16 Juin 2019

Burkina Faso: Procès putsch manqué - Ce matin, les réquisitions du parquet militaire

Trois jours d'audiences auront suffi aux avocats des parties civiles pour leurs plaidoiries. Le vendredi 14 juin 2019, Me Pierre Yanogo et Me Guy Hervé Kam ont pris la parole en dernière position pour défendre leurs clients, bouclant ainsi ce chapitre. Ce lundi 17 juin 2019 débute le réquisitoire du parquet militaire.

Dès la reprise des joutes oratoires, le 11 juin dernier, des parties civiles, par la voix de Me Souleymane Ouédraogo, avaient expliqué au tribunal qu'elles ont classé les accusés en trois groupes qui sont : les accusés contre qu'il n'y a pas suffisamment de charges pour les condamner, ceux qui ont reconnu leurs torts et fait leur mea culpa et enfin les accusés qui ont décidé de tout nier en bloc. A l'ouverture de l'audience, le 14 juin, toujours avec les plaidoiries des avocats de la partie civile, Me Pierre Yanogo avait la parole.

A la décharge du colonel Omer Bationo et du capitaine Gaston Saïdou Ouédraogo, Me Yanogo a dit au tribunal qu'ils font partie de la première catégorie d'accusés, contre lesquels les avocats des parties civiles n'ont pas trouvé de charges.

Par ordre d'importance, il a cité le deuxième groupe de personnes, qui ont posé des actes et fait acte de repentance à la barre. Le premier sur cette liste : le colonel-major Boureima Kiéré. Pour l'auxiliaire de justice, le colonel a joué un rôle déterminant, mais il n'était pas maître de lui-même.

Il est bien vrai, a-t-il dit, qu'il a conseillé au général Gilbert Diendéré au début d'abandonner son projet, mais face au refus de ce dernier de faire marche-arrière, le colonel lui est resté fidèle. Le colonel, a expliqué l'avocat, était le premier à savoir que la hiérarchie militaire avait rejeté le coup d'Etat, mais malgré cela, il ne s'est pas découragé, il est resté un fidèle serviteur du général. « L'on se rappelle que c'est lui qui a signé le communiqué faisant du général le président du Faso. C'est également lui que le général a responsabilisé pour entrer en contact avec la police et la gendarmerie pour les questions de sécurité intérieure ».

Même à la barre, a poursuivi l'avocat, le colonel était toujours loyal au général jusqu'au passage de la hiérarchie militaire pour témoigner. A cette étape du procès, les avocats des parties civiles ont constaté que le colonel coopérait de plus en plus pour l'éclatement de la vérité.

La deuxième personne retenue sur cette liste est le commandant Abdoul Aziz Korogo, qui, selon Me Yanogo, n'était pas dans une situation enviable. Pour l'avocat, le commandant était pris en sandwich dans la guerre fratricide que se livraient les deux grands militaires du Passoré (Diendéré et Yacouba Isaac Zida) pour le contrôle de l'ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Son titre de chef de corps, à écouter l'avocat, ne valait que sur le papier, car il ne commandait rien. Il serait malhonnête, selon lui, de ne pas reconnaître qu'il a posé des actes visant à éviter le chaos, même si « c'est lui qui a signé l'ordre de mission devant permettre à des hommes d'aller chercher du matériel de maintien de l'ordre au Togo ».

L'homme que tout le monde a vu à la télévision, celui-là qui a été tiré des délices de la nuit par un coup de fil du capitaine Dao, est la troisième personne retenue par les avocats des parties civiles dans cette catégorie d'accusés : il s'agit du médecin lieutenant-colonel Mamadou Bamba. Selon la partie civile, le colonel Bamba a fait preuve de repentir durant le procès en assumant pleinement son rôle. Mieux, il a regretté le jour où il a fait la connaissance du capitaine Dao, celui qui l'a mis dans le pétrin. « Nous pensons qu'il peut bénéficier de la clémence du tribunal », a plaidé Me Yanogo.

Le dernier sur cette liste est le capitaine Oussène Zoumbri. La partie civile a dit retenir de lui la virulence de ses propos et les menaces à l'encontre d'une délégation partie rencontrer les militaires de l'ex-RSP. Elle retient également de lui les conversations qu'il a eues avec le lieutenant Limon Kolamba Jacques. Ces échanges, selon la partie civile, démontrent qu'il jouait un rôle stratégique dans le coup d'Etat. A l'audience, les avocats des victimes du coup de force, ayant remarqué qu'il a adopté un profil bas, pensent que cette posture peut lui être profitable.

La troisième catégorie est constituée de personnes non repenties. Ces personnes, selon Me Yanogo, non seulement ont posé des actes graves mais en plus, et c'est ce qui est déplorable, n'ont ni reconnu ni regretté leurs actes. « Ils sont d'ailleurs prêts à recommencer si l'occasion leur est donnée à nouveau », a-t-il ajouté. A leur tête, il a nommé le général Djibrill Bassolé, dont le cas a été développé aux audiences précédentes.

