Ile Maurice: Dr Ramkoosalsing - Si j'étais encore fonctionnaire je n'aurais pas défendu le cannabis

interview

Vous étiez présent à la Cannaparade samedi 8 juin. Pourquoi y avoir participé ?

J'ai déjà pris position auparavant pour la dépénalisation du cannabis. C'est tout à fait normalement qu'on m'approche pour participer à ce genre de marche.

Vous êtes un des rares médecins à prendre ouvertement position sur la question. Pourquoi tant de pudeur de la part de vos collègues ?

Je suis un des seuls, oui. Si j'étais toujours fonctionnaire, peut-être que cela n'aurait pas été le cas. Il aurait fallu attendre la permission du ministère pour parler. Maintenant, je suis un homme libre. Libre de dire ce que je pense être juste.

Consommez-vous du gandia ?

C'est une question assez personnelle. Mais non, je n'en consomme pas.

Vous avez pendant longtemps exercé comme psychiatre à l'hôpital Brown-Séquard. Est-ce cela qui vous a poussé à militer pour la dépénalisation?

Oui, entre autres. Cela reste un drame pour les parents ainsi que les toxicomanes. J'ai moi-même connu plusieurs cas de suicide engendrés par la prise de drogues dures ou le synthé.

Certains volent pour pouvoir se procurer leurs doses quotidiennes. C'est pourquoi j'ai toujours milité pour l'introduction de la méthadone à Maurice. J'étais en 2006 l'officier responsable du programme. Et même en tant que fonctionnaire, je me suis battu pour cela à travers des workshops, notamment. Finalement, la méthadone a bien été introduite en novembre 2006.

Parlez-nous davantage des consommateurs de synthé et de drogues dures. Quel âge ont-ils ?

Avant comme aujourd'hui ce sont les jeunes qui sont les plus touchés. À cause de la drogue synthétique, aujourd'hui à Brown-Séquard, il y a une salle où l'on accueille surtout des ados.

Quid des bienfaits du cannabis pour les malades ?

Le cannabis permet de soulager ceux qui souffrent d'épilepsie, du cancer, d'Alzheimer, de douleurs chroniques ou encore la sclérose en plaques, pour ne citer que ces maux. Le gandia soulage les patients. Voilà pourquoi certains Mauriciens qui reviennent de l'étranger prennent le risque de transporter de l'huile de cannabis dans leurs bagages, quitte à se faire attraper.

Que répondez-vous à ceux qui disent que le cannabis rend dépendant ?

Il faut savoir que les symptômes de dépendance, en ce qu'il s'agit du cannabis, disparaissent après deux semaines. Il est beaucoup plus difficile d'arrêter de fumer et de boire que de consommer du cannabis. Et puis, c'est un choix. Seki pa anvi fimé pa asté !

Certains n'en profiteront-ils pas pour faire du commerce ? Qu'en est-il des abus en cas de dépénalisation ?

Non, je ne crois pas. Pour ce qui est de l'usage récréatif du cannabis, il faudrait que l'âge autorisé soit de 21 ans. Et aussi veiller à ce que la consommation ne se fasse pas n'importe où, en mettant en place un protocole. Pour ce qui est du cannabis médical, la méthode a fait ses preuves dans beaucoup de cas et il s'agit de soulager les gens en souffrance. Pourquoi en faire tout un foin ?

Ah ? Vous êtes donc également en faveur de l'usage récréatif du cannabis ?

C'est un oui.

Pour en revenir aux malades, que dit la science à propos du soulagement que procure le cannabis ?

La science dit que ça marche. Les patients qui ont essayé aussi. Médicalement, avec des doses spécifiques et les comprimés oui, cela apaise les souffrances, il n'y a qu'à surfer sur le Net pour voir. Par exemple, 2,5 à 20 ml par jour soulagent efficacement les douleurs chroniques.

Allez-vous prescrire le cannabis si la dépénalisation se concrétise ?

Bien entendu.

Certains politiciens mauriciens se sont emparés du dossier cannabis. N'est-ce pas surtout un leurre pour les électeurs en vue des prochaines législatives ?

Le Parti mauricien social-démocrate, le Mouvement patriotique ou encore le Parti travailliste ont pris leur position sur ce sujet. Nous sommes en 2019, nous ne sommes plus en 1950. Il faut changer les mentalités et évoluer avec notre temps. D'autre pays l'ont fait et cela marche très bien. Même l'Organisation mondiale de la Santé veut déclassifier le cannabis. Il y aura prochainement un vote aux Nations unies. Et si les politiciens dépénalisent le gandia pour avoir des votes, soit. Il faudra tout de même qu'ils tiennent leurs promesses...

La dépénalisation permettra-t-elle d'éradiquer la drogue synthétique ?

Définitivement. Les jeunes se tournent vers le synthé car il est moins cher et il est plus facile de s'en procurer.

Les jeunes emballés par l'idée

«Si ti pou ena li, ti pou ena mwins trafik.» Interrogés sur la dépénalisation, des jeunes font preuve d'enthousiasme. «Ena boukou kamarad kinn gagn trapé akoz gandia. Sa al lor zot certifika moralité ek kapav ena enn gro limpakt», souligne Ritesh. Aldo est quant à lui d'avis que le cannabis est bien moins nocif que la cigarette ou l'alcool. «Kan bwar, ena vinn bebet. Bann séki fimé cool zot. Ek boukou zenn oussi pour aret konsom synthé lerla.»

Noushrat est d'avis, elle, qu'il faut organiser un référendum sur la question, afin que tous les Mauriciens puissent donner leur avis. «Pa bizin atann lavey eleksion lerla pou fer tou kalité promes, nou pa kouyon !»

Par ailleurs, une étude de PILS en 2016 avait révélé que sur 600 personnes d'âges, d'horizons et de classes sociales différents, 16 % avaient confié avoir consommé du cannabis durant le mois précédent. «Légal pa légal dimounn pe gagn limem non ?»

Le Parti travailliste prend position

Sa déclaration n'a pas manqué de faire réagir. Mercredi 29 mai, Navin Ramgoolam a annoncé qu'une fois au pouvoir, le Parti travailliste (PTr) dépénalisera le cannabis médical. Effet d'annonce ou vraie mesure ? Navin Ramgoolam parlait-il en tant que médecin ou politicien ?

Shakeel Mohamed affirme pour sa part que son leader a proposé de dépénaliser le cannabis médical comme l'ont fait plusieurs autres pays, car il a été prouvé que cela soulage efficacement les douleurs des personnes cancéreuses ou des épileptiques, entre autres. «Il ne s'agit pas de fumer un joint. On parle ici d'huiles, notamment, qui permettent de soigner des maladies.»

Toutefois, précise Shakeel Mohamed, il faudra consulter les experts pour voir si la dépénalisation permettra de combattre ce fléau qu'est la drogue synthétique. «Pour ma part, je n'ai pas d'idée fixe sur la dépénalisation du gandia. La meilleure solution est de faire appel à des experts pour savoir si c'est une bonne chose ou pas.»

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