16 Juin 2019

Burkina Faso: Election présidentielle de 2020 - Foire d'empoigne au CDP

Qui sera le candidat de l'ancien parti majoritaire à la prochaine élection présidentielle ? Eddie Komboïgo, Kadré Désiré Ouédraogo ou un troisième larron ? Faites vos jeux, rien ne va plus !

Dans ce qui ressemble à une course d'obstacles à l'investiture du porte-drapeau du parti de l'épi et de la daba (CDP), la bataille fait rage, et le week-end dernier nous a donné de voir que le fossé s'agrandit entre les partisans d'Eddie Komboïgo, actuel président du parti, et ceux de Kadré Désiré Ouédraogo, conduits officieusement par Boureïma Badini, ancien ministre de la Justice de Blaise Compaoré et par ailleurs son ex-représentant spécial en Côte d'Ivoire.

Les premiers voulaient tenir un congrès extraordinaire pour relire les textes du parti afin, dit-on, de les adapter à son évolution et aux réalités du terrain. Les seconds y ont vu des manœuvres pour accentuer la mainmise d'Eddie Komboïgo sur les instances décisionnelles de l'ancien parti majoritaire. En point de mire, le bureau politique national où, contrairement à l'article 32 des statuts du parti, il y a eu une inflation de ses membres qui sont passés de 600 au maximum à plus de 1300.

Quand on sait que les membres de cette instance sont ceux qui doivent désigner par vote le candidat du parti à l'élection présidentielle, on saisit l'importance de l'enjeu de la contrôler. Pour les partisans de Kadré Désiré Ouédraogo, le gonflement exagéré des membres qui y siègent n'est ni plus ni moins qu'une violation des textes du parti orchestrée par le camp d'Eddie Komboïgo pour se constituer un bétail électoral docile ; d'où la saisine de la justice et du ministère de l'Administration territoriale.

Si ce dernier a déclaré attendre les conclusions du congrès extraordinaire pour statuer sur leur conformité avec les textes du parti, la justice, en l'occurrence le tribunal administratif de Ouagadougou, a décidé de la suspension de ces assises qui étaient prévues pour ce 15 juin. Le tribunal a appelé par ailleurs au respect de l'article 32 des statuts du parti, c'est-à-dire qu'il faut réduire les membres du bureau politique à 600 personnes au maximum. Par contre, il n'a pas suivi les plaignants dans leur requête de suspendre la direction actuelle du CDP.

Demi-victoire donc pour le camp Kadré qui pouvait jubiler lors du meeting de rentrée politique de ce dernier à Ziniaré samedi dernier. Au contraire, demi-échec pour les partisans de Komboïgo qui faisaient grise mine au même moment dans une conférence de presse au cours de laquelle ils ont promis des sanctions contre ceux des militants qui avaient astreint le parti devant le tribunal administratif de Ouagadougou.

C'est dire que la bataille rangée entre les deux tendances au sein du CDP fait rage et on n'a pas besoin d'une boule de cristal pour prédire une scission imminente. Même Blaise Compaoré ne peut plus sauver les meubles de cet incendie allumé par des ambitions politiques inconciliables. Pourtant, chaque camp, notamment les deux candidats à la présidentielle, ne désespère pas d'avoir l'onction du célèbre exilé des bords de la lagune Ebrié. N'est-ce pas que son parrainage peut ouvrir des portes et dérouler des chéquiers ? En tout cas, ce n'est ni un hasard du calendrier ni un choix anodin d'endroit si, après son oui retentissant de Bobo-Dioulasso, Kadré Désiré Ouédraogo a fait une rentrée politique remarquée à Ziniaré.

Il aurait voulu faire un clin d'œil à Blaise Compaoré qu'il n'irait pas ailleurs faire un meeting et à la veille d'un congrès querellé. Le message de Kadré est de plus en plus clair : avec ou sans l'investiture du CDP, il est dans l'arène politique, prêt à moissonner dans le fief de son père fondateur. L'Enfant tranquille du Boussouma, qui s'est montré homme de dossiers à la primature, technocrate à la BCEAO, grand diplomate à la CEDEAO, mènera-t-il un combat victorieux contre l'expert-comptable, un jeune loup aux dents bien longues qui a su s'entourer de politiques chevronnés pour contrôler le CDP ?

On attend de voir non sans faire remarquer que leurs divergences politiques tournent à la foire d'empoigne : à la promesse d'exclusion des plaignants du parti brandie par le camp d'Eddie Komboïgo, celui de Kadré Désiré Ouédraogo répond par une pétition pour exiger la démission du président, du premier vice-président et du secrétaire à l'organisation du parti. Bonjour donc les stigmatisations en attendant l'épilogue de cette bataille rangée : la scission.

On en connaît qui doit boire du petit lait devant ce spectacle d'un CDP qui se déchire : Roch Marc Christian Kaboré. La raison en est fort simple : l'ancien parti majoritaire uni derrière un seul candidat aurait été redoutable pour le MPP. Désunis et incapables de s'allier, même en cas de second tour, les partisans de Blaise Compaoré peuvent faire le deuil d'une victoire à la présidentielle de 2020. Quand on sait que le premier parti de l'opposition, l'Union pour le changement (UPC) de Zéphirin Diabré, n'est pas au mieux de sa forme après la déchirure qui l'a affecté en 2017, idem pour les sankaristes qui continuent de se subdiviser, l'actuel locataire de Kossyam peut avoir un sommeil moins agité quant à se succéder.

Comme qui dirait, « il n'y a rien en face », sinon des lambeaux de partis. Il pourrait donc renouveler son bail à la présidence malgré les coups de boutoir des terroristes et la fronde récurrente des syndicats, quoique la politique ne soit pas une science exacte. Elle réserve souvent des surprises renversantes, car les certitudes d'aujourd'hui peuvent se révéler être des chimères demain.

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