Congo-Kinshasa: Face à la tentation du coup d'Etat permanent - Les ultimes recommandations d'Etienne Tshisekedi

C'est le samedi 01 juin 2019 que, dans l'intimité du mausolée où repose désormais son corps à Nsele, que le «lider maximo» de l'Udps, Etienne Tshisekedi wa Mulumba, a été enterré pour l'éternité. Deux jours après, le cercle de réflexion « Les Héritiers d'Etienne Tshisekedi » (HET) s'est réuni pour tirer les leçons politiques de tous les événements du week-end, pour ses membres, pour le parti Udps et pour l'ensemble du pays.

Ces leçons ont été condensées dans ce qu'on a appelé « le testament politique du Sphinx » et qui se résument, selon le porte-parole qui en a fait le compte-rendu, en une série de recommandations à l'intention du président de la république Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, dit Fatshi.

La non violence

La première recommandation a trait à la non-violence comme philosophie de combat politique au regard du comportement anarchique de la classe politique congolaise dans son ensemble et, particulièrement, des adversaires politiques du président Félix Tshisekedi et de ses partisans. Le paradoxe, analysent les «HET», est que face aux dysfonctionnements de l'ensemble des structures du pays et à la misère du peuple, une certaine élite issue des régimes précédents pense que sa présence dans les postes politiques est une sorte de droit divin, en dépit des exigences de changement exprimées par le peuple et les partenaires au développement. En passant, ils épinglent le chaos actuel au sein de l'Udps entre les cadres, mais aussi entre le leadership aux affaires du parti depuis 2016 et les pionniers notamment.

Puisant dans ce qu'ils estiment être la philosophie politique d'Etienne Tshisekedi, les «HET» rappellent qu'aux yeux du défunt leader, l'UDPS a lutté près de 40 ans pour permettre justement à la jeunesse de comprendre la complexité des problèmes qui se posent à notre pays et de savoir se prendre en charge au moment opportun. Pour eux, les funérailles nationales du Sphinx étaient donc l'opportunité rêvée pour une solide introspection sur la manière de conduire le pays.

En l'occurrence, ce scénario dans lequel sont intervenus la Belgique (lieu du décès, puissance d'occupation aux visées exclusivement prédatrices, mais source du savoir intellectuel du défunt) ; son enterrement en RDC (pays victime des intelligences de destruction fomentées par la puissance d'occupation), à Kinshasa (siège des institutions de la puissance nationale), devrait symboliser la mort des systèmes anciens et de l'exploitation prédatrice, la rupture pour leur abandon en faveur de la renaissance, grâce à une gouvernance en faveur des intérêts du peuple. En d'autres termes, c'était l'occasion pour repenser l'exercice du pouvoir non pour la jouissance mais plutôt en termes d'un modèle culturel propre articulé sur les véritables besoins du peuple ainsi que sur la nécessité d'écrire l'histoire grâce au génie congolais propre. Voilà pourquoi ce peuple doit être organisé pour jouir de son pouvoir, mais aussi pour le défendre envers et contre tous ceux qui chercheraient à le récupérer de manière frauduleuse.

Renouer et densifier le lien spirituel

Concrètement, en tant que chrétiens pour la plupart, les Congolais devraient savoir que les actions terrestres connaissent un aboutissement heureux si elles sont bénies par Dieu et les ancêtres. Le président Félix Antoine Tshisekedi, en particulier, ne devrait pas oublier, en tant que manifestation de l'expression de la volonté populaire, de reconnaitre la contribution à la lutte de tous ceux qui avaient mis en cause l'autorité des pouvoirs d'occupation par des revendications politiques.

C'est la condition sine qua non pour obtenir leur bénédiction. Et de citer notamment KIMPA VITA, Simon KIMBANGU, NGONGO LUTETE, LUMPUNGU, MUKALABUSHI, qui ne devraient pas continuer de croupir en prison dans l'au-delà, à cause des condamnations injustes, alors que le pays est dirigé par un pouvoir issu de la volonté populaire découlant de leur lutte multiséculaire. La meilleure des choses serait par conséquent de faire annuler publiquement par un tribunal spécial les jugements iniques à leur charge et de les honorer à titre posthume. Moïse Katumbi, Eugène Djomi, Franck Diongo, Ne Muanda Nsemi, Jean Claude Muyambo constituent à cet effet une belle jurisprudence.

