Mali: Insécurité - L'unité nationale à l'épreuve des violences intercommunautaires

Photo: Le Pays
Violences communautaires

Plus de 96 heures après le massacre de populations civiles à Sobane dans le Centre du Mali, ce crime reste orphelin. Pas de revendication, même si le modus operandi et l'identité des victimes pointent un doigt accusateur sur les milices à la solde d'Amadou Koufa.

Elles sont venues dans la nuit noire, elles ont violé, tué, incendié avant de s'évanouir dans la nature, laissant le Mali dans le deuil et le doute sur le devenir de la nation. En effet, il y a bien longtemps que la communauté de destin et la volonté de vivre ensemble souffrent au Mali de fractures ouvertes qui ont pour nom rébellion touarègue, attaques d'islamistes et conflits intercommunautaires. Conséquence, le pays est, depuis une bonne quinzaine d'années, en proie à une guerre dans laquelle revendications sécessionnistes, attaques terroristes et conflits intercommunautaires se côtoient dangereusement.

A qui la faute ? Au gigantisme géographique du territoire national qui contraste avec la faiblesse de l'Etat central à y assumer partout et en tout temps ses missions régaliennes et de service public ? Aux avatars de l'histoire du pays qui ont conduit à l'émergence d'empires précoloniaux et à des relations politiques, économiques et culturelles fort complexes avec le Maghreb et le Proche-Orient ? Peut-être bien aux deux réalités, géographique et historique, à la fois. En tout cas, dans ces violences récurrentes qui désarticulent le Mali, si la ville de Kidal et la région du Nord ont été pendant longtemps sous les feux de l'actualité, depuis un an, la ville de Mopti et la région du Centre leur volent les unes des médias. Ainsi en moins de six mois, soit entre le 1er janvier et le 10 juin 2019, trois pogroms à Koulogon, Ogossagou et, dernièrement, à Sobane ont fait au moins 350 morts, sans compter les disparus et les blessés. C'est connu, dans cette région, Peuls, Dogons et Bambaras ne fument plus le calumet de la paix, poussant pas moins que le chef de l'Etat, Ibrahim Boubacar Keïta, à s'inquiéter ouvertement de la survie de la nation malienne.

De fait, les tueries de Sobane ont aiguillonné une prise de conscience des plus hautes autorités maliennes sur la nécessité de mettre les bouchées doubles pour sauver ce qui peut l'être encore du vivre-ensemble des communautés ethniques du pays. Le limogeage du gouverneur du Centre, en attendant les sanctions pressenties contre des responsables de l'armée en service dans cette région sont des signes qui ne trompent pas. Le dilettantisme des autorités régionales, qui permet ces massacres à répétition, exaspère Bamako. Mais pour enrayer ce cercle vicieux des violences intercommunautaires qui se nourrissent de la vendetta, il faut bien plus que le limogeage d'un gouverneur et des sanctions contre des officiers des forces armées nationales. Le problème est à résoudre dans le cadre global de la région du Sahel qui est, comme on le sait, dans le viseur des organisations djihadistes depuis 2012.

Dans cette logique, le ministre des Affaires étrangères du Mali a trouvé ce 13 juin dans le massacre de Sobane un argument, dont il aurait bien voulu se passer, pour corser sa plaidoirie en faveur du renouvellement du mandat de la MINUSMA. Idem pour la force Barkhane. Elle va trouver dans ces tueries intercommunautaires une bonne raison de consolider sa présence au Mali. Et la force du G5 Sahel ? Ces pogroms au Mali et au Burkina ne rendent-ils pas plus qu'urgent son déploiement rapide sur le terrain ?

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Plus de: L'Observateur Paalga

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