12 Juin 2019

Burkina Faso: Kamboinsé - Des centaines de déplacés de Sirgadji à la belle étoile

Le 28 avril 2019 à Sirgadji, localité située aux encablures de Tongomayel, dans le Soum, le pasteur Pierre Ouédraogo et quelques-unes de ses brebis tombaient sous les balles assassines d'«individus armés non identifiés ».

Depuis, les populations de cette partie du pays vivent dans la tourmente. Certains ont donc décidé de tout abandonner et de quitter ladite zone pour sauver leur peau. C'est ainsi que des centaines de déplacés se sont retrouvés à l'arrondissement 9 de Ouagadougou où ils tentent, tant bien que mal, de se caser. Pour l'instant, ils dorment à la belle étoile, attendant une aide quelconque. Nous leur avons rendu visite dans des quartiers comme Kamboinsin et Pazanni le 11 juin 2019.

Nous avons rendez-vous avec le maire de l'arrondissement 9 de Ouagadougou, Albert Bamogo, qui accueille dans sa commune un grand nombre de ces déplacés qui ont fui le Soum. Mais compte tenu de l'urgence et des rencontres avec sa hiérarchie, nous ne parviendrons finalement pas à échanger avec le bourgmestre. Deux agents de police sont chargés de nous conduire sur les différents sites. C'est sous des arbres, à proximité de l'école Massa de Kamboinsin, que deux grandes familles ont trouvé refuge, loin des assassinats et des crépitements de balles de Sirgadji. Nous prenons langue avec les hommes assis sous un arbre.

Seydou Ouédraogo, le plus ancien du groupe qui a décidé de nous parler, a la barbe blanche mais il nous confie que le doyen de la famille est non loin de là. Il ajoute que pour des raisons de santé, ce dernier ne pourra pas échanger avec nous.

« Nous sommes arrivés ici dans la nuit du 10 juin 2019 à 2 heures du matin après avoir fui Sirgadji. C'est la menace terroriste qui nous a poussés à quitter cette localité, surtout l'assassinat du pasteur et des 5 fidèles », nous confie-t-il. Selon M. Ouédraogo, après cet événement tragique, les assaillants sont repartis mais ils revenaient quasiment tous les jours à motocyclette, armés et enturbannés, visiter les quartiers et les domiciles. « Ils réunissaient les riverains par groupe, dans les marchés surtout, et leur dictaient les nouveaux comportements à respecter. Ils ont, par exemple, interdit aux enfants qui jouaient chaque soir au football de le faire. Mais ce qui a précipité notre départ, c'est l'assassinat ciblé d'une dizaine de personnes qui étaient nos proches, à 7 km de Sirgadji, le soir de la fête de ramadan », relate-t-il.

A cause des menaces, la plupart des hommes dormaient en brousse. Seuls les femmes et les enfants restés à la maison étaient épargnés des violences, selon les dires du malheureux déplacé de Sirgadji. Quand les djihadistes arrivaient, précise-t-il, ils tenaient le discours suivant : « Ici, c'est chez nous et voici ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire : il est catégoriquement interdit d'informer la police ou la gendarmerie de notre passage. Nous prévenons que tout détenteur de téléphone comportant un numéro suspect peut être l'objet d'une sévère punition ou simplement exécuté ». M. Ouédraogo a d'autre part ajouté que les nouveaux maîtres du Soum ne donnaient pas l'ordre formel de quitter la localité mais les menaces, les assassinats et les expropriations (de récoltes et de bétail), ont installé la peur dans les esprits. Ceux qui partent sont majoritairement de la communauté mossi ou des Foulsé et s'en vont généralement les mains vides. M. Ouédraogo déclare avoir été dépossédé d'un troupeau de 40 têtes de bœufs dont il avait confié la garde à un de ses amis habitant à quelques dizaines de km de Sirgadji.

Le lundi 10 juin 2019, le maire de l'arrondissement 9, accompagné d'une forte délégation, s'est rendu sur le site improvisé. Une aide a été promise aux déplacés, au nombre de 105, précisément 70 enfants, 32 femmes et 3 hommes, selon les chiffres de la police municipale. Les riverains, dans un élan de solidarité, apportent des vivres aux déplacés. « Les gens sont de bonne volonté ici ; un sac de riz nous a été apporté et c'est avec ça qu'on va se débrouiller pour le moment. On nous a expliqué que les cours se poursuivent ici à l'école. Ainsi, nous dormons à l'air libre dans la cour de l'établissement une fois la nuit tombée », déclare M. Ouédraogo en guise de conclusion.

