Burkina Faso: Députe Daniel Rasmane Sawadogo, secretaire général de la section CDP du Sanmatenga - « Les militants du CDP ne se laisseront pas imposer un choix contraire à leurs aspirations profondes »

interview

Le 30 mai dernier, le Secrétariat exécutif national (SEN) du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) a tenu une réunion à Ouagadougou. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ladite réunion a été houleuse. La preuve, certains cadres importants du parti, pour des raisons de divergences de vues avec le président Eddie Komboïgo, ont claqué la porte à cette rencontre. Parmi les têtes de proue de ces « rebelles », figure le député Daniel Rasmané Sawadogo, l'un des hommes politiques les plus influents du Sanmatenga. C'est lui l'invité de votre rubrique «Mardi Politique» de ce jour, 11 juin 2019. Vous allez certainement le constater, l'honorable député ne mâche pas ses mots et ne fuit pas les questions. Lisez plutôt !

« Le Pays » : Il ressort que la réunion du Bureau Exécutif National (BEN) du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), qui s'est tenue le 30 mai dernier, a été marquée par un incident qui a amené plusieurs cadres du parti à quitter la salle. Que s'est-il passé exactement à cette réunion à laquelle vous avez pris part en tant que membre du BEN ?

Daniel Rasmané Sawadogo (DRS) : Tout d'abord, je dois dire que je regrette que nous en soyons aujourd'hui à ce stade d'exacerbation des tensions au sein de la direction du CDP, qui fait que nos dissensions sont étalées et débattues sur la place publique. La responsabilité de cet état de fait est partagée, car des déclarations publiques sur nos problèmes internes ont été faites de part et d'autre, si bien qu'il est devenu superflu de chercher à déterminer qui a commencé le premier. Et puis, lorsque les choses en arrivent à ce stade, il vaut mieux crever l'abcès en disant ses vérités, pour que nos militants soient clairement informés et sachent à quoi s'en tenir.

Puisque les circuits internes d'information sont devenus complètement biaisés. Mais vous aurez noté que ce sont les évènements récents qui sont intervenus dans la vie du parti, qui me conduisent à m'exprimer publiquement sur le fonctionnement du CDP, pour la première fois. Effectivement, la réunion du BEN du 30 mai s'est passée dans le climat houleux qui est devenu malheureusement habituel au sein du CDP. D'autres vous diront qu'elle s'est bien passée, parce que c'est comme ça qu'ils conçoivent le débat politique dans un climat où règnent l'ostracisme, les injures, les menaces et le mépris envers les contradicteurs.

En effet, ces excès ont conduit certains membres à se retirer de la réunion. Quand les relations deviennent aussi envenimées et que le dialogue devient impossible, le rôle du président du parti doit être de ramener le calme pour permettre à chacun de s'exprimer, pour tenter ensuite de concilier les points de vues. Au lieu de cela, nous avons vu un président qui se comporte en chef de meute et qui n'hésite pas à déclarer qu'il ne donnera plus la parole à ceux qui ont osé critiquer ses initiatives. Il n'est donc pas étonnant que des gens qui ont participé à la fondation du parti et à toutes ses luttes depuis trois décennies, trouvent cela insupportable.

En ce qui me concerne, ce dernier incident m'a conduit à prendre une décision que je mûrissais depuis quelque temps, face à l'évolution chaotique du Bureau Exécutif National, qui représente en quelque sorte la haute direction du parti. J'ai décidé de démissionner de mes fonctions de Secrétaire chargé des Organisations des Travailleurs, du Patronat et du Dialogue social. Je ne suis donc plus membre du BEN. Je vais me concentrer désormais sur mon activité de secrétaire général de la section CDP du Sanmatenga, dans laquelle je pense être plus utile pour promouvoir les intérêts du parti.

Tout porte à croire qu'il y a des clivages qui minent le parti. Alors, comment se porte le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) ?

Si on considère les difficultés qu'il a traversées depuis 2014 avec la perte du pouvoir, sa suspension temporaire, les exactions subies par ses dirigeants et ses membres, la loi d'exclusion électorale, les retombées de la tentative de putsch, les procès politiques et l'exil auxquels sont contraints plusieurs de ses cadres, on peut dire que le CDP se porte plutôt bien, même s'il est traversé par des contradictions qui ne sont pas négligeables, comme je vous l'ai indiqué en répondant à votre question précédente.

On constate deux évolutions majeures dans la vie du parti. Bien qu'ayant perdu brutalement le pouvoir en 2014 dans les circonstances que l'on sait, le CDP ne s'est pas effondré comme on aurait pu s'y attendre. Dès novembre 2014, certains cadres et militants courageux se sont mobilisés pour maintenir le navire à flot en bravant l'hostilité revancharde qui pesait sur le parti et ses militants. C'est cet élan qui a conduit à la création d'un directoire pour engager l'action de restauration du parti, avec le plein accord de l'ancienne direction qui était devenue inopérante pour de multiples raisons.

