Ile Maurice: Nicolas Coccolo - «Tout le monde peut vaincre sa peur de l'avion»

interview

Le Français Nicolas Coccolo est pilote de l'armée de l'air, de ligne, instructeur et animateur de stage Peur de l'Avion. Il évoque cette phobie, qui est soignable.

- D'où vient cette peur de l'avion, l'aérodromophobie ?

Aussi bizarre que cela puisse paraitre, pour 75 % de nos stagiaires depuis 2011, cela est dû à un choc émotionnel. Pour un évènement heureux comme la paternité / maternité, le mariage, etc. ou malheureux comme un accident, un divorce, le décès d'un proche, etc. Beaucoup d'entre eux souffrent effectivement de claustrophobie, mais ce qui les caractérise le plus, c'est qu'ils ont tous un besoin de contrôle dans la vie de tous les jours. C'est ce manque de contrôle, de «lâcher-prise» qui les gêne.

- En quoi les stages de vos débuts en 2011 étaient-ils différents de ceux d'aujourd'hui?

Outre le contenu, qui s'est enrichi, en intégrant les questions de nos stagiaires, la principale différence est dans l'utilisation depuis 2016 de la réalité virtuelle au lieu des simulateurs de vols traditionnels. Le simulateur représentait toujours un cockpit. Or, combien de passagers se retrouvent à cet endroit pendant un vol ? En général, personne. Grâce à la réalité virtuelle, nous pouvons placer nos stagiaires en cabine passager, côté hublot. Cette séance dure un peu moins de 20 minutes mais vous réalisez un petit vol complet. Cela permet de mettre en pratique ce que vous avez appris durant la journée, la réalité virtuelle étant en fin de stage. Cependant, il est bien important de comprendre que rien ne remplacera un vrai vol ! C'est pour cela que nous conseillons vivement à nos stagiaires de mettre ça en pratique sur un vrai vol peu de temps après un stage.

- Vous allez animer un stage à Maurice les 19 et 20 octobre. Qu'allez-vous proposer aux participants ?

Nous allons faire exactement le même stage qu'en France. Cette journée de huit heures se décompose en trois parties : une partie «technique», d'environ cinq heures, sur le fonctionnement de l'aéronautique commerciale et tout ce qui va avec, soit les turbulences, les différents bruits dans les avions, la maintenance, la formation des pilotes. Il y a ensuite la partie avec un psychologue spécialisé dans le traitement des phobies, des troubles cognitifs compulsifs. Il va travailler sur les «pensées négatives» et enseigner des techniques de relaxation à mettre en place dans l'avion. Et finalement, il y a le vol en réalité virtuelle.

Comme avec nos stagiaires en France, nous assurons un suivi par email et téléphone de nos stagiaires sans limitation de durée.

- Un week-end de stage, est-ce suffisant pour se débarrasser de sa phobie de l'avion ?

Nous n'avons pas de baguette magique. Ce stage est là pour vous donner des outils à mettre en place dans un avion. C'est à vous de trouver le courage de monter dedans. De plus, chaque personne est différente. Certaines prennent l'avion trois fois la semaine et notre recordman ne l'avait pas pris pendant 43 ans. Aujourd'hui, il fait cinq à six vols long-courriers par an. Cela dépend énormément de la motivation des stagiaires et du travail qu'ils vont fournir. Certaines personnes mettent plusieurs aller-retour pour se sentir en sereines, d'autres n'ont besoin que d'un vol. Mais tout le monde peut vaincre une phobie, quelle qu'elle soit.

Quel est votre taux de réussite ?

Depuis huit ans, 95 % des 1 000 stagiaires que nous avons encadrés ont repris l'avion après le stage.

- Combien coûte une participation à ce stage ?

En France, il coûte 350 euros. Malheureusement, nous ne pouvons pas maintenir ce prix en raison des frais liés au transport, au logement, à la nourriture, etc. Nous allons commercialiser ce stage à 500 euros (environ Rs 20 000) par personne pour la journée, déjeuner inclus. Nous ne prenons que huit stagiaires par jour. Nous sommes une association et nous ne vivons pas de cette activité.

- Comment un pilote de carrière - de l'armée de l'air puis de jet privé - qui passe les trois quarts de son temps enfermé dans le cockpit, prend conscience de la phobie de l'avion des passagers ?

En 2011, je suis devenu instructeur sur Boeing 737 dans la région parisienne. J'ai été contacté par un cabinet de psychologie, qui traitait ce problème, mais qui avait besoin de connaissances «techniques» pour permettre d'aider le patient à rationaliser. De cette rencontre est née la conception et l'organisation des premiers stages sur Paris.

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