Cameroun: Forum sur le patrimoine mondial - Le Cameroun joue ses cartes à Paris

interview

Du 3 au 4 juin 2019 à Paris en France, s'est tenu le Forum Unesco-AfriqueChine avec pour objectif principal le renforcement des ca pacités et la coopération entre ces trois entités pour la promotion du patrimoine mondial.

Le ministre des Arts et de la Culture, Bidoung Mkpatt, a conduit la délégation camerounaise à ce rendez-vous qui intervient quelques mois après la réunion des experts africains et chinois de novembre 2018, sur la conservation du patrimoine mondial en Afrique et en Chine.

La rencontre internationale de juin 2019 au siège de l'Unesco a permis au Minac de mettre en avant la multiplication d'efforts pour l'inscription des éléments culturels camerounais sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. De quoi présenter également les accomplissements jusqu'à ce jour du Cameroun, membre du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel depuis 2017.

Dans un entretien accordé à CT, le Minac revient sur son exposé donné au cours de cette conférence, ainsi que sur la présentation de tous les efforts, expertises, intelligences et énergies déployés par le gouvernement camerounais pour la promotion des arts et de la culture.

Monsieur le Ministre, vous étiez récemment à Paris au siège de l'Unesco pour le Forum UnescoAfrique-Chine sur le « Renforcement des capacités et la coopération pour le patrimoine mondial ». Que retenir de votre participation ?

Je ressens un sentiment de fierté mais aussi un sentiment de satisfaction d'avoir eu à participer à un forum international qui a connu un succès tant au niveau de son organisation, de la pertinence dans les thèmes des travaux, que de la rigueur dans le déroulement desdits travaux. Ce succès est également à relever dans l'importance du projet des recommandations préconisées. Vous me permettrez à cet effet de saisir l'occasion de cette interview pour réitérer à travers le ministère des Arts et de la Culture, la gratitude du gouvernement camerounais à l'Unesco pour l'invitation que Madame la Directrice générale de cette institution, Audrey Azoulay, à travers le Centre du patrimoine mondial, a bien voulu nous adresser en tant qu'Etat partie à la convention de 1972 concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel. J'adresse mes remerciements à l'Unité africaine, au Fonds pour le patrimoine mondial africain et aux organes consultatifs de l'Unesco (le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS), le Centre international d'études pour la conservation et la restauration des biens culturels (ICCROM et l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), pour leur engagement et leur soutien indéfectibles dans la mise en œuvre de la convention dans la région Afrique.

Ma gratitude va également aux autres membres du comité d'organisation de ce forum pour l'accueil chaleureux réservé à moi-même et à tous les membres de la délégation du Cameroun et pour toutes les dispositions prises pour notre participation efficiente aux différentes phases des activités du Forum. Je remercie enfin les hauts responsables de l'Unesco en charge du secteur de la culture qui ont bien voulu participer aux rencontres avec la délégation du Cameroun pour les échanges fructueux et bénéfiques, ayant pour but majeur la valorisation du patrimoine culturel et naturel dans notre pays et dans le monde. J'exprime enfin ma gratitude à Monsieur l'Ambassadeur du Cameroun à Paris pour toutes les dispositions honorables prises pour l'accompagnement de la délégation du Cameroun aux travaux du Forum.

Quelles sont les articulations qui ont fait l'originalité de ce Forum ?

Son originalité est qu'il se situe dans la continuité de la réunion des experts africains et chinois de novembre 2018, sur la conservation du patrimoine mondial en Afrique et en Chine. Cette conti nuité est une étape importante qui augure un partenariat gagnant- gagnant entre l'Afrique et la Chine, qui permettra la mise en œuvre de deux principales actions. Primo, le partage de bonnes pratiques concernant la protection, la gestion et la valorisation du patrimoine mondial en Afrique dans un contexte de développement durable. Secundo, le renforcement des capacités des professionnels du patrimoine culturel et naturel africains, dans les mois à venir sur le montage des dossiers pertinents de soumission à inscription des biens pour une liste équilibrée et représentative dans la région Afrique subsaharienne qui compte 95 biens, dont 52 culturels, 38 naturels et cinq mixtes sur 1092 biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial à ce jour. En effet, le rôle des personnalités et experts invités au Forum n'était pas passif, mais essentiellement dynamique. Il s'est agi d'écoutes et de participations actives de toutes les parties prenantes.