J'ai eu, avec d'autres camarades, le privilège de participer à ce directoire dès l'origine. Nous avons ainsi redonné vie au parti, en mobilisant ceux de nos militants qui restaient fidèles au CDP. Nous avons reconstitué avec eux les structures de base qui font du CDP un parti de masse, implanté au cœur des villages et des villes du Burkina. Notre succès relatif, mais incontestable, aux élections législatives et municipales de 2015 et 2016, est le résultat de ce combat mené par des hommes et des femmes de conviction, qui ont montré un engagement constant envers le parti, sans déserter le terrain de la lutte politique, comme d'autres l'ont fait.

Cela m'a valu d'être élu député dans ma circonscription du Sanmatenga. Je profite de vos colonnes pour remercier à nouveau nos militants et sympathisants du Sanmatenga, pour leur confiance à mon égard et leur fidélité à notre parti. C'est ce même élan qui nous a conduit à poursuivre l'œuvre de redressement du CDP dans le cadre d'une Commission ad hoc en 2017, lorsque le parti s'est retrouvé sans direction opérationnelle, parce que son président avait disparu des radars pendant plusieurs mois, après le putsch manqué de 2015. Donc, le CDP a su résister à l'adversité, même lorsqu'elle a pris une forme extrêmement violente, qui a fait fuir certains de ceux qui se présentent aujourd'hui comme les héros de la résilience du parti.

De l'autre côté, maintenant que les choses vont bien et qu'ils n'ont plus rien à craindre pour leur petit confort, tous les fuyards sont revenus au bercail, avec l'ambition de diriger notre destin et même celui du Burkina Faso. Nous sommes un certain nombre à considérer que les militants du CDP sont des gens responsables, qui ont la mémoire de l'histoire récente du parti, le souvenir du comportement des uns et des autres et, surtout, qui nourrissent des aspirations élevées pour leur pays.

Alors, nous voulons que notre parti soit représenté à la prochaine élection présidentielle par un candidat qui est vraiment à la hauteur des défis que notre pays doit relever pour sortir de l'ornière dans laquelle il se trouve. Pour nous, une chose est claire, ce candidat n'est pas Eddie Komboïgo qui a montré qu'il n'a pas la stature, même potentielle, d'un homme d'Etat. Il y a quelques personnes au CDP qui peuvent aspirer à cette position en ayant fait la preuve de leur légitimité, par leur parcours et par leurs qualités personnelles.

Eddie Komboïgo, selon moi et plusieurs de mes camarades, n'est pas de ce calibre. Il se donne beaucoup de mal pour compenser son handicap politique par le côté spectaculaire de ses apparitions publiques qui font davantage penser à une opération de show-business qu'à un projet politique. Il dépense beaucoup d'argent pour acheter le soutien de jeunes laudateurs qui sévissent sur les réseaux sociaux, avec des messages plus débiles les uns que les autres. Evidemment, cela ne suffit pas pour devenir un candidat sérieux et crédible.

Au contraire, tout ce tapage et les postures avantageuses qu'il se donne, le montrent comme un homme superficiel et narcissique, qui ne craint pas le ridicule. Le problème est que cette propension au ridicule affecte aussi notre parti qui, avec ses succès et ses failles, est quand même le parti qui a gouverné le Burkina pendant près de trois décennies, en laissant un héritage dont les Burkinabè reconnaissent de plus en plus les aspects positifs.

Voilà en réalité le débat qui agite actuellement le CDP. Et ce débat est compliqué par le fait que, justement dans le but d'assouvir à tout prix son ambition forcenée et déraisonnable, le président du parti, Eddie Komboïgo, s'est engagé éperdument dans des dérives qui nuisent au fonctionnement régulier du CDP. Les griefs que nous formulons à son égard sont multiples et graves. Jugez-en vous-mêmes. Les statuts de notre parti limitent expressément le nombre des membres du bureau politique à 600 personnes.

Eddie Komboïgo a recruté aujourd'hui plus de 1000 personnes au sein de ce bureau politique, de manière unilatérale, en violation flagrante desdits statuts, afin de se doter d'une majorité mécanique pour se faire adouber comme unique candidat pour l'élection présidentielle.

Ensuite, dans ce but, il a concocté une directive taillée sur mesure pour éliminer ses concurrents potentiels et s'imposer comme le seul candidat. Quand on lit ce texte, on croirait assister à une farce ubuesque sur la république du Gondwana, du genre de celles qu'affectionne l'humoriste Mamane.

