13 Juin 2019

Congo-Kinshasa: Au-delà de la confrontation FCC-CACH - Vers un embrasement généralisé

Des étincelles en l'air sur la scène politique congolaise. Tout serait parti du débat inopportun engagé dernièrement à l'Assemblée nationale sur les ordonnances de nomination des mandataires à la Gécamines et à la SNCC.

Se sentant lésée par les propos tenus à l'endroit de son leader, l'UDPS a tout de suite réagi au point de pousser le PPRD à user du droit de réplique. L'invalidation curieuse des députés de l'opposition est venue jeter de l'huile sur le feu. Les partis et regroupements politiques lésés, dont LAMUKA, promettent des actions de masse en guise de protestation. Jusqu'où iront ces escalades ? Un embrasement généralisé est à craindre !

Ça va mal sur le terrain politique. Le débat inscrit vendredi dernier à la plénière de l'Assemblée nationale autour des ordonnances présidentielles nommant des mandataires à la Gécamines et à la SNCC est cette goutte d'eau qui a fait déborder le vase. L'écart de langage des députés FCC envers le président Félix Tshisekedi a été interprété comme un outrage au chef de l'Etat par les militants de l'UDPS. Lundi dernier, ils ont assiégé le Palais du peuple pour manifester leur désapprobation.

Comme si cela ne suffisait pas, l'invalidation, apparemment sélective des députés nationaux, essentiellement ceux de LAMUKA, est venue envenimer la situation, s'ajoutant à la vague de protestation suscitée par l'UDPS. Hier mercredi, c'était le tour des partisans du PPRD et d'autres regroupements politiques du FCC de braver la rue, en réponse aux combattants de l'UDPS.

Loin du Palais du peuple, la Cour constitutionnelle a connu une ambiance tout autre, le mercredi 12 juin 2019. Des députés invalidés, avec à leur tête les principaux leaders de LAMUKA, ont fait le déplacement de la Haute Cour pour manifester leur colère.

En ce mois de juin, la RDC traverse véritablement une zone de très fortes turbulences. Il faut craindre que cela ne dégénère. De part et d'autre, aussi bien au FCC qu'au CACH, des appels au calme se multiplient pour apaiser la tension sur la scène politique. Au PPRD, on appelle déjà à la mise en place d'une cellule de crise entre le FCC et le CACH pour tenter de désamorcer la crise.

« Une cellule de crise a été mise en place entre le FCC et le CACH, pour promouvoir une désescalade et aplanir les appréhensions diverses, ayant été à la base des expressions partisanes. La coalition a le devoir de résister ; il en va de l'intérêt de la Nation », a indiqué Patrick Nkanga, porte-parole du bureau politique du PPRD, via son compte tweeter.

Pendant ce temps, dans les rangs de l'UDPS, on ne décolère pas. En réplique aux actes de provocation proférés, selon eux, hier mercredi, par les partisans de FCC, les combattants de l'UDPS sont allés saccager les sièges de certains partis et regroupements membres du FCC. A Limete, le siège de la Ligue des jeunes du PPRD, situé à la 6ème Rue Limete Résidentiel, n'a pas échappé à la vindicte populaire des partisans de l'UDPS.

La contestation gagne du terrain

Sur le boulevard Sendwe, le siège de l'interfédéral du PPRD n'a pas non plus été épargné. Le siège du CNC, parti de Pius Mwabilu, président du regroupement AA/a, membre du FCC, a été mis à sac. L'ARC, aile FCC, du député national Charles Nawej, l'homme par qui tout le mal est parti, a été également visité par les partisans de l'UDPS.

C'est dire qu'on est bien en face d'un cocktail Molotov qui peut embraser un large espace à tout moment. Evidemment, la crainte est que la détonation ne s'étende sur l'ensemble de la République. Mardi dernier, il y a eu des échauffourées à Lubumbashi, où le siège du PPRD a été saccagé de fond en comble.

A Kinshasa, les tensions sont encore loin de s'apaiser. L'invalidation d'un nombre impressionnant de députés de l'opposition est venue raviver la tension. D'ores et déjà, les regroupements politiques membres de LAMUKA, notamment l'AMK, le G7 et le MS ont décidé de suspendre leur participation aux travaux parlementaires. De son côté, le MLC, qui se retrouve amputé d'un nombre important de députés nationaux, à la suite des arrêts de la Cour constitutionnelle qu'il juge « iniques », a promis de descendre dans la rue pour obtenir réparation du hold-up électoral dont il se dit victime.

Autant dire qu'il y a véritablement des étincelles en l'air. La scène politique congolaise est en pleine ébullition. Tout peut arriver - dans un sens comme dans un autre.

Pour l'instant, toutes les parties jouent plutôt à l'apaisement pour ramener le plus rapide possible le calme, en attendant la nomination du gouvernement Ilunga Ilunkamba.

Entre le FCC et le CACH, le langage est tout aussi à la modération pour, disent-ils, protéger la coalition d'une éventuellement désintégration.

Tshisekedi - Kabila en démineurs

Comme toujours, c'est vers le chef de l'Etat, Félix Tshisekedi, tête d'affiche de CACH, et Joseph Kabila, autorité morale du FCC, que sont tournés tous les regards. Ils ont la clé du problème qui empeste la scène politique congolaise. Ils se sont certes revus le week-end dernier à la résidence présidentielle de la N'Sele, mais, au regard de l'évolution chaotique de la situation politique de ces derniers temps, il semble que rien n'a évolué.

Une rencontre Tshisekedi - Kabila est donc cruciale pour non seulement sauver la coalition FCC - CACH, mais surtout ramener le calme dans la République. Ce qui pourrait épargner le pays d'un saut vers l'inconnu, alors que les éléments d'une déflagration généralisée se mettent presqu'en place.

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