12 Juin 2019

Congo-Kinshasa: Invalidation des Députés - Félix Tshisekedi, le Grand Perdant

Sans vouloir interférer dans le fonctionnement d'une institution indépendante, nous estimons néanmoins qu'à notre qualité de politique, nous avons aussi droit d'émettre un point de vue par rapport à certaines questions qui touchent le secteur politique. Tel est le cas des arrêts de la Cour constitutionnelle qui ont invalidé en majorité les membres de l'Opposition parlementaire.

Avant d'analyser ces arrêts, je me donne l'obligation de rappeler que la Constitution de la République Démocratique du Congo, notre pays, donne les modalités et la procédure pour la sélection et la nomination des membres de la Haute Cour, pour permettre l'équilibre et éviter les émotions dans les prononcés de ses décisions afin que le peuple puisse bénéficier des procès justes, étant donné que ses arrêts sont sans appel, à peu près comme la composition de la CENI.

Grande est notre surprise de constater que cet esprit voulu par les législateurs n'existe plus dans le fonctionnement de ces institutions. Ce qu'ils voulaient éviter redevient en force.

Nous estimons que ces arrêts de la Haute Cour casse l'élan de la démocratie et fragilise les acquis de l'alternance dont le peuple a payé de son sang pour y arriver. En invalidant, en majorité, ceux qui ont été d'avance minorisés par la CENI, suite aux calculs politiciens contre toute attente des électeurs, la Haute Cour n'a fait que remuer le couteau dans la plaie des Congolais qui veulent voir les choses changer. Il faut ici souligner que l'Opposition dans une République ne doit pas être considérée comme un cancrelat qu'il faut écraser, mais comme la sentinelle du peuple pour une gestion républicaine.

La question qu'il faut se poser est celle de savoir comment le peuple pouvait-il rejeter JKK au sommet de l'Etat et reconduire ceux qui, pendant plus 18 ans, n'ont pas travaillé pour satisfaire les besoins primaires de cette population ?

En renforçant les rangs du FCC, la Cour constitutionnelle est tombée dans le jeu politique, au lieu de trancher en toute indépendance. En agissant ainsi, la Haute cour semble ne pas reconnaître la victoire de l'Opposition à la présidentielle du 30 Décembre 2018, alors que tout le monde sait que les deux pôles de l'opposition (LAMUKA et CACH) ont, lors des ces élections, bénéficié de l'adhésion populaire. Si c'est le contraire, il fallait remettre JKK à son trône ou encore repêcher son dauphin quel que soit son échec.

Quand on invalide les Élus du peuple au profit des nominations, à quoi devons-nous nous attendre ? N'est-ce pas à la colère du souverain primaire qui risque de tout paralyser et rendre le pays ingouvernable, étant donné que ces arrêts ne sont bénéfiques ni pour CACH, ni pour LAMUKA, les deux pôles qui traînent la majorité du peuple derrière eux.

Je déplore et condamne ici l'invalidation de l'Honorable Raphaël Kibuka, l'un des meilleurs élus de Kinshasa ; l'Honorable Chérubin Okende, mon colistier, au profit d'une personne dont la liste n'avait qu'à peine 15000 voix en tout, selon la CENI, pendant que la nôtre a presque 45000 voix ; celle de l'Honorable Jean Goubal Kalala dont le peuple attendait sa touche pour le changement dans la gestion de la chose publique qui n'est pas à confondre avec la chose privée, selon l'esprit de sa prestation artistique. Le cas de mon ami Daniel Safu est aussi une surprise désagréable et un manque à gagner pour une démocratie.

Cette démarche qui tend à créer une crise politique dans notre pays devrait être évitée par la Haute cour. La colère du peuple le lundi 10 juin au Palais du peuple ainsi que les manifestations dans quelques provinces de la RDC doivent être considérées comme un avertissement et non comme une réaction simple.

Comment allons-nous fonctionner avec un Parlement monocolore dans une République, comme si l'on était dans un royaume ? En cas d'une crise politique sérieuse, qui portera la responsabilité ?

Je pense à mon humble avis qu'en écartant les Élus du peuple au profit des non-Élus, la Haute Cour est allée à contre-courant avec l'institution Président de la République qui est la plus grande victime des ces arrêts. Et cette démarche risque de plonger le pays dans le chaos, au lieu d'orienter nos actions vers le relèvement de notre cher et beau pays.

A tous de s'impliquer au lieu d'être de simples spectateurs et juges de touches, comme si le pays n'appartenait qu'aux autres et non à nous tous.

Eliezer Ntambwe député national élu de Kinshasa/ Lukunga

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