Par exemple, pour éliminer Kadré Désiré Ouédraogo, le projet de directive indique que pour prétendre à l'investiture du CDP, il ne faut pas avoir déjà annoncé son intention d'être candidat. Comment les militants sauront-ils que quelqu'un est intéressé par la candidature s'il ne l'a pas annoncé lui-même ? Et en disant cela, on occulte le fait que Eddie Komboïgo lui-même a été le premier à annoncer sa candidature dès la fin du congrès du parti de mai 2018.

Depuis cette date, des médias divers le montrent se pavanant partout à travers le Burkina pour proclamer, avec sa modestie légendaire, qu'il est l'homme providentiel qui règlera tous les problèmes du pays, dès son avènement en 2020. Il suffit de lire les réseaux sociaux pour le constater. Ses zélateurs vous diront que cette campagne anticipée qui se déploie avant toute investiture du CDP, est dans l'ordre normal des choses. En revanche, les autres candidats éventuels à l'investiture du CDP doivent, eux, attendre docilement que Eddie Komboïgo et ses comparses leur donnent l'autorisation avant qu'ils se déclarent.

Avec sa permission, ils pourront participer peut-être à un simulacre de primaires, dont les dés ont été pipés à l'avance. C'est grotesque et puéril. Il y a aussi le fait que c'est le même esprit sectaire qui les conduit à décréter que pour être candidat, il faut être un militant «actif». Et ils insistent sur l'adjectif «actif», parce que là aussi, ils estiment que cela élimine Kadré Désiré Ouédraogo qui, pendant tout le temps où il occupait des fonctions internationales, s'est conformé à l'obligation de réserve que lui imposait cette situation.

Ce qu'ils ignorent ou feignent d'oublier, c'est que pendant toute cette période, Kadré Désiré Ouédraogo, avec la discrétion qui lui est coutumière, a toujours apporté son appui à la section CDP du Sanmatenga à l'occasion des échéances électorales, notamment par des contributions financières.

Et il a régulièrement payé ses cotisations au parti, jusqu'à la fin de son mandat à la CEDEAO. Je suis bien placé pour en témoigner, en tant que secrétaire général de la Section. Ils oublient aussi qu'être un militant actif, implique un engagement constant à l'égard du parti, surtout lorsqu'on en est le premier responsable. Eddie Komboïgo a-t-il vraiment montré cette constance dans l'exercice de sa mission à la tête du parti ? N'a-t-il pas délaissé le CDP et abandonné ses responsabilités au moment où le parti avait des difficultés de 2015 à 2017 ?

Lui que l'on présente avec complaisance comme le généreux mécène qui finance le parti, a-t-il apporté la moindre contribution financière aux candidats de notre formation qui se sont battus en 2015 et 2016 pour que le CDP obtienne les postes de députés et de conseillers municipaux qui font qu'il est encore présent sur l'échiquier politique ? Il ne l'a pas fait. Il était aux abonnés absents.

D'autres cadres du parti qui étaient en détention comme lui, ont trouvé des moyens pour soutenir leurs camarades qui se battaient sur le terrain électoral. Donc, quand on a la prétention de stigmatiser les militants en distinguant ceux qui ont été « actifs » et ceux qui ne l'ont pas été, il ne faut pas avoir la mémoire courte et sélective.

Quand on fuit sans laisser d'adresse, on ne peut pas se targuer d'avoir été actif. Prétendre le contraire, c'est faire injure à l'intelligence des militants. Au-delà de cette question de candidature, il faut déplorer que les réunions du parti se passent désormais dans un climat exécrable, qui n'a rien à voir avec les débats sains et constructifs qui doivent animer la vie d'un parti démocratique. Il n'y a aucune réunion qui ne donne lieu à des esclandres, à des injures et à des menaces de violences de la part des supporters de Eddie Komboïgo. Lui-même, d'ailleurs, n'hésite pas à proférer des menaces de représailles violentes à l'égard de ses contradicteurs.

Et il n'est pas rare que le périmètre des réunions soit entouré par une bande de loubards à sa solde, dont la présence est supposée intimider les participants. Ce qui est grave avec ces pratiques qui relèvent de la voyoucratie, c'est qu'elles installent la violence verbale ou physique comme un mode normal de règlement des divergences d'opinion, avec le risque qu'un jour ces échauffourées conduisent à des conséquences dramatiques.

Cette attitude n'est pas saine. Elle est irresponsable. Et elle ne fait que confirmer l'inaptitude de cet homme pour de hautes fonctions d'Etat. Nous voilà donc au CDP avec un prétendant à la magistrature suprême qui montre déjà une vocation affirmée de dictateur aux petits pieds, avant même que la course de la présidentielle soit commencée. Ce n'est pas ce genre de profils dont notre parti et notre pays ont besoin.

