18 Juin 2019

Cote d'Ivoire: Le système éducatif de demain

Dans les années 1980, pour ne parler que de ce que j'ai vécu, l'enseignement public était le plus demandé ; d'abord à cause du faible coût de sa scolarité, puis aussi et surtout pour la qualité des enseignements qui y étaient dispensés.

A cette époque, c'était à l'école publique que les enfants recevaient les meilleures éducations. Je me souviens même des frauduleux recrutements dits parallèles, qui ouvraient les portes des collèges et lycées publics à ceux des élèves qui avaient été affectés dans des établissements privés au grand dam de leurs parents.

Cette époque glorieuse de l'enseignement public a fait place à une autre réalité depuis les années 2000. Le crédit de qualité s'est déplacé de l'enseignement public vers l'enseignement privé, devenu désormais le chemin par lequel on s'assure en tant que parent que sa progéniture aura une éducation complète. Dès lors qu'aller « au privé » est devenu le bon choix à faire, alors les complaintes traduisant la cherté de l'école, ont pris de l'ampleur.

C'est un secret de polichinelle que de dire que « l'école coûte chère ». Les gouvernements successifs ont tenté d'apporter des solutions à la cherté de l'école. Une de ces tentatives de solution avait manqué d'ajouter de nouveaux problèmes à ceux déjà existant. Il s'agit de la décision d'abandonner l'uniforme scolaire au profit des tenues civiles, par moment bigarrées. Le message était fort : réduire à tout prix le coût d'accès à l'éducation nationale. Cette solution n'a pas prospéré dans un contexte de crise sécuritaire national.

Dans cette mutation au zeste de passation de qualité, certains établissements publics ont su tenir la dragée haute. C'est le cas des lycées d'excellence de Yamoussoukro, d'Abidjan, de Bouaké et de Korhogo.

La tendance s'étant inversée, ce sont les parents dont les enfants sont désormais orientés dans les établissements publics qui se bousculent aux portes des établissements privés, soit par voie de réaffectation, ou encore quand leurs bourses le permettent, par la prise en charge intégrale des frais de scolarité proposés. Que fuient-ils, ces parents ? Que veulent-ils éviter à leurs enfants ? La question reste posée et chacun à son mot à dire ; mais là n'est pas l'essence de notre pensée.

Aujourd'hui, parent d'élèves moi-même, je scrute l'horizon et je ne vois aucune possibilité de retour à l'école pas chère, surtout si l'environnement de notre éducation nationale continue d'être aussi mouvementé. Ce que j'entrevois, c'est une nouvelle ère, où des parents ayant totalement perdu confiance en notre système éducatif national, vont s'investir pour inscrire leurs « trésors » dans des écoles en Côte d'Ivoire appliquant un système éducatif étranger et par ricochet un programme d'enseignement étrange. Alors vivent les systèmes français, marocains, nord-américains et autres. Pour l'heure, ces établissements ne sont pas nombreux, mais qu'en sera-t-il dans les dix (10) prochaines années ?

Les politiques d'immigration, combinées à recherche de nouveaux débouchés, constitueront des opportunités pour les établissements européens, nord-américains et maghrébins, pour se rapprocher de nos établissements nationaux à travers des jumelages et autres formes plus élaborées de partenariats nord-sud et sud-sud. On aura de plus en plus d'universités, de grandes écoles, de lycées, de collèges et même d'écoles primaires appliquant des programmes venus d'ailleurs.

Imaginez les frais de scolarité que pratiqueront ces « philanthropes » à la recherche de la diffusion du savoir. S'éduquer à l'étranger sur place vaudra certainement son pesant d'or. Il y aura toujours une classe sociale pour qui ces frais d'un autre niveau, seront abordables. Et quand on sait que nos charges sont des sprinteuses pendant que nos revenues peinent au marathon, on peut aisément se faire une idée de la disparité qui adviendra dans les niveaux d'éducations dans notre pays.

Ce que j'entrevois ainsi au travers de ce cliché, n'est bien sûr pas ce que je souhaite pour nos compatriotes. Mon souhait pour l'école ivoirienne, est que tous ses acteurs se mobilisent pour qu'elle relève la tête. Le système éducatif ivoirien a donné à notre pays, plusieurs technocrates qui ont fait pour certains, et qui continuent de faire pour d'autres, la fierté de la Côte d'Ivoire.

Notons enfin que toute politique ou programme de gouvernement pour notre pays qui ne priorise pas l'éducation nationale, ne vise sérieusement pas à conduire la Côte d'Ivoire vers son développement.

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