12 Juin 2019

Burkina Faso: Procès putsch manqué - Djibril Bassolet absent autorisé

Au second jour de la reprise du procès du putsch manqué, le général Djibrill Bassolet était encore absent du banc des accusés. Sur requête du parquet, le président du tribunal avait pris une sommation par voie d'huissier en vue de contraindre l'accusé à se présenter à l'audience malgré les récriminations de ses avocats qui arguent que le premier général de gendarmerie du Burkina n'est pas en mesure d'assister à l'audience du fait de son état de santé.

Finalement après la sommation de l'huissier, le premier général de gendarmerie du Burkina a confirmé lui-même ne pas être en état d'assister au procès. La solution trouvée et sur laquelle se sont accordées toutes les parties est de lui apporter dans sa résidence surveillée le plumitif où est consigné le compte rendu de l'audience du jour. Le reste de la journée d'hier a été marqué par la suite des plaidoiries des conseils des parties civiles.

Après l'appel nominatif des accusés, seul le général Djibrill Bassolet était introuvable hier dans le box des accusés, en plus évidemment des fuyards. Interpellé sur l'absence de son client deux jours de suite au procès, Me Dieudonné Bonkoungou a expliqué que le général a dû écourter son séjour médical en Tunisie et est rentré toujours malade.

« C'est pour son état de maladie qu'il n'est pas là », a-t-il dit, précisant que cette situation était connue du procureur militaire. Mais apparemment non, puisque le même parquet, reprenant aussitôt la parole, a invité le président du tribunal, Seydou Ouédraogo, à faire application de la loi qui dispose que « lorsqu'un accusé refuse de comparaître, sommation lui est faite par voie d'huissier ».

« Je ne sais pas d'où est-ce que le parquet tient l'affirmation que mon client refuse de comparaître », a déclaré à la suite Me Bonkoungou, amenant le ministère public à préciser que, « depuis la reprise, chaque fois que l'escorte va pour chercher le général, il refuse ».

Mais l'avocat n'en démord pas et maintient qu'il ne s'agit pas d'un refus mais d'une incapacité liée à son état de santé. Si ce sont des preuves que l'accusation souhaite pour en être convaincue, il promet d'apporter un rapport du médecin traitant du célèbre grabataire de Ouaga 2000 pour lever tout doute. Sans attendre cet éventuel rapport médical, le tribunal, après être entré en délibération, est revenu quelques instants plus tard pour porter lecture d'une ordonnance à effet de contraindre par voie d'huissier l'ancien ministre des Affaires étrangères à se présenter dans la salle des banquets.

Plus tard dans l'après-midi, le greffier a lu un rapport de l'huissier commis à la tâche. L'huissier y affirme avoir effectivement interpellé le général Bassolet à 13h 25 mais que ce dernier a fait savoir que compte tenu des douleurs qu'il ressent, il se sentait incapable d'assister aux audiences. En l'absence, pour l'instant, d'un certificat médical, le parquet a souhaité que le plumitif de chaque audience soit porté à la connaissance de l'accusé à son domicile les soirs. Demande à laquelle a accédé le tribunal militaire.

Passé la parenthèse Bassolet dans la matinée, l'audition a repris comme annoncé la veille par la série de plaidoiries des avocats de la partie civile.

Le premier à prendre la parole est Me B. Oumarou Ouédraogo qui défend les intérêts de Radio Oméga. Cette radio, on se rappelle, avait reçu le 16 septembre 2015 la visite inamicale de soldats du RSP avec pour conséquences l'interruption des émissions, des agents agressés et leurs motos incendiées.

L'infraction de dégradation volontaire aggravée de biens est constituée ici, a soutenu l'avocat. Mieux, « les auteurs sont connus et n'ont pas nié » les faits. Ces présumés auteurs, a cité l'auxiliaire de justice, sont le sergent Lamoussa Badoun (dont le dossier a été disjoint) et le sergent Amidou Pagabelem. Pour leur peine, il s'en remet au parquet.