Vous avez été l'une des personnalités du CDP à montrer la tête quand, suite au putsch manqué du 16 septembre 2015, certains de vos camarades et non des moindres avaient pris la tangente. Pensez-vous que cet engagement est suffisamment reconnu au sein de votre parti ?

Vous savez, je fais de la politique depuis assez longtemps pour savoir que certaines personnes ont le talent de transformer leur lâcheté en preuve de courage. Leur devise face aux situations dangereuses est : «Courage ! Fuyons !». Pour éviter d'ajouter aux traumatismes de nos militants après toutes les épreuves qu'ils ont subies depuis 2014, nous avons choisi de ne pas remuer le couteau dans la plaie, en cherchant à élucider le pourquoi et le comment du comportement de chacun.

Nous avons pensé que la meilleure solution, pour panser nos plaies et aller de l'avant, était de nous entendre, de façon tacite, sur une sorte de pardon mutuel et collectif. Quand je vois ce qui se passe aujourd'hui, je me dis que nous avons eu tort de passer ces épisodes de notre histoire récente par pertes et profits. Parce que certains des fuyards notoires se sont accaparés de la direction du parti et ils en profitent pour faire la chasse à ceux qui ont su résister, pensant effacer ainsi leur lâcheté.

Je vous ai parlé de ce fameux documentaire où on voit des champions de la fuite et du reniement parler avec suffisance de la résilience du CDP, à laquelle ils n'ont pris aucune part, contrairement à leurs dires, pour la bonne et simple raison qu'ils s'étaient lâchement planqués. C'est malhonnête et scandaleux, parce qu'on assiste à une tentative éhontée pour réinventer l'histoire du CDP, aux yeux et à la barbe de ceux qui l'ont fondé et ceux qui ont pris des risques pour sa survie.

Quand je vous dis que le parti est en train de perdre son âme et ses repères, c'est aussi à cause de cette manipulation grossière de notre mémoire collective. Je veux croire que nos militants ne sont pas dupes. En tout cas, je fais partie de ceux qui se dresseront contre le mensonge.

Vous êtes le secrétaire général de la Section CDP du Sanmatenga. Comment se porte votre section, quand on sait qu'il n'est pas toujours facile de manager un parti ?

La section CDP du Sanmatenga se porte bien. J'ai la chance, comme secrétaire général de cette structure, de bénéficier du soutien et de l'engagement militant de mes camarades. Ce n'est pas facile tous les jours, parce que c'est le propre du combat politique d'être entravé par des obstacles de tous ordres. Mais, de manière générale, les militants CDP du Sanmatenga savent ce qu'ils veulent et ils sont sereins.

Il se dit qu'il y a des manœuvres tendant à déstabiliser votre section. Ces manœuvres viendraient de certains de vos camarades du parti. Pouvez-vous en dire un mot ?

Je n'ai aucune inquiétude sur la cohésion de la section du Sanmatenga. L'action politique est, par nature, le terrain de la confrontation des idées et des ambitions. S'il n'y avait pas un minimum de divergences et de débat, ce serait mauvais signe, parce que cela voudrait dire que l'on est dans un système dictatorial, où règne la loi de la pensée unique.

Donc, nous avons les débats qui relèvent de la vie normale d'un parti qui se veut démocratique et qui a des ambitions à la fois pour notre province et pour notre pays. Evidemment, j'ai bien conscience aussi que le climat délétère qui sévit dans la direction du parti, peut avoir quelques répercussions au niveau de notre province. Mes camarades et moi sommes au courant de quelques tentatives destinées à saper la cohésion de notre section. Elles sont vouées à l'échec. Mais nous restons vigilants.

Avez-vous les reins solides, politiquement parlant, pour faire face à vos adversaires qui semblent vouloir votre peau en tant que secrétaire général de la section du Sanmatenga ?

Il est manifeste que ma présence à la tête de la section CDP du Sanmatenga, dérange certaines personnes. Ces tentatives de remise en cause de l'organisation des structures territoriales du parti, se sont multipliées depuis le Congrès de 2018 avec la volonté du président du parti et de ses supporters de domestiquer les organes locaux du CDP pour les mettre au service de leurs ambitions.

Pour ceux qui ont suivi de près la marche du parti avant ce congrès, ils savent que la commission ad hoc que nous avions mise en place, était parvenue à reconstituer toutes les structures de base du parti, dans une démarche consensuelle, à l'exception des sections du Houet et du Kadiogo, où subsistaient des divergences concernant certains postes isolés.