A cet effet, les ministres, certains ambassadeurs et les experts de haut niveau ont délivré diverses communications et ont eu des échanges conviviaux qui avaient pour seul but la recherche des solutions aux problèmes communs, concernant la préservation et la promotion du patrimoine culturel à divers niveaux. D'où l'importance de ce Forum Unesco-Afrique-Chine qui a été l'occasion pour la Chine d'écouter les Africains en même temps qu'ils examinaient l'apport de la Chine qui n'est pas exclusivement économique mais aussi axé sur la culture. Le patrimoine culturel et naturel de la Chine est également aujourd'hui comme dans d'autres pays du monde, menacé par l'urbanisation rapide, l'expansion sans précédent du secteur du tourisme, et d'autres pressions associées à sa croissance économique. Les défis de la sauvegarde des sites du patrimoine mondial sont similaires par leur ampleur et leur nature à ceux rencontrés dans la région Afrique. C'est dans ce contexte que l'Unesco a jugé opportun de collaborer avec les Etats parties africains et la Chine pour l'organisation de ce Forum pour un partage d'expériences.

Comment analysez-vous votre implication dans la tenue de ce Forum ?

Toutes les personnalités présentes ont été impliquées activement aux travaux. Nous avons d'abord écouté les communications de hauts responsables de l'Unesco et des représentants d'autres institutions internationales concernées telles que l'Union africaine (UA), l'Union européenne (UE), The African Wildlife Foundation (AWF), The Zoological Society of London (ZSL), la Fondation camerounaise de la terre vivante (FCTV), l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), la Commission baleinière internationale (CBI), le Fonds pour le patrimoine mondial africain (FPMA). Je reviens sur la phase des communications pour relever que des ministres, certains ambassadeurs africains et des experts invités ont présenté des exposés sur le thème : « Sauvegarder le patrimoine mondial : législation, création d'emplois et responsabilisation des jeunes ». J'ai développé dans ma communication des efforts faits au Cameroun sur ce sujet.

Quels sont ces efforts à retenir côté camerounais ?

En effet, dès l'entame de ma communication, j'ai rappelé l'importance qu'accorde le chef de l'Etat, Son Excellence Monsieur Paul Biya, président de la République du Cameroun, au développement de la culture dont l'objectif de fond qu'il a précisé dans son ouvrage « Pour le Libéralisme Communautaire » est de « Restituer sa dignité et sa fierté au peuple camerounais par la promotion de la culture. » A cet effet, toutes les stratégies et mécanismes contribuant à la protection et à la valorisation de cette culture commune, rappelés dans son discours de prestation de serment du 6 novembre 2018, devait être judicieusement mis en œuvre. La participation de la délégation du Cameroun au Forum Unesco-Afrique-Chine est dès lors à considérer comme une des occasions d'échange d'expériences, en vue de capitaliser les opportunités de préservation et de promotion du patrimoine culturel et naturel de notre pays, qui compte déjà certains biens sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Ensuite, j'ai insisté sur les spécificités qui fondent la situation des richesses fauniques, floristiques et culturelles du Cameroun.

En termes de création d'emplois, plusieurs actions sont menées par le Gouvernement, la restauration, la réhabilitation et la valorisation des biens culturels. 46 biens sont reconnus et classés au patrimoine national. A cet effet, les associations de jeunes s'investissent pour valoriser et protéger leurs patrimoines dans le cadre du tourisme durable avec pour conséquences la création d'emplois directs et indirects à travers des savoirs traditionnels. Les écoles de formation des professionnels des Eaux et Forêts et des gestionnaires des Aires protégées, certains instituts universitaires spécialisés (Nkongsamba, Foumban, Maroua) et la Faculté des Arts et Lettres de Yaoundé forment les ingénieurs et techniciens dans la gestion du patrimoine culturel.

