12 Juin 2019

Mali: L'efficacité des forces étrangères remise en cause

Photo: Photo MINUSMA/Marco Dormino
Des enquêteurs de l'ONU accompagnés par des Casques bleus de la Mission des Nations Unies au Mali (MINUSMA) rencontrent des villageois dans le village a été attaqué dans le centre du pays en février 2019.

Face à l'escalade des violences intercommunautaires, exacerbées par la présence de groupes djihadistes, la population malienne dénonce l'incapacité des forces militaires internationales à assurer la sécurité du pays.

Le Mali est toujours sous le choc après l'attaque meurtrière du dimanche 9 juin dans la région de Mopti. Le massacre a été condamné par l'ONU, dont le Conseil de sécurité des nations unies devait se réunir ce 12 juin pour discuter de la situation dans le pays. L'ONU déploie plus 10.000 casques bleus dans le cadre de sa Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali. En plus de la MINUSMA, la mission d'entrainement militaire de l'Union européenne (EUTM) est également présente.

La région centrale du Mali est celle où l'on a enregistré le plus grand nombre d'attaques meurtrières contre des civils, en raison d'une nouvelle intensification des affrontements intercommunautaires, ainsi que des attaques par des groupes terroristes et des milices d'autodéfense.

Ali Dolo, maire de Sangha, la commune dans laquelle se trouve Sobane et où ont eu lieu les tueries du dimanche 9 juin, se demande à quoi servent les forces étrangères présentes dans le pays.

"Il n'y a pas de forces de sécurité dans ma commune, ni la Minusma, ni l'armée, ni un simple agent de sécurité sur un territoire de plus 1.000 km2 et la nature a horreur du vide. On se demande l'utilité des forces étrangères dans le pays. C'est vrai que la Minusma fait quelques réalisations sociales. Mais pour nous, c'est inefficace et puis leur manière d'intervenir n'est pas appropriée aux réalités du terrain."

Le maire de Sangha déplore que les forces militaires soient toutes basées à Sévaré. "Nous sommes à 110 Km de Sévaré. Il y a la Minusma là-bas mais ils ne font que de temps en temps des sorties lors des foires. Pour moi ils sont là pour observer la population, pas pour la défendre."

Faut-il vraiment condamner les forces étrangères ?

Pour Boubacar Salif Traoré, spécialiste des questions de défense et de géopolitique, il est cependant injuste de parler d'incapacité des forces étrangères à assurer la sécurité du Mali :

"Dès le début, la Minusma a fait savoir qu'elle n'est pas là pour lutter contre le terrorisme. Pour cela on a la force Barkhane. On a bien évidement aussi la mission européenne qui est essentiellement une mission de formation, on a le G5 Sahel. Tout cela pour dire que les premiers acteurs restent avant tout l'armée malienne qui aujourd'hui n'a pas été reformée. Si aujourd'hui il y a une colère qui doit se manifester c'est la colère concernant l'absence de réforme du secteur de la sécurité au Mali."

Incertitudes sur le bilan humain

Il existerait un différend entre le gouverneur de Mopti et le maire de Sangha. Le gouvernement a revu à la baisse le nombre de morts qui s'établit désormais à 35. Mais le maire Ali Dolo continue d'affirmer qu"il y a plus de personne tuées. Celui-ci avance ainsi le nombre de 95 victimes.

Pendant la visite hier mardi 11 juin de la délégation conduite par le Premier ministre Boubou Cissé, le maire de Sangha aurait été victime de la colère du gouverneur au sujet de la polémique sur les chiffres concernant le nombre de victimes.

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