Aujourd'hui, nous voyons les prémices d'une chasse aux sorcières, fondée uniquement sur la question de savoir si l'on est pour ou contre l'investiture automatique et obligatoire de Eddie Komboïgo comme candidat du CDP à la présidentielle de 2020. Donc, pour répondre à votre question, je ne peux que me répéter : au Sanmatenga, nous sommes sereins et nous ne nous laissons pas intimider. Ceux qui nous cherchent, trouveront en face d'eux des militants solides dans leurs convictions et fermes dans leurs choix. A la limite, mon sort personnel m'importe peu. Ce qui compte, c'est notre cohésion et notre détermination à atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. Je vous assure qu'elles sont sans faille.

Ne pensez-vous pas que le parti est en train de compromettre ses chances pour la présidentielle de 2020 ?

C'est vrai que notre parti connaît actuellement des divergences sur le choix du candidat à l'élection présidentielle, doublées par des dysfonctionnements dans son mode de gestion. C'est cela la réalité et on ne peut pas l'occulter en se voilant la face.

En ce qui concerne le choix du candidat, la direction du parti a opté pour une procédure expéditive qui consiste à organiser un congrès extraordinaire pour faire entériner l'irrégularité qui entache la composition du bureau politique national dans le but manifeste de se ménager une instance qui est supposée obéir à ses desiderata. On verra bien ce qu'il en sera.

Mais ce projet appelle de ma part deux observations. Premièrement, lorsqu'on a pris des initiatives qui violent les textes fondamentaux du parti, au point de bloquer son fonctionnement, on ne doit pas s'engager dans une fuite en avant, en essayant à tout prix de trouver un subterfuge pour couvrir l'irrégularité que l'on a commise.

L'attitude la plus responsable et la plus respectueuse des textes est de faire machine arrière, en reconnaissant humblement son erreur et en la corrigeant, avant d'envisager toute autre démarche. En clair, Eddie Komboïgo doit ramener le bureau politique national à la composition fixée par les statuts, soit 600 membres.

A partir de là, il pourra légitimement soumettre à ce bureau politique, redevenu licite, tout projet de réforme qu'il souhaite, de manière régulière et collégiale. Toute autre démarche relève du tripatouillage. Deuxièmement, je trouve malsain que dans un processus interne de choix du candidat à la présidentielle, le président du parti, qui est lui-même candidat, soit le maître de la manœuvre pour décider des modalités et du calendrier applicables, sans qu'il y ait eu une large concertation pour garantir l'équité de la procédure de désignation.

Tout se passe comme si l'on veut biaiser le système à l'avance, pour rendre la candidature de Eddie Komboïgo inéluctable. C'est indigne du grand parti qu'est le CDP. Le président d'honneur du parti, le président Blaise Compaoré, a recommandé que la procédure de choix du candidat soit inclusive, respectueuse des textes du CDP. Nous n'en prenons pas le chemin. Mais je préfère attendre de voir les dispositions définitives qui seront arrêtées, parce que tout cela est encore à l'état de projet.

Ce qui est sûr, c'est que les militants du CDP ne se laisseront pas imposer un choix contraire à leurs aspirations profondes. C'est vrai, nos divergences sur ces questions peuvent être dommageables pour le parti dans son ensemble. Si nous partons divisés aux élections, nous affaiblissons nos chances respectives et nous affaiblissons même les chances de l'opposition tout entière.

C'est pourquoi certains se demandent si ce n'est pas cela le but caché du sectarisme intransigeant que montre actuellement une frange de la direction de notre parti. Pour ma part, j'aurais préféré que ce sujet soit abordé par la direction du parti dans un esprit d'ouverture et de conciliation, avec l'objectif de déboucher sur un compromis réaliste et efficace qui préserve l'unité et la cohésion du parti. Est-il tard pour le faire ? Je ne sais pas. Mais dans la vie politique, il y a des moments où il faut savoir prendre ses responsabilités, en faisant un choix clair sur les questions majeures, surtout lorsqu'elles mettent en jeu l'avenir du pays. Nous sommes à l'heure de ce choix.

Qui de Eddie Komboïgo ou de Kadré Désiré Ouédraogo a le profil, selon vous, pour être le porte-étendard du CDP en 2020 ?

De mon point de vue, c'est évidemment Kadré Désiré Ouédraogo qui a le profil le plus adéquat pour cette élection. Je souhaite donc qu'il reçoive l'investiture du CDP, puisque c'est dans ce parti que je milite. Mais il ne faut pas perdre de vue qu'il y a aussi, parmi les Burkinabè qui ont manifesté un soutien actif en faveur de sa candidature, de nombreux compatriotes qui ne sont pas membres du CDP. Certains ne s'étaient jamais engagés en politique auparavant.