S'agissant de l'indiscipline à la limite de l'incivisme, des adversaires politiques et des prétentions provocatrices des dignitaires des anciens régimes, les «HET» rappellent que le président de la République est le garant de la nation. Il n'est pas seulement un leader politique d'exception, mais il jouit aussi du soutien incontestable de la population, de l'appui des puissances économico-militaires amies de la RDC, et de l'accompagnement de grands esprits et martyrs de l'histoire héroïque du pays.

Ce bagage constitue une puissante et redoutable arme contre les réfractaires et autres ennemis du peuple, à gérer évidemment avec sagesse comme le fait à ce jour Félix Antoine Tshisekedi. Ils notent que depuis la naissance de la RDC, les Congolais sont habitués aux violences lors de la prise du pouvoir, à subir le despotisme et la terreur comme philosophie et modèle d'administration. Ils n'ont pas été préparés à jouir avec responsabilité des libertés que la démocratie offre. Ainsi le concept « MBULAMATADi » renvoie pour tous à l'autorité de l'Etat. En d'autres termes, le respect des droits et des libertés, dans le contexte de l'état de droit, recommande, à la place des violences physiques et de la terreur, le recours à la violence de la loi de « MBULAMATADI », celle des cours et tribunaux, plutôt que de se complaire dans la naïveté ou dans un angélisme suicidaire qui n'a rien à voir avec la démocratie, synonyme avant tout de respect des lois.

L'actualité récente en RD Congo justifie l'urgence et la nécessité d'avoir la loi comme ultime référence face à la dérive de certaines élites politiques, notamment issues ou proches du FCC. Se lancer dans des insultes au Chef de l'Etat, discuter de ses actes administratifs à l'Assemblée nationale, ce n'est pas seulement lui faire outrage mais aussi et surtout énerver la Constitution là où, récemment encore, les mêmes faux constitutionnalistes s'étaient tus dans toutes les langues quand la même Constitution était piétinée comme un vieux chiffon. En tout état de cause, sans préjudice de certaines convenances préélectorales et postélectorales, le comportement actuel des élites du FCC tend à démontrer que le pouvoir aujourd'hui en RD Congo est d'essence bicéphale, constituant une injure aux aspirations légitimes des Congolais au changement et une volonté réelle d'émietter et de galvauder ce pouvoir.

A ce propos, une sagesse «luba» enseigne qu'un ami qui soutient un autre dans la conquête d'une épouse ne peut justifier le partage de la chambre nuptiale par le fait de ce soutien. On peut être reconnaissant pour ce geste amical, mais on se gardera d'un tel ami dont la loyauté est sujette à caution. D'autant que pour certains analystes, les dérapages intervenus à l'Assemblée nationale viseraient à conduire à des négociations qui déboucheraient sur l'entrée des agents des puissances occidentales actuellement en route pour le retour au pays dans les institutions sous la formule 1+4 ou une autre. Paris et Bruxelles ne veulent, en effet, pas d'un régime totalement congolais dirigé par des Congolais pour les Congolais. Raison pour laquelle, ils encouragent les déplacements à travers le pays des leaders de Lamuka. Les caciques mobutistes au service du régime déchu soutiendraient ce plan en faveur de leur survie politique.

Manque d'éthique et de conscience patriotique

Les héritiers d'Etienne Tshisekedi notent que le peuple se plaint du manque d'éthique, de patriotisme et de conscience professionnelle des cadres, rappelant à juste titre que le maréchal Mobutu avait dénoncé en son temps le fait d'être mal entouré; Laurent Désiré Kabila d'être accompagné par un conglomérat d'aventuriers ; Joseph Kabila de manquer 15 collaborateurs pouvant l'aider à développer la RDC. Ils sont d'avis que même si la loi est dure, elle reste la loi. Pour eux, lorsque la crainte du « MBULAMATADi » va marquer le mental collectif, les prisons vont servir à d'autres utilités publiques. Les prédécesseurs de Félix Tshisekedi avaient certes dénoncé l'incompétence de leurs collaborateurs, mais ils n'ont jamais révoqué ces derniers, de la même manière qu'ils n'ont jamais démissionné eux-mêmes, confirmant ainsi l'adage selon lequel ceux qui se ressemblent s'assemblent.

