14 Juin 2019

Burkina Faso: Congrès extraordinaire annonce du CDP - Des cadres remontés contre le président du parti

C'est, en principe, le 16 juin prochain que doit avoir lieu, à Ouagadougou, le congrès extraordinaire du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), ex-parti au pouvoir. Mais d'ores et déjà, des voix s'élèvent au sein dudit parti pour dénoncer les conditions dans lesquelles se tiendra ce congrès si fait qu'ils y sont opposés. Pour ce faire, ils exigent du président du parti, Eddie Komboïgo, qu'il se « conforme aux textes qui régissent l'organisation et le fonctionnement du CDP ». Lisez plutôt !

Le 30 mai 2019, une réunion du Bureau exécutif national (BEN) du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) s'est tenue, sous la présidence du camarade Eddie Komboïgo, président du parti. A cette occasion, le président du parti a confirmé son intention de convoquer un congrès extraordinaire du CDP, le 16 juin 2019, dans le but de modifier les dispositions des statuts du parti, relatives au nombre des membres du Bureau politique national (BPN).

En effet, l'article 32 des statuts du CDP, modifiés par le VIIe congrès ordinaire du parti, tenu à Ouagadougou les 5 et 6 mai 2018, dispose ce qui suit :

« Le Bureau politique national (BPN) est l'organe dirigeant du parti.

Il est mis en place par le Congrès. Le Bureau politique national est composé d'au plus six-cents (600) membres ... ».

Il est de notoriété publique qu'en violation flagrante de cette disposition, le président du parti, garant du respect des textes (Article 62 du Règlement), n'a cessé, depuis le congrès de 2018, d'augmenter le nombre des membres du BPN, dans la plus totale opacité, au point de le porter à plus de 1 000 personnes. Certaines estimations récentes font état d'un chiffre actuel, probable, de plus de 1 200 membres, qui semble lui-même provisoire, puisqu'aucune indication précise n'a été donnée aux instances du parti sur le niveau à partir duquel cette explosion de la composition du BPN serait plafonnée. Est-il normal que, un an après le congrès, nous ne soyons pas en mesure de connaître le nombre exact des membres de « l'organe dirigeant » du parti ? Comment des décisions sérieuses, valables, crédibles, peuvent-elles être prises dans ces conditions ?

Cette violation délibérée d'une disposition expresse des statuts du CDP est inacceptable. Elle montre tout simplement la volonté du président du parti de fouler aux pieds les règles élémentaires d'organisation et de fonctionnement du CDP, pour régenter notre formation suivant son bon vouloir.

En agissant avec une telle légèreté, le président du parti pensait s'assurer le contrôle d'un Bureau politique national dont les membres en sureffectif, choisis par ses soins sur des bases fantaisistes, obéiraient à sa volonté. Ce faisant, il s'est pris à son propre piège, parce qu'en rendant la composition du Bureau politique national outrageusement irrégulière, il empêche du même coup cette instance de pouvoir exercer ses attributions de manière licite, en conformité avec les textes de base du parti. Car il va de soi que toute décision prise par un organe dont la composition est irrégulière, est elle-même entachée d'irrégularité. Voilà le dilemme auquel l'a conduit cette gestion cavalière des affaires du parti.

Face à une telle situation, on aurait pu espérer que, revenant à la raison, le Président du parti choisisse de corriger son erreur, en ramenant le nombre des membres du Bureau politique national au chiffre maximum fixé par les statuts, après avoir fait amende honorable auprès des militants du CDP. Car par sa faute, toutes les délibérations du nouveau Bureau politique national depuis le 18 novembre 2018, date d'installation, peuvent voir leur régularité contestée.

Au lieu d'opter pour cette voie de la sagesse, du respect des textes fondateurs du parti, le président du CDP a choisi la fuite en avant. Il s'est attelé à la recherche de subterfuges pour faire entériner au forceps la violation des statuts, en recourant à un congrès extraordinaire, lui-même convoqué au mépris des règles du parti. En somme, il veut couvrir une irrégularité par une autre irrégularité encore plus grave, parce que cette fois, elle met en cause, non seulement l'assemblée représentative de l'ensemble des militants du parti, mais aussi le président d'honneur qui est la référence suprême du CDP.

