Ile Maurice: Grégory Ng - «L'incinérateur de Riche-Terre affectera 50 000 personnes»

interview

Les habitants de Baie-du-Tombeau sont au front. Mobilisés, ils contestent un projet d'incinérateur de déchets à Riche-Terre. L'échéance pour contrer l'Environmental Impact Assessment (EIA) est fixée au 20 juin. Quelles sont les raisons de leur colère ? Explications avec Grégory Ng, un des opposants.

Pourquoi contestez-vous le projet d'incinérateur à Riche-Terre ?

Jusqu'à preuve du contraire, tous les incinérateurs produisent des déchets toxiques. C'est comme si on essaie de régler le problème en créant d'autres problèmes. C'est un processus polluant dans n'importe quel cas de figure.

Où en êtes-vous dans votre combat concrètement ?

Notre mouvement n'est pas limité à Baie-du-Tombeau, il s'étend aussi aux régions avoisinantes. Potentiellement, cela va affecter 50 000 personnes. La pièce maîtresse de tout ce projet est l'incinérateur, notamment toute émission de fumée. Ce sera transporté par le vent dans toutes les directions. Les fumées vont rester à un niveau très bas, affectant toutes les habitations. Déjà qu'on est assailli par des odeurs polluantes avec une compagnie existante... On s'active aux campagnes de mobilisation. Tous les habitants sont en train de signer une pétition. On aura des milliers de signatures.

D'autant que l'échéance du 20 juin arrive...

Effectivement. En sus des habitants, nous sommes à conscientiser les entreprises commerciales. N'oublions pas que la zone industrielle emploie environ 5 000 employés au minimum.

Mais pourquoi vous engagez-vous personnellement dans cette action ?

Je n'habite pas loin du site en question. Ce qui est écrit dans la demande EIA demeure toujours flou. Par exemple, l'usine va occuper une superficie de 30 000 mètres carrés, ce qui correspond à quatre terrains de football. Que vont-ils faire dedans ? On ne sait pas. Veulent-ils plus tard importer des déchets pour les traiter à Maurice ? Nul n'est au courant. Avant même de penser à l'incinération, a-t-on exploré toutes les alternatives ? Dans les pays avancés, la tendance est que ça crée d'autres problèmes. Stocker les résidus, c'est très toxique. Il faut des conteneurs spéciaux pour les ramasser et les enfouir, comme ils le mentionnent dans l'EIA. Maurice est un très petit territoire. Ce projet grandiose n'a pas sa place ici.

Des espaces pour stocker six types de déchets dangereux et de terre contaminée sont prévues. Quels sont les risques pour les habitants ?

Dès qu'on stock des terres et produits contaminés, il y a un gros risque. Ça se répand dans l'atmosphère ou au niveau du sol. Il ne faut pas oublier que de Riche-Terre, Baie-du-Tombeau, Roche-Bois jusqu'à Jin Fei, on a déjà un sérieux problème d'inondation. Donc avec les «flash floods», vous avez un volume d'eau énorme sur toute la zone. C'est un risque considérable.

Et qu'en est-il de ceux liés à l'incinération des déchets liquides et solides, y compris les carcasses d'animaux ?

Vous savez, quand on fait des opérations pareilles, on ne connaît pas le fonctionnement de l'usine. Est-ce que ça va tourner pendant 24 heures ? Probablement. Et si elle est submergée de demandes, va-t-on stocker les carcasses telles quelles ? Il y a plein d'interrogations. Les incinérateurs produisent de la dioxine, reconnue comme produit cancérigène. S'il y a un défaut de fonctionnement, on ne sait ce qui va se passer. Le faire en limitant les émissions polluantes est un procédé de haute technologie.

Pourtant, le promoteur assure dans son EIA qu'il respectera la norme européenne concernant les émissions polluantes. Vous y croyez ?

Peut-il dire autrement ? Qui vous dira : «Mon projet va vous ruiner la vie» ? Je n'y crois pas tellement. Pour maintenir les normes, qu'est-ce que cela demande comme moyens ? On ne sait pas. Rendez-vous compte : cela va se trouver à 600 mètres des habitations. Et au sud du site, on a des appartements de la NHDC.

D'autant que Veolia, le promoteur, semble être à l'avant plan avec de tels projets d'envergure à Maurice et dans la région. Ça vous inquiète cette présence ?

On ne connaît pas les véritables plans futurs de Veolia. On ne sait ce qui a été publié dans l'EIA. Qu'y a-t-il derrière ? On fourmille d'interrogations.

Une des raisons derrière ce projet privé relève des pannes fréquentes, la surutilisation et le manque d'entretien des incinérateurs de l'État. Un pur hasard selon vous ?

On dirait qu'il y a un lien. On se sait si dorénavant c'est dans la politique du gouvernement de privatiser les services gouvernementaux comme par exemple la santé à Maurice. Serait-ce le «bigger picture»? L'incinération n'est pas la solution. Il faudrait repenser le problème dans sa globalité. Par exemple, aux États-Unis, on composte tout «bio material». C'est un processus complexe. À Maurice, on n'a pas de politique de recyclage.

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