Mali: Le travail des bonnes dans le pays

Le 12 juin, c'est la Journée internationale contre le travail des enfants. Reportage sur le destin des jeunes domestiques à Bamako.

A l'occasion de la journée internationale contre le travail des enfants, nous allons au Mali pour évoquer celles qu'on nomme les "bonnes à tout faire". Ce sont des travailleuses domestiques, des aide-ménagères, souvent jeunes, qui sont devenues au fil du temps des personnages incontournables dans les ménages à Bamako ou dans les autres villes du pays. Elles sont le plus souvent mal payées, privées d'écoles voire maltraitées par leurs patronnes.

Vaisselle, cuisine, garde d'enfants

La journée de Fatoumata débute par une demi-heure de vaisselle. Ensuite elle prépare le petit déjeuner puis accompagne les enfants à l'école. La jeune fille, âgée de 16 ans, témoigne :

"J'ai commencé cette activité en 2015, j'avais douze ans à l'époque. Dans les différentes maisons dans lesquelles j'étais employée, je ne trouvais parfois pas à manger, je dormais mal, j'étais aussi la cible d'injures de la part de mes patronnes. En plus de tout cela, j'éprouvais toutes les peines du monde avant de percevoir mon salaire qui variait entre 7.500 francs et 10.000 francs CFA. Parfois je rentrais chez mes parents au village les mains vides."

Fatoumata n'a pas eu la chance de fréquenter un établissement scolaire. L'éducation n'était pas dans les priorités de ses parents. Elle a donc très vite dû choisir le métier d'aide-ménagère.

Ce n'est pas le cas en revanche de Batoma qui est originaire de Bankass dans le centre du Mali. Celle-ci a suivi une scolarité normale jusqu'en classe de 5e, avant de quitter le collège et devenir travailleuse domestique.

Déscolarisation et mariage précoce

Batoma regrette d'avoir dû quitter l'école en classe de 5è. '"J'ai ensuite quitté mon village pour rallier Gao dans le nord du pays en raison des difficultés financières. Mes parents ne pouvaient plus subvenir à mes besoins. Je regrette d'avoir abandonné l'école, mais j'ai toujours envie de reprendre les cours, même si ce sont des cours du soir."

Cette déscolarisation des jeunes filles est la conséquente d'une pratique assez courante qui consiste à les écarter de l'enseignement pour les marier ou les placer dans une maison.

C'est ce qu'explique Mariam Kanté qui s'occupe de l'accompagnement des aide-ménagères en qualité de tutrice.

"Chez nous, au village, lorsque la jeune fille atteint 12 ou 14 ans, ses parents lui cherchent un mari et donc elle quitte l'école. Certaines continuent de fréquenter les établissements scolaires mais les parents craignent toujours qu'elles tombent enceintes. Et donc, les deux options pour eux c'est soit le mariage, soit aller dans une grande ville pour travailler comme domestique."

A l'image de Fatoumata et de Batoma, ce sont des milliers de jeunes filles chaque année quittent leurs villages pour rejoindre les villes.

L'aide des associations

Diallo Assitan Fofana est présidente de l'Association pour la défense des droits des aides ménagères et domestiques.

"Nous sommes les filles migrantes qui viennent dans les grandes villes pour travailler dans les ménages, c'est-à-dire dans les maisons afin d'aider nos parents aux villages, mais aussi pour subvenir à nos propres besoins. Donc la majorité d'entre nous sont mineures et n'ont pas été à l'école ou ont été déscolarisées. Nous venons dans les villes pour travailler dans les ménages, pour faire la cuisine, le ménage, la lessive ou le baby-sitting, ou encore s'occuper des personnes malades ou âgées. Voici les tâches que nous effectuons dans les ménages."

Astan Doumbia est une des tutrices de l'ADDAD, elle fait partie de celles qu'on appelle dans le jargon "les points focaux. Elle s'occupe d'assurer la sécurité des aides ménagères depuis une quinzaine d'années.

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