« Si on est là à la préparation... »

A son tour, Me Séraphin Somé a axé sa plaidoirie sur les faits de complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat et de complicité de trahison qui pendent sur la tête de beaucoup d'accusés. Après avoir défini ces deux infractions, il a, de longues heures durant, démontré qu'elles étaient constituées en ce qui concerne un certain nombre de personnes, dont l'accusé Adama Ouédraogo, dit Damiss, en tête de liste.

Le maître de la parole a rappelé que le journaliste, pour se défendre, a toujours justifié sa présence au camp Naaba Koom II la nuit du 16 septembre 2015 par le fait qu'il était allé en quête d'informations. N'ayant pas obtenu gain de cause, l'actuel directeur de publication de Le dossier a expliqué en être reparti. Contrairement au dire de l'accusé, l'avocat affirme qu'il n'est pas poursuivi parce qu'on lui en veut ou qu'on veut taire sa voix, mais en tant que citoyen qui a commis des actes répréhensibles.

Lesquels ? « Avant le 16 septembre, Damiss n'a pas chômé, il était déjà en train de travailler à l'avènement du CND (Conseil national pour la démocratie) », a assené Me Somé. L'avocat a rappelé que Diendéré avait déclaré avoir reçu le journaliste à son domicile quelques jours avant le coup d'Etat et qu'il lui a demandé de relever les griefs politiques contre la Transition. Ayant été à la « préparation » du coup, c'est normal, selon Me Séraphin Somé, que Damiss en ait été à la « consommation », d'où sa présence dans l'antre du RSP le 16 septembre.

Sa présence dans le bureau du chef de corps, où aurait été finalisé le document de la déclaration du putsch, en compagnie notamment de l'ex-bâtonnier Mamadou Traoré, du magistrat militaire Abdoul Karim Traoré et de l'homme d'affaires Abdoul Karim André Traoré, a été confirmée, a relevé l'avocat, par deux officiers du RSP : le commandant Abdoul Aziz Korogo, le capitaine Oussène Zoumbri. A ces preuves s'ajoute le fait que le journaliste, selon les informations révélées par les relevés téléphoniques, était en contact avec le général Diendéré la journée du 16 septembre.

Dans le développement de sa plaidoirie, Me Somé a soutenu que Damiss n'a pas pu faire la preuve de son innocence ni faire tomber les charges pesant sur lui. L'avocat a donc demandé au tribunal de le reconnaître coupable des faits qui lui sont reprochés.

Me Séraphin Somé espère également que Minata Guelwaré, poursuivie elle aussi pour l'infraction d'attentat à la sûreté de l'Etat, sera condamnée par le tribunal parce que là aussi les faits sont constitués d'après lui.

Il a rappelé que Dame Guelwaré, après avoir appris la survenue du coup de force, s'en est réjouie en ces termes : « Waouh ! Voilà des gens qui se soucient de la démocratie ». A la tête du « Mouvement pour la rectification de la démocratie », elle s'est rendue dans les studios de radio Omega pour appeler les Burkinabè à soutenir l'initiative des soldats du RSP. Le 17 septembre 2015, a poursuivi Me Séraphin Somé, elle s'est rendue à Kosyam pour rencontrer le général Diendéré.

Ce dernier étant occupé, cette militante du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et le groupe qui l'accompagnait ont été reçus par l'adjudant-chef Moussa Nébié, dit « Rambo ». Le 21 septembre elle sera envoyée en mission par Rambo sur la route de Fada pour observer le mouvement des troupes qui fonçaient sur Ouagadougou dans l'optique de fournir des informations précieuses au RSP. La même Minata Guelwaré, selon l'avocat, aurait aussi dirigé l'expédition des putschistes qui a incendié radio Laafi de Zorgho, suspectée d'abriter la fameuse radio de la résistance.