D'autres appartenaient antérieurement à des familles politiques différentes et mêmes opposées au CDP. Au total, sa candidature est portée par un très large courant transpartisan qui s'amplifie de jour en jour. Je souhaite évidemment que le CDP prenne la place qui lui revient dans cette grande coalition en gestation, afin que nous puissions tourner ensemble la page des crises qui ont divisé le pays dans le passé. Je ne vais pas revenir sur les facteurs qui font de Kadré Désiré Ouédraogo un candidat qui suscite de l'espoir aux yeux de nombre de Burkinabè.

Comme il l'a dit lui-même, la candidature à l'élection présidentielle n'est pas exclusivement une affaire de parti. C'est aussi et avant tout la rencontre entre un candidat et l'ensemble du peuple burkinabè. Même si l'existence d'un parti bien implanté est utile pour véhiculer le message du candidat et mobiliser l'électorat. Ce choix ne m'empêche pas de reconnaître en Eddie Komboïgo, le président de notre parti.

Je suis disposé à le respecter à ce titre, pour autant qu'il se montre digne de ce respect, en commençant d'abord par se respecter lui-même et en respectant ses camarades de parti, ainsi que les citoyens burkinabè. Pour l'instant, on est loin du compte. Il a pourtant une tâche importante à accomplir pour mobiliser le CDP en vue des prochaines échéances électorales, en améliorant son fonctionnement, pour en faire un parti organisé, uni, respectueux de ses propres textes et capable de répondre aux nouveaux défis du Burkina. J'espère qu'il saura prendre la mesure de cette responsabilité.

Parce que l'avenir et la place du CDP dans la vie politique du pays, après les élections de 2020, en dépendent. Son propre avenir politique en dépend. Je ne lui souhaite pas de rester dans la mémoire de nos militants comme l'homme qui a détruit le CDP, en l'utilisant pour assouvir un ego surdimensionné.

D'aucuns vous accusent de rouler pour Kadré. Qu'en dites-vous ?

Je ne sais pas pourquoi vous dites qu'on m'accuse de cela, comme si soutenir la candidature de Kadré Désiré Ouédraogo était un crime dont je devrais me cacher. Le fait, pour un citoyen burkinabè, d'avoir une préférence claire pour un candidat à l'élection présidentielle, qui est lui-même un citoyen burkinabè remplissant toutes les conditions légales pour se présenter à cette élection, est une chose normale. Alors oui, je n'ai aucune hésitation à ce sujet, je soutiens la candidature de Kadré Désiré Ouédraogo, parce que je suis convaincu qu'il a les meilleurs atouts, non seulement pour gagner cette élection, mais surtout pour apporter un changement bénéfique dans la gouvernance de notre pays. Il se trouve qu'il est militant du CDP, comme moi-même. C'est pour moi une raison supplémentaire de le soutenir.

Quels sont vos rapports actuels avec Eddie Komboïgo, président du CDP ?

Je mentirais en disant qu'ils sont excellents, vu tout ce que je viens de vous exposer. Mais je n'ai aucune animosité personnelle à son égard. Nous avons des divergences politiques qui pourront trouver une solution un jour peut-être, car il en est ainsi de la vie politique. Je le traite avec courtoisie lorsque nous nous rencontrons.

Je ne suis pas sûr qu'il me rende la pareille, en toutes circonstances. Mais ce n'est pas bien grave. Chacun se comporte dans la vie en fonction de son éducation, de son savoir-vivre, ainsi que du sens qu'il a de la dignité et de l'humilité qu'appelle sa position. Ce ne sont pas des choses qu'on apprend à l'école, mais tous nos parents du village savent que cela fait partie des qualités que l'on attend d'une personne qui aspire à représenter une communauté et à la diriger.

Jusqu'où peuvent aller les ambitions politiques de l'Honorable député Rasmané Daniel Sawadogo ?

Je ne suis pas habité par une ambition politique personnelle qui me porterait à vouloir occuper tel ou tel poste. Vous le savez, je suis un opérateur économique qui essaie, à sa mesure, de contribuer à l'essor de notre pays. C'est cela mon métier. Je me suis engagé en politique, de longue date, parce que c'est aussi une autre manière de participer à la construction du pays. Cela me vaut aujourd'hui d'être député. C'est une responsabilité importante dont je m'efforce de m'acquitter au mieux de mes capacités. Parce que la politique est une activité qui exige qu'on soit au contact de la population, pour bien refléter ses aspirations, j'attache également beaucoup d'importance à mes fonctions de Secrétaire général de la section CDP du Sanmatenga. Puisque nous sommes à dix-huit mois d'une échéance électorale qui sera décisive pour le pays, je souhaite que nous nous donnions les moyens de saisir cette opportunité, pour ramener le Burkina Faso sur le chemin de la cohésion, de la paix et du développement, dans l'union des fils et des filles de notre pays. Voilà quelles sont mes ambitions.

