Ile Maurice: LGBTQ - Une loi contre les homosexuels renversée au Botswana, Maurice à la traîne...

Alors que la communauté LGBTQ de Maurice s'apprête à défiler pour réclamer des droits égaux samedi 15 juin prochain, le Botswana a aboli les lois qui rendaient illégale les relations homosexuelles cette semaine. C'est le 22ème pays du continent africain à se défaire de ce type de lois coloniales, et le 2ème pays, après l'Afrique-du-Sud, a avoir décrété la loi anti-homosexualité anti constitutionnelle.

C'est un étudiant, aujourd'hui âgé de de 24 ans qui a porté l'affaire devant la Cour en mars dernier. Letsweletse Motshidiemang (voir plus loin) a argué que la société a changé et que l'homosexualité est désormais acceptée. Il contestait la Section 164 du Code Pénal botswanais, loi sous laquelle les relations «against the order of nature» étaient passibles de sept ans de prison. Sous la section 167 de la même loi, les actes de «gross indecency», même dans le cadre privé, étaient sanctionnés par une peine d'emprisonnement de deux ans. Dans son jugement, le juge a déclaré qu'une société ne peut être démocratique s'il n'y a pas de tolérance et ouverture d'esprit. Cette loi, qui «empêchait l'avancement de la société», a donc été abolie.

Sollicité, Najeeb Fookeerbux, président de la Young Queer Alliance (YQA), estime que cette décision de justice au Botswana est une victoire pour tous ceux qui militent pour les droits égaux. «Ce jugement renforce notre conviction que notre lutte à Maurice portera ses fruits dans un proche avenir».

Si l'homosexualité n'est pas explicitement mentionnée dans les lois locales, la sodomie, criminalisée au même titre que la bestialité, est passible de cinq ans d'emprisonnement. Est-ce que Maurice suivra la même voie ? Une réponse du bureau de l'Attorney General est attendue. Pour rappel, lorsque la Cour Suprême de l'Inde avait commencé à débattre sur la décriminalisation de l'homosexualité en juillet 2018, Maneesh Gobin avait émis un communiqué pour dire que la situation est suivie de très près. Depuis, c'est le silence radio, même après que la Cour Suprême indienne a rendu son verdict favorable en septembre 2018.

Commentant cette section du code Pénal, les responsables du Collectif Arc-en-Ciel ont fait savoir que «la décolonisation est non seulement géographique, elle est aussi législative. Alors que le Royaume Uni a dépénalisé l'homosexualité en 1967, nombre de ses anciennes colonies pèsent toujours sous le joug des lois réprimant l'homosexualité.» Najeeb Fokeerbux, quant à lui, va plus loin et affirme que la section 250 est une contradiction à l'esprit de l'Equal Opportunities Act (EOA) car elle alimente toujours les préjugés et discriminations envers la communauté LGBTQ.

Les politiciens timides

Lors d'une conférence de presse hier, mardi 11 juin, les responsables du Collectif Arc en Ciel ont fait ressortir que plusieurs ambassadeurs étrangers ont signifié leur intention de participer à la marche cette année et déploré l'absence des politiciens mauriciens. Mais le président du YQA pense, lui, que depuis les années 2000, la classe politique a fait du chemin. Il cite les lois régissant le travail et l'EOA qui incluent la communauté LGBT. «Cependant, il n'y a pas eu de changement légaux en ce qui concerne les violences envers la communauté LGBT ou la reconnaissance du droit d'aimer» précise-t-il.

Sur le continent Africain, Maurice figure aux côtés des 33 autres pays où l'homosexualité est condamnée.

Letsweletse Motshidiemang: «Il n'est pas facile d'être soi-même»

Letsweletse Motshidiemang est un étudiant en Langues africaines, a 24 ans et est celui qui a conduit à a décision de la justice au Botswana après une affaire qui a duré quatre ans. Sollicité par l'express, il explique l'origine de l'affaire qu'il mène depuis qu'il a 21 ans.

Pourquoi ce combat?

En tant qu'homosexuel, je vois la discrimination et les violences subies par la communauté LGBT tous les jours. Il n'est pas facile d'être soi-même, et cela devient encore plus compliqué avec de telles lois liberticides. Je voulais aller de l'avant.

Etiez-vous confiant ?

Confiant, oui. Mais vous savez, comme ce n'était ni moi ni mes amis qui devaient prendre la décision, il y a toujours l'incertitude. Je m'étais préparé à toute éventualité. Malheureusement, je n'ai pas pu me rendre en Cour ce jour là, faute de moyens de transport. J'ai appris à nouvelle à travers mon avocat.

Comment avez vous vécu ces quatre ans?

J'avais le soutien de ma famille et de mes amis, donc ça allait. Certes, il y a aussi eu des commentaires négatifs, mais ils émanaient des gens que je ne connaissais pas, donc, cela ne m'a pas plus dérangé que ça. J'avais un combat à mener...

Etiez vous confiant?

Confiant, oui. Mais vous savez, ce n'est pas moi qui devait prendre la décision. J'étais confiant, mais il y avait toujours l'incertitude. J'étais préparé à toute éventualité. Malheureusement, je n'étais pas en Cour ce jour là, faute de moyen de transport. C'est mon avocat qui m'a annoncé la nouvelle.

Grace à vous, c'est un pas de plus pour le contient Africain. Quelle est la prochaine étape?

Le combat continue. Certes, je peux expliquer ce mon combat personnel aux associations et aux membres de la communauté LGBT. Le combat est loin d'être fini. Les homosexuels ont toujours peurs, ils sont toujours victimes de discrimination. Les gens pensent que nous avons confiance en nous, mais ce n'est pas toujours le cas. Il y a la manière de faire les choses, il faut savoir comment avancer, et j'aiderai du mieux que je peux.

Et vos projets futurs?

Je vais bientôt publier un livre, «Kgole Ya Pula» (La saison des pluies). Puis, on verra pour la suite...

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