14 Juin 2019

Ile Maurice: Rundheersing Bheenick - Pravind Jugnauth commet un hold-up de la Banque centrale

L'ancien gouverneur de la Bank of Mauritius (BoM) qualifie de très grave la démarche gouvernementale de puiser des réserves de celle-ci pour financer son endettement. Ces réserves sont, dit-il, «une tentation omniprésente pour les cadres du Trésor public».

Que répondez-vous à la démarche du gouvernement de puiser des réserves de la Banque centrale pour rembourser sa dette publique avant l'échéance ?

Je dirai que c'est très grave et sans précédent pour un pays comme le nôtre qui, jusqu'à récemment, arborait des prétentions sérieuses à être reconnu comme le Tigre de l'océan Indien. Cette décision met en péril la réputation du pays bâtie au fil des années et, accessoirement, l'indépendance de la BoM. C'est une démarche d'un gouvernement désespéré qui fait preuve d'incompétence financière et d'irresponsabilité fiscale outrancière depuis l'opération «Viré mam».

Cela m'amène à insister qu'une institution comme la BoM, qui est régie par sa propre législation, doit être gérée par des personnes indépendantes afin de défendre sa réputation et son intégrité.

Par ailleurs, dans la Bank of Mauritius Act, provision est faite pour puiser des ressources de la Banque centrale afin de soutenir le développement du pays. Le gouvernement aurait pu faire énormément de choses tout en respectant l'esprit et la lettre de la Bank of Mauritius Act, notamment en ayant recours à la Banque centrale pour financer certains projets de développement après qu'ils ont été approuvés à travers le processus normal, en passant par le Budget.

Malheureusement, le Premier ministre (PM) ne l'a pas fait, choisissant la manière illégale et brutale d'imposer son choix. Cela s'apparente à un hold-up de la BoM. Avec cette mesure budgétaire, nous nous embarquons sur un terrain très glissant en matière de finances dont les résultats peuvent être catastrophiques. Maintenant, chaque Mauricien qui a un peu de respect pour son pays et pour l'avenir de nos compatriotes devrait considérer parmi ses préoccupations majeures la façon d'éviter cette crise.

Pourquoi ?

Parce que c'est très dangereux. Je citerai deux pays qui ont recouru à cette pratique et dont les résultats ont été économiquement catastrophiques. Il s'agit d'abord du Zimbabwe de Robert Mugabe et de son gouverneur de la Banque centrale d'alors, Gideon Gono. Ce tandem a été à la base de la destruction de l'économie zimbabwéenne et de sa devise d'alors, le dollar zimbabwéen qui est maintenant remplacé par celui de l'Oncle Sam alors que le rand sud-africain y est aussi en circulation.

Nous avons vu comment, sous le tandem Mugabe-Gono, tous les Zimbabwéens sont devenus subitement des millionnaires vu qu'ils possédaient des useless bits of paper avec une valeur faciale de millions de Zim dollars. On retiendra comme leçon qu'on ne peut pas artificiellement gonfler l'économie d'un pays et permettre à tout le monde de rouler sur l'or sans faire d'efforts et sans ajouter de la valeur à l'économie nationale. On ne peut pas croître son économie avec des investissements lourds dont le rendement économique ne peut être réalisé qu'à moyen et long termes.

Mon autre exemple est l'Argentine, où le refus du gouverneur de la Banque centrale d'alors, Martin Redrado, d'accéder à la demande de l'ex-présidente Cristina Kirchner de disposer d'une partie significative des réserves de la banque pour repayer une partie de la dette du pays, a entraîné sa démission, refusée dans un premier temps, suivie de son limogeage. Martin Redrado était un ami personnel, mon invité d'honneur à un de dîners annuels de la BoM. Cet ex-banquier de Wall Street a respecté son mandat en refusant de se soumettre aux pressions de la présidente.

J'ouvre une parenthèse pour observer que si l'ex-présidente pensait, en mettant le grappin sur les réserves nationales, redorer le blason du pays auprès des institutions financières internationales, c'était peine perdue. Nous sommes loin des gouverneurs de la trempe de Martin Redrato chez nous. L'équipe dirigeante a été instrumentalisée par le gouvernement pour venir à sa rescousse et essayer de camoufler la gestion financière et économique lamentable à laquelle nous avons eu droit ces dernières années.

Cela me rappelle beaucoup l'expérience récente de la Grèce qui a également recouru à des astuces pour camoufler l'état réel de ses finances publiques avant que tout ne s'écroule. Aujourd'hui, la Grèce cherche du secours auprès du Fonds monétaire international, de la Banque européenne de développement et de la Commission européenne.

Avez-vous subi de telles pressions en tant que gouverneur de la Banque centrale ?

Bien sûr que oui. Les réserves de la BoM sont une tentation omniprésente pour les cadres du Trésor public et pour le ministre de tutelle. Cela semble une solution facile pour éviter des solutions durables et pénibles mais peut-être pas politiquement payantes. J'ai pu résister à ce genre de pressions grâce au soutien du PM d'alors (NdlR, Navin Ramgoolam) qui m'a aidé à maintenir le cap tout en évitant le limogeage. Ce hold-up pourrait s'expliquer par le fait que le PM actuel cumule aussi la fonction de ministre des Finances, ce qui fait que le rôle d'arbitre fait défaut dans un cas pareil.

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