Il se susurre que vous êtes sur le point de créer votre parti politique et que vous en auriez déjà même le récépissé. Info ou intox ?

Intox. D'abord, je voudrais vous dire en toute humilité, mais avec fermeté, que si je veux créer un parti politique, j'en ai le droit, les moyens et l'étoffe, grâce notamment à la confiance que me portent mes camarades du Sanmatenga et d'autres localités qui m'assurent une base politique appréciable. On a vu naître des partis politiques avec des atouts moindres. J'entends parfois cette rumeur qui résonne comme une sorte de défi ou de menace de la part de mes adversaires au sein du parti. Si d'aventure je décide un jour de m'investir dans une formation politique autre que le CDP, je vous le ferai savoir, ainsi qu'à tous ceux que cela peut intéresser.

Pour l'heure, mon engagement politique s'exerce au sein du CDP. Je suis membre de ce parti depuis sa fondation. J'ai milité à l'ODP/MT de façon active et visible, avant que cette formation fusionne avec d'autres partis pour fonder le CDP. Mes camarades du Sanmatenga sont témoins de cette constance de mon engagement à leurs côtés. De même, après l'insurrection de 2014, comme après la tentative de putsch de 2015, je n'ai abandonné le navire à aucun moment. Je suis resté présent et actif dans les instances du parti, pour l'aider à traverser ces moments difficiles.

Alors même que le désir de protéger mes intérêts dans le monde des affaires aurait pu me conduire à me mettre en retrait de la vie politique. La vie politique est loin d'être un long fleuve tranquille, surtout avec les péripéties à travers lesquelles notre parti et notre pays tout entier sont ballotés depuis quelques années. Personne ne peut jurer de quoi demain sera fait. Mais, pour l'instant, j'assume avec dévouement mes mandats de député à l'Assemblée nationale et de Secrétaire général de la section CDP du Sanmatenga, en ayant une claire conscience de ce que je souhaite pour notre pays, dans la perspective des échéances électorales de 2020, qui marqueront un tournant décisif pour le Burkina Faso.

Certains militants du CDP disent qu'un retour de Blaise Compaoré au Burkina, va permettre de mettre de fin au terrorisme. Ne pensez-vous pas que c'est une façon de d'apporter de l'eau au moulin de ceux qui l'accusent d'être derrière ces attaques ?

Nous vivons dans une époque où les réseaux sociaux diffusent toutes sortes d'opinions sur tous les sujets. Je n'ai pas vu qu'une voix autorisée au CDP, ou dans d'autres formations politiques, ait affirmé que le retour du président Blaise Compaoré suffirait à mettre fin au terrorisme, comme par magie. Ce que j'ai cru comprendre c'est que certaines personnes ont estimé que le président Compaoré pouvait jouer un rôle utile, en tant que personne-ressource, dans la lutte contre le terrorisme, à cause de son expérience de médiateur dans la crise malienne.

Tout le monde sait que cette action, qu'il a exercée à la demande de la communauté internationale et notamment de la CEDEAO, lui a donné une bonne connaissance des tenants et aboutissants de la situation qui prévaut au Nord Mali, qui semble avoir quelques liens avec l'extension du terrorisme dans notre sous-région. Il est notoire maintenant que le rôle positif qu'il a exercé dans ce domaine lorsqu'il était chef de l'Etat, est clairement reconnu par la communauté internationale. A ma connaissance, il n'y a rien de plus. Quant aux accusations qui ont été portées concernant sa supposée connivence avec les groupes terroristes qui attaquent actuellement notre pays, je pense qu'elles se sont révélées sans fondement.

Selon vous, comment peut-on mettre fin au terrorisme au Burkina Faso ?

S'il y avait une solution simple à cette tragédie qui endeuille quotidiennement notre pays et menace sa souveraineté, on le saurait. Je partage l'avis de ceux qui pensent que la solution n'est pas que militaire, même si la résistance armée est évidemment essentielle. Cette lutte implique aussi des efforts pour accélérer le développement dans les zones les plus exposées à ce fléau, afin que les populations et notamment les jeunes soient moins vulnérables. Il est nécessaire aussi que la continuité des services sociaux de base soit assurée. J'ai bien conscience que cela est plus facile à dire qu'à faire.

