les prescrits de la coalition, c'est donc à la queue que gît le venin...

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