Ce qu'il y a lieu de faire en cette matière, expliquent les «HET», c'est de mettre à contribution les services de renseignement et les personnalités intellectuellement intègres jouissant de la notoriété et de la respectabilité dans l'exercice de leurs charges professionnelles, ainsi que les organisations associatives (ONG) et corporations professionnelles, pour déceler les compétences requises. celles-ci représentent professionnelles représentent une pépinière de femmes et d'hommes de toutes qualifications et disciplines scientifiques, librement consentant à l'éthique professionnelle, ainsi qu'aux contraintes de la redevabilité pour leurs entités et les communautés pour lesquelles ils ont obtenu des financements. Ils ont développé une conscience professionnelle ainsi que la loyauté requises pour animer les ministères ainsi que d'autres services publics.

Dans le même ordre d'idées, ils ajoutent qu'il serait malsain d'opposer, lors du recrutement, nos compatriotes vivant au pays et ceux de la diaspora. Tous sont des enfants du pays. Ils ont en commun la volonté de développer la RDC. C'est la compétence, les expériences pertinentes et la conscience professionnelle qui distingueront les plus utiles. Il reste, pour autant, que le système éducatif colonial encore d'application aujourd'hui s'opposait fondamentalement à la réflexion, à la recherche ainsi qu'à la promotion de l'esprit entrepreneurial. Ce fut un conditionnement de type robotique visant à former des collaborateurs formatés, voués à exécuter fidèlement des instructions reçues. Un mixage serait par conséquent avantageux pour le pays. Pour le reste, une réforme profonde du système éducatif national est indispensable, dans l'objectif de promouvoir la recherche scientifique et l'entreprenariat afin de capitaliser le génie créateur des jeunes congolais.

Dans le même ordre d'idées, une grande importance devra être accordée à l'enseignement des langues. Les langues vernaculaires de l'Est du pays doivent être enseignées aux élèves du cycle primaire à l'Ouest et vice-versa. Cet atout pourvoira à la jeunesse une connaissance respective des cultures, permettra une large communication entre enfants du pays et sera profitable à la cohésion nationale. Dans cette logique, il convient de retenir que la francophonie seule n'apportera aucun bonheur au peuple congolais. L'épanouissement de la RDC dans la mondialisation requiert en revanche le développement de l'enseignement de l'anglais et une intégration de la culture anglaise dans les pratiques et les relations sous régionales et mondiales.

Enfin, par rapport à cette problématique, il est évident que l'enveloppe de 300 millions d'euros sur 3 ans est dérisoire par rapport aux besoins prioritaires respectifs de développement des 26 provinces. «HET» indique qu'au-delà du prétexte constitutionnel, le découpage territorial de 11 à 26 provinces visait le retardement ,le blocage du processus électoral. Un comportement qui s'apparente étrangement au découpage territorial autrefois opéré par la Belgique, qui répondait à l'objectif de promouvoir la réduction de l'influence des tribus guerrières, de semer les germes de conflits interethniques et de favoriser l'extraversion des activités économiques. Pour l'intérêt du développement des Congolais, une nouvelle cartographie territoriale devrait être étudiée, fondée sur la recherche de l'intégration économique, le mixage culturel, la cohésion nationale, et l'émergence d'un espace de prospérité et de croissance en Afrique centrale.

Intégrer les générations, adapter les statuts

Evoquant la question du débat au sein de l'UDPS, les Héritiers d'Etienne Tshisekedi estiment que l'avènement de Félix Tshisekedi procède de la volonté desgrands esprits, Dieu, les ancêtres ainsi que l'ensemble du peuple congolais de voir le Sphinx devenir président de la République, si pas physiquement, du moins en esprit. Ce n'est donc pas le résultat de l'organisation ou d'une quelconque compétence des cadres de l'UDPS. Il faut par conséquent rejeter tout clivage entretenu contre les pionniers et les anciens collaborateurs du «lider maximo», martèlent-ils. L'UDPS comme les autres partis de masse, ambitionne en effet, après près de 40 ans de lutte, d'assumer plusieurs mandats à la tête de la RDC. Les victoires aux prochaines élections devront être le résultat de beaucoup d'organisation et d'une bonne planification. Pour cette raison, les premières générations des membres de l'UDPS sont nécessaires parce qu'elles sont dépositaires de l'âme de la lutte, ont la connaissance des arcanes du combat et l'expérience des métiers. Elles ont le droit prioritaire de jouir de l'aboutissement de leur lutte. Il faut donc favoriser l'intégration et le passage de relais entre les générations. La priorité est d'adapter les statuts du parti aux réalités de la conservation du pouvoir. Il faudra par conséquent organiser un atelier regroupant des sociologues, des juristes et des politologues pour étudier et agencer les postes de commandement de manière à éviter les chevauchements et les frustrations.

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