« Hermann, notre Nelson Mandela »

Me Séraphin Somé, poursuivant sa plaidoirie, en est venu au cas de Léonce Koné. Il a regretté l'attitude hautaine que celui qui était le 2e vice-président du CDP au moment des faits a adoptée à la barre. Ce dernier, selon l'auxiliaire de justice, n'a manifesté aucun repentir. Il se souvient que le banquier à la retraite a affirmé n'avoir « aucune compassion pour les ministres séquestrés ». Ces derniers, selon lui, ont juste vécu « un inconfort de quelques heures ».

L'accusé, a relaté le tenant du crachoir, s'est aussi dit « fier du courage de ses camarades politiques » et a marqué sa « solidarité aux généraux Diendéré et Bassolet ». Léonce Koné n'est pas à la barre pour ses opinions politiques, mais pour des faits réels et graves, a défendu Me Somé : le 17 septembre 2015, après l'annonce officielle de la prise du pouvoir par l'ancienne garde prétorienne de Blaise Compaoré, des leaders politiques, dont Léonce Koné, sont allés, selon le conseil des parties civiles, « prêter allégeance » et « proposer leurs services » à celui qu'ils croyaient être le nouvel homme fort du pays, devenant ainsi « l'aile politique du coup d'Etat ».

Ces mêmes représentants de partis politiques, lors de la rencontre avec les chefs d'Etat de la CEDEAO, ont clairement indiqué qu'ils ne voulaient plus des dirigeants de la Transition. Léonce Koné était aussi, a affirmé le plaideur, le principal destinataire de la somme de 50 millions de francs CFA venue de la Côte d'Ivoire. Sans compter qu'il a reconnu et assumé la déclaration produite le 20 septembre 2015 par 13 formations politiques pour justifier et soutenir le pronunciamiento. « On peut tout dire de Léonce Koné, mais il faut reconnaître qu'il est courageux, c'est un homme. Le courage il en a », a conclu l'avocat.

A quelque chose près, ce sont les mêmes actes qu'il reproche à Hermann Yaméogo, poursuivi lui aussi, entre autres, pour complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat. L'avocat raille aussi sa posture de victime de ses idées politiques : « C'est notre Nelson Mandela, notre Mandela national ».

« Général Fatoumata »

Fatoumata Thérèse Diawara, en plus de l'infraction d'attentat à la sûreté de l'Etat, doit répondre des charges de complicité de trahison. Mais après une analyse des faits, Me Séraphin Somé a demandé au tribunal de requalifier cette dernière infraction en trahison tout court. Il a fait observer en effet que l'accusée était en lien direct, sans intermédiaire, avec des officiers ivoiriens pour obtenir de l'argent et un soutien militaire pour consolider le coup d'Etat. L'un d'eux lui a d'ailleurs promis, selon les enregistrements téléphoniques, qu'elle conteste, « 1000 chiens (Ndlr : combattants) » pour prêter main-forte au RSP.

Le rôle dévolu à l'ex-belle fille du général Diendéré, soutient l'avocat, était de chercher par tous les moyens le nerf de la guerre pour motiver les soldats du RSP à combattre. Mieux, elle s'est muée en véritable commandante militaire lorsqu'elle enjoignit, par exemple, aux hommes d'attaquer le camp Paspanga où était détenu le général Bassolet, qui venait d'être arrêté, ou de sortir détruire deux chars de l'armée loyaliste. Ce qui signifie, selon Me Somé, que cette dame commandait ce qui était considéré comme l'élite de l'armée burkinabè. « On peut en conclure qu'elle est général de fait », a-t-il affirmé.

Sidi Lamine Omar, l'ex-bâtonnier Mamadou Traoré et le lieutenant K. Jacques Limon sont les autres accusés dont l'avocat a souhaité la condamnation pour le crime d'attentat à la sûreté de l'Etat : le premier pour avoir encouragé le général Diendéré à résister, lui promettant au passage des combattants, et le second pour avoir été l'un des rédacteurs de la proclamation du CND et membre de ce pouvoir éphémère, car, a soutenu l'avocat, il était membre de la délégation du général Diendéré à la rencontre des médiateurs de la CEDEAO.

Le procès reprend le vendredi 14 juin 2019 avec la suite des plaidoiries des avocats des parties civiles.

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