Que dire des progrès juridiques observés dans ce sens ?

En termes de législation, plusieurs décrets ont permis au Cameroun de ratifier la charte de la renaissance culturelle africaine, d'adopter les Objectifs du développement durable (ODD) ; en vue de combiner les impératifs du développement économique avec l'obligation d'une gestion soutenable des ressources naturelles et culturelles. Le Cameroun a étoffé son arsenal juridique avec notamment la loi n°94/01 du 20 janvier 1994 portant régime des forêts, de la faune et de la pêche, la loi-cadre n°96/12 du 5 août 1996 relative à la gestion de l'environnement, ainsi que la loi n°2016/17 du 14 décembre 2016 portant code minier. Dans le secteur culturel, la loi n°2016/007 du 12 juillet 2016 portant code pénal et la loi n°2013/003 du 18 avril 2013 régissant le patrimoine culturel ont prévu des mesures préventives et répressives en cas d'atteinte au patrimoine.

Il y a également lieu de relever la plateforme de collaboration entre le ministère des Arts et de la Culture et le ministère du Tourisme et des Loisirs signée par les deux ministres en mai 2019 pour la mise en valeur des sites de mémoire, et culturels dans le cadre d'un tourisme durable. Le Cameroun a d'ailleurs exprimé sa gratitude à l'Unesco pour le label site de mémoire associé au projet Unesco « La Route de l'esclave », attribué à l'ancien port d'esclaves de Bimbia et pour le logo à utiliser sur tous les supports de communication relatifs à ces sites, ainsi que le texte officiel de la Route de l'esclave remis, qui devra figurer sur la plaque commémorative à apposer sur l'ancien port de Bimbia et sites associés. Toutefois, le ministère des Arts et de la Culture va prendre toutes les mesures avec l'aval de la hiérarchie pour accélérer la procédure de montage du dossier de proposition à inscription de ce site par le comité du patrimoine mondial de l'Unesco.

Quelle est la suite des programmes d'actions du ministère des Arts et de la Culture ?

Je tiens à réitérer ma gratitude et celle des membres de la délégation camerounaise, à toutes les personnalités responsables du secteur culture à l'Unesco. Au terme de nos échanges, les personnalités en charge du secteur culturel à l'Unesco m'ont gracieusement remis des documents de références qui, permettront aux divers responsables du ministère des Arts et de la Culture, du ministère des Forêts et de la Faune et d'autres administrations concernées de mieux finaliser certains dossiers spécifiques urgents dans leurs secteurs de compétence, pour satisfaire les exigences des institutions internationales en matière d'inscription des biens et éléments camerounais sur les listes du patrimoine mondial et représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

Ces documents et dossiers sont au nombre de 18. Des procédures relatives à d'autres propositions d'inscription sur la liste du patrimoine mondial à accélérer concernent entre autres : le paysage culturel des chutes de la Lobé ; le classement transfrontalier du paysage culturel du Lac Tchad avec le Cameroun, le Niger, le Nigeria et le Tchad. Par ailleurs, les défis auxquels le Cameroun est confronté et qu'il est en train de relever sont : la préservation et la protection des deux biens classés sur la liste du patrimoine mondial. Il s'agit de la réserve de faune du Dja (RFD) et du tri-national de la Sangha, bien transfrontalier avec la République du Congo et la République Centrafricaine (RCA). Pour rassurer le comité du patrimoine mondial de l'Unesco des menaces qui pèsent sur la Valeur universelle exceptionnelle (VUE) des biens du Cameroun, à cause des grands projets structurants existant autour desdits biens.

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