Ainsi, revenant d'un récent séjour en Côte d'Ivoire, il s'est déclaré porteur d'une lettre du président d'honneur, par laquelle celui-ci exprimerait son accord pour la tenue d'un congrès extraordinaire. Cette correspondance a été lue aux membres du Secrétariat permanent du parti, ainsi qu'à ceux du Bureau exécutif national, sans que la possibilité leur soit donnée d'en prendre connaissance de visu. En outre, de nombreuses raisons nous fondent à émettre des doutes sur les conséquences que le président du parti entend tirer de cette correspondance.

Les règles qui régissent la convocation et la tenue du congrès du CDP sont claires. La décision de convoquer un congrès est prise par le Bureau politique national (article 33 des statuts). Ensuite, la convocation formelle du congrès est prononcée par le Conseil national (article 87 des statuts). Or, il est incontestable que le Bureau politique national, du fait de sa composition irrégulière, n'est pas en mesure de convoquer valablement un congrès. Le Conseil national, prévu par les statuts, n'a pas été mis en place plus d'un an après le VIIe congrès. Cette carence empêche la convocation régulière d'un congrès.

Certes, l'article 80 des statuts dispose que : « ... lorsque le président d'honneur estime que l'intérêt du parti l'exige, il convoque toute instance qu'il souhaite réunir, fixe l'ordre du jour et les modalités pratiques de sa tenue».

Rien, dans le mystérieux courrier excipé par le président du parti, ne mentionne la notification formelle de la convocation d'un congrès par le président d'honneur lui-même. Ni l'ordre du jour, ni les modalités pratiques de la rencontre ne sont précisés de façon explicite. Par ailleurs, l'interprétation que le président du parti et certains membres du Bureau exécutif national entendent donner aux recommandations supposées du président d'honneur concernant les modalités de la désignation du candidat du CDP à l'élection présidentielle, est pour le moins tendancieuse.

Pour toutes ces raisons, nous, militants du CDP, signataires de la présente déclaration, exprimons clairement et fermement notre opposition à la tenue du congrès extraordinaire projeté par le président du parti.

Nous exigeons de sa part le respect strict des dispositions de l'article 32 des statuts du CDP, relatives au nombre maximum des membres du Bureau politique national.

De manière plus générale, nous exigeons que le président du parti se conforme rigoureusement aux textes qui régissent l'organisation et le fonctionnement du CDP, singulièrement en ce qui concerne la désignation des membres des différents organes : Conseil national, Bureau politique national, Bureau exécutif national et autres instances. Les irrégularités qui ont été commises à cet égard doivent être corrigées, sous la surveillance de la Commission nationale de contrôle et de vérification.

Nous exigeons qu'il soit mis fin aux dysfonctionnements multiples qui entravent la bonne marche du parti. Ces dysfonctionnements ont fait l'objet d'une lettre envoyée au président du parti le 21 mars 2019, mais à ce jour, aucune réaction n'indique qu'un intérêt lui ait été accordé. Nous invitons la Commission contrôle et vérification à s'en autosaisir afin de ramener le calme et la sérénité dans le parti.En attendant que des mesures concrètes et consensuelles soient prises par les instances indiquées pour corriger ces errements, nous suspendons notre participation aux instances du parti dont nous sommes membres. Nous réexaminerons notre position à ce sujet au vu de l'évolution de la situation du parti et particulièrement de sa gestion et marquons notre disponibilité à participer à la recherche de solutions consensuelles pour sortir de cette crise dans laquelle le président a plongé notre parti.

Nous réaffirmons notre fidélité au parti et notre loyauté envers le président d'honneur.

Fait à Ouagadougou, le 13 juin 2019

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