Mais pour montrer que l'Etat est toujours présent, il faut assurer le maintien ou la restauration de sa présence dans ces zones, particulièrement à travers la continuité des services publics les plus nécessaires pour la population : les écoles, les centres de santé, la police. C'est indispensable, parce que si ces services sont interrompus durablement, c'est l'Etat tout entier qui sera absent de ces zones qui échapperont ainsi à la souveraineté de la nation burkinabè. Il faut aussi que ces attaques meurtrières ne servent pas de prétexte à des confrontations intercommunautaires sanglantes et meurtrières, comme nous avons pu le constater malheureusement, y compris dans ma région du Centre-Nord.

Donc, nous devons préserver et renforcer la coexistence pacifique entre nos communautés et nos confessions religieuses, en veillant à un respect rigoureux des droits humains en leur sein. Tout cela nous ramène à la nécessité urgente de créer un climat d'entente, d'acceptation mutuelle, de tolérance entre les Burkinabè. Quand on est face à une guerre qui fait des ravages meurtriers comme notre pays n'en a jamais connus de toute son histoire centenaire, la sagesse commande de resserrer les rangs pour opposer un front uni à l'agresseur.

Votre région, le Centre-Nord, est la cible de plusieurs attaques terroristes. Y a-t-il des initiatives locales prises par les leaders de la région, pour contribuer à mettre fin aux attaques ?

Les autorités militaires, administratives, coutumières, religieuses et politiques de la région, sont évidemment interpellées par cette situation. Elles s'emploient à éviter que les crises intercommunautaires que nous avons connues, se répètent ou laissent des séquelles durables. Pour le reste, vous me permettrez de ne pas m'étendre sur le dispositif de la lutte anti-terroriste qui est mis en place dans la région, dont je ne connais pas, d'ailleurs, tous les aspects. Là aussi, nous n'avons pas d'autre choix que d'œuvrer en faveur de l'apaisement des rancœurs et de la réconciliation, pour lutter et construire l'avenir ensemble.

Comment avez-vous accueilli l'offre de dialogue politique de Roch Marc Christian Kaboré ?

Par principe, je pense que le dialogue est une bonne chose. Il est préférable à la confrontation permanente, hostile et systématique. Quand on observe la situation actuelle de notre pays, où les tensions, les crises et les blocages du lien social se succèdent jour après jour, qui peut douter de l'utilité de restaurer le dialogue, d'abord au sein de la classe politique ? Il semble que l'amorce de ce dialogue connaît quelques difficultés. J'espère qu'elles ne conduiront pas à abandonner cette initiative. Dialoguer, cela demande des efforts, de la persévérance et de l'humilité. C'est ceux qui ont la responsabilité de gouverner le pays qui doivent faire le premier pas, en montrant leur volonté politique et leur bonne foi dans cette démarche.

La main tendue de Blaise Compaoré semble n'avoir pas été saisie par le MPP qui y voit un aveu de culpabilité ?

Je ne connais pas le contenu de la lettre que le Président Blaise Compaoré a adressée au président Roch Kaboré, en dehors de ce qui a été révélé par la presse et par le communiqué du gouvernement. Je ne sais pas non plus si le Président Kaboré a donné une suite à cette correspondance, ni quelle en est éventuellement la teneur. J'ai compris que c'était un courrier privé et j'en déduis que la réponse aura le même caractère.

Donc, tout ce qu'on peut dire à ce sujet, n'est que pure spéculation. Cela dit, je ne vois pas pourquoi le fait, pour le président Compaoré, d'écrire au chef de l'Etat pour exprimer sa solidarité face aux difficultés que traverse le Burkina Faso et pour dire sa disponibilité à contribuer à la réconciliation, serait un aveu de culpabilité. Il ne faut pas donner une interprétation mesquine et dégradante à ce geste de bonne volonté. Là aussi, je pense que le temps de l'apaisement des rancœurs est venu. Mon ardent espoir est que tout cela ouvre la voie à la réconciliation véritable que la majorité des Burkinabè semble appeler de ses vœux, afin que le président Compaoré et tous les exilés politiques puissent regagner la mère patrie, dans la dignité et le pardon mutuel. D'autres pays nous ont montré l'exemple et je crois que cela leur a été bénéfique.

Certains leaders politiques estiment que l'on ne peut pas organiser des élections en 2020 pendant que le pays fait face à une grave crise sécuritaire. Quel est votre avis sur la question ?

Je pense qu'il ne faut pas ajouter une crise institutionnelle à la crise sécuritaire. Nous sommes à 18 mois des élections. C'est une échéance capitale pour la démocratie et pour le fonctionnement régulier des institutions de notre pays. Tout doit être mis en œuvre pour que ces élections se tiennent à bonne date, sur toute l'étendue du territoire national, dans le strict respect de la Constitution et des lois en vigueur. Il est impératif aussi que tous les citoyens en âge de voter puissent avoir accès, de manière diligente et régulière, aux documents qui leur permettront d'exercer leur droit de vote.

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