Après le général, il a prononcé le nom du capitaine Abdoulaye Dao. Absent au moment des faits, il prend les choses en main dès son retour à Ouagadougou. Selon l'avocat, il efface son chef de corps et, seul, prend de grandes décisions. «C'est lui qui coordonne les travaux d'amendement de la déclaration du Conseil national de la démocratie (CND). C'est lui qui l'apporte au ministère de la Défense pour qu'elle soit portée à la connaissance de la hiérarchie militaire. C'est encore lui qui discute avec le général pour trouver le meilleur profil pour la lecture de la déclaration », a affirmé Me Yanogo. Il a poursuivi en indiquant que le capitaine Dao a même montré au colonel Bamba la tenue qu'il devait porter de sorte que l'opinion publique pense que c'était une affaire de l'armée et non de quelques militaires de l'ex-RSP. Pour être sûr que le communiqué arrivera à destination, le capitaine se charge de l'apporter lui-même à la télévision nationale, a ajouté l'avocat. Pour les parties civiles, le capitaine Dao est sans aucun doute l'officier du RSP qui a été le plus actif après le général Diendéré dans le putsch. Pourtant, les avocats disent n'avoir remarqué aucun remords de sa part lors de son audition.

Au bas du nom du capitaine Dao figure celui du colonel Abdoul Karim Traoré, magistrat militaire. Pour Me Yanogo, il est l'exemple type de l'adhésion volontaire au crime. Il est devenu très vite, a-t-il ajouté, le rédacteur en chef des textes du CND. A l'audience, les avocats ont regretté qu'il n'ait eu aucun remords.

La dernière personne sur cette liste est le lieutenant Boureima Zagré. Parce qu'il n'était plus sous la coupe des chefs de l'ex-RSP, les avocats de la partie civile ont été intrigués par son attitude. Dès la nuit du 16 septembre, il s'est rendu au camp Naaba Koom. Selon Me Yanogo, il a joué un rôle que même les militaires du corps n'ont pas osé jouer. « Il fait partie des rédacteurs de la déclaration du CND et avait été pressenti par le général Diendéré pour la lire ».

Après cette étape, Me Pierre Yanogo a donné le but et le contexte du coup d'Etat de septembre 2015. Pour lui, ce coup de force visait à arracher au peuple burkinabè sa victoire des 30 et 31 octobre 2014. Il s'agissait pour les putschistes de pratiquer un avortement tardif et douloureux sur une transition à terme afin de la vider de toutes les promesses de démocratie véritable. Pour convaincre le tribunal, il a fait un bref rappel de l'histoire politique du Burkina Faso de 1987 à 2014. En effet, a-t-il rappelé, en 1987, des hommes sans vertu ont décidé, par ce qu'ils ont appelé rectification, de changer, dans le sang, l'avenir politique du pays qui, pourtant, se portait bien. Mais les évènements des 30 et 31 octobre 2014 convainquent l'homme de droit que plus jamais personne ne peut imposer aux Burkinabè une férule aussi humiliante et une rapacité aussi vorace que celles du régime de Blaise Compaoré entre 1987 et 2014. C'est contre ce régime, a-t-il indiqué, que le peuple du Pays des hommes intègres, par une révolution qui n'a rien à envier à celle dont se vantent les grandes nations, s'est levé contre toute adversité pour arracher son pouvoir.

A la suite de Me Yanogo, la parole est revenue à son confrère Me Hervé Kam, le dernier des avocats de la partie civile à avoir pris la parole.

Dès l'entame de sa plaidoirie, il a tenu à mettre les points sur les « i » en signifiant aux différentes parties au procès que cette affaire n'est ni celle de l'ex-RSP, ni celle du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) encore moins celle du clan Compaoré. « Regardez dans le box des accusés, ce sont près de 70 personnes, le RSP en comptait plus », a-t-indiqué.

Pour Me Kam, les uns et les autres doivent comprendre que la politique n'est pas une garantie d'impunité. « Aucune opinion politique ne peut s'exprimer par un coup d'Etat ». Selon lui, Léonce Koné, Herman Yaméogo et Djibrill Bassolé se trompent quand ils disent que le procès du coup d'Etat du 15 septembre 2015 est politique. Il reste convaincu que ce n'est pas la qualité de certains accusés qui fera de cette affaire un procès politique.

Par conséquent, il a invité ceux qui affirment que ce jugement est une vengeance à arrêter de faire de telles affirmations, car si c'était le cas, tous les putschistes présents dans la salle d'audience auraient été abattus au lendemain de leur arrestation.

Avant de clore, Me Kam a demandé au tribunal de dire le droit et de ne pas céder à l'appel de ceux qui demandent la réconciliation ou la justice transitionnelle.

L'audience reprendra le lundi 17 juin par les réquisitions du parquet militaire.

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