Les femmes, quant à elles, sont regroupées sous les arbres de l'établissement avec leur progéniture. La plus âgée est invitée par les autres à s'entretenir avec nous. Une fois que notre interlocutrice, Azétou Ouédraogo, prend la parole, les langues se délient, chacune voulant raconter son vécu, sa souffrance. « Nous sommes arrivés il y a deux jours et certains sont toujours en route. On assassine nos hommes dans les concessions nuitamment. On a perdu de nombreux voisins, si bien qu'on a préféré ne pas attendre que ce soit notre tour. Depuis plus de 6 mois, nos maris ont quitté les domiciles et certains dorment dans les arbres ou en brousse », a-t-elle relaté toute triste avant d'ajouter qu'ils ont dû tout abandonner pour fuir.

« Nous avons fui l'horreur »

A en croire l'une des femmes, les assaillants ont tué une dizaine de personnes le jour du ramadan. « Nos biens ont été pillés. On a tout abandonné afin de préserver nos vies. C'est inimaginable, ce qu'on vit là-bas. Les terroristes sèment la terreur de jour comme de nuit. Les hommes nous ont devancées et on les a rejoints en charrettes, certaines d'entre nous à pied », a-t-elle confié, ajoutant que durant leur parcours, les personnes âgées, les enfants essoufflés, affamés, assoiffés n'ont pas facilité le voyage. « A certains moments, on a dû prendre la place des ânes fatigués afin de tracter les charrettes. Notre périple a duré 4 jours. Aucun tricycle ne dessert notre localité. On se demandait même si on allait atteindre dans un premier temps Bourzanga, qui se trouve à une quarantaine de kilomètres de Sirgadji, et ensuite Ouagadougou ».

Nos multiples interlocutrices nous ont expliqué qu'elles vivent de la solidarité du voisinage ou de l'aide de certains parents qui habitent dans la zone non lotie de Kamboinsin. De bonnes volontés laissent aussi parler leur cœur. « On passe notre temps sous les arbres de l'école mais nos baluchons entassés restent hors de la cour, où nous dormons à la belle étoile. Les bruits nous hantent et on est traumatisé. Avant-hier, le claquement d'une porte nous a fait sursauter et a réveillé de mauvais souvenirs », a dit Zénabo Ouédraogo.

Le deuxième site de déplacés qui nous accueille est situé au secteur 38 de la ville de Ouagadougou. Là, 47 femmes, 147 enfants et 32 hommes ont pour abri une école primaire privée nommée les Anges de l'Eternel. Les femmes que nous trouvons en premier lieu après les civilités se mettent à notre disposition en attendant les hommes. Leur représentante nous explique qu'ils ont choisi cette destination psarce que leurs maris, jadis commerçants à Sirgadji, s'approvisionnaient en céréales et en marchandises diverses dans ce quartier.

Pendant nos échanges, un véhicule tout-terrain se gare. Tous les regards sont braqués alors sur le visiteur qui en descend, qui s'empresse de saluer et d'ouvrir son coffre. Aidé d'un monsieur qui l'a guidé visiblement, il décharge une glacière pleine que les femmes s'empressent de transporter vers les enfants. Commence donc le partage du riz de la providence. « Je suis humain. J'ai appris à mon lieu de service qu'il y a des déplacés ici. Après avoir organisé une fête chez moi, j'ai jugé bon de leur apporter une bonne partie de la nourriture. Si j'avais été informé à l'avance j'aurais vite réagi », a déclaré le bienfaiteur.

Selon la représentante des femmes, Mariata Ouédraogo, ils ont débuté par 6 assassinats dans un village, après 4 dans un autre à proximité du leur. « Après le passage des FDS chez nous, ils ont encore tué 12 personnes. Lors de leur passage, ils nous ont prévenues que les prochaines cibles ce seraient nous, parce qu'on a mis à l'abri nos hommes. On est ici depuis samedi.Les autorités sont passées hier matin et on sollicite leur aide. On vit des dons qu'on reçoit et de ce qu'on a pu transporter ».

Selon les policiers qui nous ont accompagnés, ils reçoivent de nombreux coups de fil de déplacés qui se déclarent, parce que cherchant de l'aide. Une soixantaine de personnes, à l'heure où on se séparait, est venue s'ajouter à la longue liste.

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