Mali: Le bilan du dernier massacre est contesté

Photo: Le Pays
Violences communautaires

Alors que les autorités avancent le chiffre de 35 morts, le maire de Sangha campe sur le bilan initial de 95 victimes. Un bilan confirmé par plusieurs sources indépendantes.

Joint par la DW, le maire de Sangha, Ali Dolo, affirme que l'attaque menée contre le village de Sobane Da, qui dépend de sa commune, a bien causé la mort de 95 personnes, contrairement à ce qu'affirme le gouvernement.

"Nous sommes en train d'obtenir la liste nominative des personnes décédées. Nous allons la publier sur Facebook. Ça va dans les 100,200, 405. Il y avait une vidéo enregistrée sur laquelle il y avait des morts étalés. Quand le Gouverneur est arrivé et qu'on lui a montré ça, il a pris la tablette et il a ordonné à un de ses agents d'effacer. Donc, ça été effacé et il a donné les chiffres qu'il veut", a pour sa part déclaré Mamadou Togo, le président de l'Association malienne pour la protection et la promotion de la culture dogon - Ginna Dogon.

D'autres témoignages abondent dans le même sens que celui de Mamadou Togo. Selon Bréma Ely Dicko, sociologue et anthropologue malien, "hier (mercredi 12 juin 2019, ndlr), moi j'ai fait un débat télévisé avec deux personnes. Ils ont demandé à chaque survivant combien de personnes tu avais chez toi. Il y a des corps apparemment qui étaient dans un état de déchiquètement avancé. On ne pouvait pas forcement les identifier sur le coup. Donc, ça ce sont des chiffres véridiques parce que c'est le maire de la localité (Sangha, ndlr) qui, lui, a donné l'info à qui de droit."

Malgré tout, les autorités maliennes maintiennent leur estimation et à ce jour, le seul bilan officiel qui soit utilisable est celui de 35 morts.

Non à la vengeance

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta s'est rendu sur les lieux. Il a appelé les populations du village de Sobane Da au calme.

"Je vous demande de ne pas vous livrer à des actes de vengeance", a-t-il déclaré, lors d'une rencontre avec les habitants. IBK a aussi promis de prendre "toutes les dispositions pour assurer la sécurité des biens et des personnes".

Par ailleurs, il a décrété mercredi (12 juin) un deuil national de trois jours avant de révoquer le gouverneur de la région de Mopti (centre), le général Sidi Alassane Touré.

Forces spéciales

De son côté, la ministre française des Armées, Florence Parly, a plaidé pour l'envoi de forces spéciales européennes au Sahel. L'objectif étant de soutenir l'effort des militaires français déployés dans la région pour lutter contre les groupes jihadistes.

"Si l'on ne stabilise pas le Mali, le Niger ou le Burkina Faso, l'Europe aura durablement sur sa tête non pas une, mais deux épées de Damoclès: celle du terrorisme et des prises d'otages, et celle des migrations illégales, dont beaucoup transitent par ces territoires", a-t-elle prévenu lors d'un discours prononcé à Pau dans le sud-ouest de la France.

"C'est pourquoi", poursuit-elle, "il faut accompagner les forces armées sahéliennes après les avoir formées", or, "si les Européens, qui sont directement concernés, ne le font pas, qui le fera?", s'interroge Florence Parly.

Une vingtaine d'armées européennes sont présentes au Sahel. La plupart d'entre elles au sein de la Minusma, la mission de l'ONU au Mali, ou dans le cadre de la mission de formation de l'armée malienne EUTM Mali, et d'autres aux côtés de l'opération antijihadiste française Barkhane (composée de 4.500 militaires, dont une centaine de forces spéciales TF Sabre).

Présence accrue

Au cours d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU mercredi (12 juin), le ministre malien des Affaires étrangères, Tiébilé Dramé, a réclamé "une présence accrue" des Casques bleus de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma) dans le centre du pays.

Selon le chef de la diplomatie malienne, "cette présence accrue est la condition du succès du processus politique que nous allons engager dans les prochains jours".

Au cours de cette même rencontre, le chef de la Minusma, Mahamat Saleh Annadif, le patron de la Minusma, la mission de l'ONU au Mali, a indiqué que "le cycle infernal de la violence devait être arrêté" afin, dit-il, d'éviter "que chacun ne se fasse justice par lui-même".

Les affrontements entre les Peuls et les ethnies bambara et dogon, vivant essentiellement de l'agriculture, ont débuté en 2015. Une période qui coïncide avec l'apparition du groupe djihadjiste du prédicateur Amadou Koufa.

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