17 Juin 2019

Burkina Faso: Présidentielle 2020 - Préserver à tout prix le vivre-ensemble

Toute formation politique digne de ce nom a pour vocation principale, la conquête du pouvoir d'Etat. Et en démocratie plus que dans tout autre régime politique, cela passe par les urnes. De ce point de vue, les échéances électorales de 2020 s'annoncent comme des grands moments de la vie politique de la Nation.

En effet, c'est à cette date que l'enfant de Tuiré, dans le Ganzourgou, doit remettre son mandat en jeu puisqu'il s'est déjà dit partant pour un deuxième mandat. Du point de vue de la Constitution, il est dans son bon droit. C'est normal que le président Kaboré ait les yeux exclusivement rivés sur cette échéance. En tout cas, l'état-major de son parti, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), semble se mettre en ordre de bataille pour permettre à son champion de briguer avec succès un deuxième mandat.

Aussi annonce-t-on par-ci la réalisation d'infrastructures routières et par-là d'autres réalisations socio-éducatives. Quand ce n'est pas Roch Kaboré himself qui le dit, il le fait dire par ses fidèles lieutenants. L'on peut faire le constat que toutes ces réalisations annoncées sont programmées pour être mises en œuvre en 2020. L'on peut donc se poser la question de savoir si ceci n'explique pas cela. L'on peut, sans risque de se tromper, y répondre par l'affirmative. En effet, bien des régimes politiques qui se sont succédé à la tête du pays, ont une tendance à concentrer la mise en œuvre de leur programme politique sur l'année pendant laquelle ils doivent se présenter devant le peuple pour solliciter son suffrage. Et le meilleur argument pour le faire avec la plus grande chance de le réussir, c'est d'indiquer des bulldozers en train de procéder aux terrassements de routes et autres engins lourds en mouvement sur des chantiers qui viennent d'être lancés. Dans des pays comme le nôtre où l'électorat est essentiellement composé d'analphabètes, cette stratégie de la dernière minute, peut-on dire, a fait la preuve de son efficacité. Et tous les partis politiques de l'opposition qui ont déjà présenté des candidats à une présidentielle, peuvent apporter des témoignages édifiants dans ce sens.

C'est l'ensemble du corps politique et social qui doit travailler à pacifier le pays

Le Rassemblement démocratique africain (RDA) et le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) qui ont respectivement géré le Burkina pendant de longues années, ont fait de cette stratégie une arme de destruction massive de l'opposition pendant qu'ils étaient aux affaires. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le MPP est sur leurs pas. Et cela n'étonne personne puisque ce parti est né par césarienne du CDP. Il a donc hérité de certaines de ses pratiques en termes de mobilisation de l'électorat. Bref, à 17 mois du scrutin présidentiel, l'on constate que le pays est déjà dans la fièvre électorale. Et ce n'est pas seulement le parti au pouvoir qui vit cette ambiance. Tous les autres grands partis du pays la vivent. Dans l'absolu, on ne peut pas dire que cela est mauvais. Mais en toute honnêteté, on peut se risquer à dire que les uns et les autres sont en train de placer la charrue avant les bœufs.

En effet, aujourd'hui, les principaux défis que le pouvoir doit relever avant cette échéance, sont liés à l'insécurité et aux conflits communautaires qui sévissent dans le pays. Malheureusement, l'on peut avoir l'impression que la résolution de ces problèmes est en passe d'être reléguée au second plan au profit de la lutte pour le pouvoir. A ce rythme, on peut se poser la question de savoir si ces messieurs et dames ont pris la pleine mesure de la situation réelle dans laquelle se trouve le pays. Cette question est d'autant plus à propos que bien des populations au nom desquelles ils se battent tels des chiffonniers pour diriger le pays, sont aujourd'hui, du fait du terrorisme et des affrontements communautaires, réduites à vivre l'exil dans leur propre pays. Et pour ces milliers de déplacés, ce qui urge, c'est de retrouver leurs domiciles et leurs champs pour vivre dans la sécurité et la dignité. Mais les politiciens sont ainsi faits que ce genre de questions sont le cadet de leurs soucis. Et quand ils en font une préoccupation, c'est pour les exploiter à des fins bassement électoralistes. Il faut, absolument, comme le disent les Ivoiriens, « quitter dans ça ». La décence et l'éthique les y obligent. Pour toutes ces raisons, il faut absolument travailler à remettre le Burkina sur ses deux pieds avant 2020. Et le pouvoir MPP n'aurait aucune excuse, au cas où il ne réussirait pas à le faire avant l'échéance de 2020. Au-delà du MPP, c'est l'ensemble du corps politique et social qui doit travailler à pacifier le pays. Et tous autant qu'ils sont, doivent se convaincre que c'est parce que la « tête se porte bien, que les yeux peuvent s'offrir le luxe d'être mal en point ».

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