18 Juin 2019

Congo-Kinshasa: Invalidation en cascade des Députés - Angèle Makombo crie au scandale !

Devant l'indignation soulevée au sein de la classe politique congolaise et parmi « la base» mais également, les préoccupations exprimées par plusieurs missions diplomatiques occidentales à Kinshasa, le Président de la Cour constitutionnelle Benoît Lwamba s'est ravisé pour s'engager à soumettre à une chambre spéciale, toutes les requêtes introduites dans l'affaire d'invalidations des Députés pour rectification des erreurs matérielles ou d'interprétation.

Mais, comment en est-on arrivé là ? La plupart des invalidés n'hésitent pas à incriminer certains juges de la Haute juridiction qui auraient sollicité des pots de vin auprès des candidats Députés en quête de validation. Quel déshonneur ! Un déshonneur qui éclabousse non seulement la Cour constitutionnelle mais également, le FCC, l'instigateur et le bénéficiaire des « erreurs matérielles ou d'interprétation » qu'elle devra, absolument et impérativement, retrouver et corriger le plus rapidement possible. Tel est l'appel de Mme Angèle Makombo, Présidente de la Ligue de Démocrates Congolais, qui considère, ici, que dans cette affaire, la crédibilité de la Cour est soumise à rude épreuve.

Elle craint que derrières ces crocs-en-jambe devant la Cour Constitution et, surtout, si ces corrections matérielles tant réclamées ne sont pas réalisées, que la validité des scrutins, pourtant, consacrées par tous les rapports des missions d'observation, après les élections du 30 décembre 2018, n'en soit, en définitive, effilochée. Ce qui, logiquement, ouvrirait la voie à des interstices à l'effet de secréter l'éclatement d'une nouvelle crise institutionnelle alors que le mariage FCC-CACH peine à se donner ses vraies marques, en dotant le pays d'un nouveau gouvernement qu'attend Sylvestre Ilunga Ilunkamba, depuis sa nomination, le 20 mai dernier. Une telle crise, si les choses ne sont pas prises au sérieux, exacerberait des tensions politiques sur fond d'un marasme socio-économique aux élans irrédentistes. Lisez, ci-dessous, la réflexion de MakomboEboum dont le contenu révèle bien la profondeur de sa lecture des faits liés à l'évolution de l'actualité en RD. Congo.

Le FCC pris à son propre jeu

L'honneur perdu de la cour constitutionnelle

Qui est pris qui croyait prendre ! Le Front Commun pour le Congo (FCC), la plateforme politique de l'ancien Président Joseph Kabila croyait pouvoir rouler impunément le peuple congolais dans la farine. Bien qu'il ait concédé sa défaite à l'élection présidentielle du 30 décembre 2018, acceptant la première alternance démocratique dans notre pays, consacrée par l'investiture de M. Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo à la Présidence de la République, le FCC tenait à conserver tous les leviers du pouvoir.

Pour ce faire, cette plateforme politique a instrumentalisé la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de Corneille Nangaa pour obtenir une écrasante majorité de sièges au Parlement, aux Assemblées provinciales, et aux postes des gouverneurs.

Aux termes des résultats provisoires proclamés par la CENI, le FCC a effectivement obtenu 350 députés sur les 500 que compte l'Assemblée nationale, 80 sénateurs sur 100, et remporté 22 des 26 provinces du pays. Le FCC s'est également offert le perchoir de l'Assemblée nationale avec l'élévation de Mme Jeanine Mabunda à la présidence de cette institution et s'offrira sans surprise la présidence du Sénat.

De nombreux compatriotes, dont je fais partie, doutent que le peuple congolais, qui avait rejeté Emmanuel Shadary, dauphin du Président sortant Joseph Kabila, pour voter massivement pour le changement à la tête de l'Etat, ait pu, au même moment, élire des députés nationaux et provinciaux provenant du FCC. De leur côté, la plateforme de Kabila et leurs amis continuent d'insister qu'ils ont remporté les élections législatives nationales et provinciales car il s'agissait d'élections de proximité. Peut-on les croire ? Certainement pas car dans divers cas, il s'agissait plutôt d'élections entachées d'irrégularités, voire de fraudes facilitées notamment par l'utilisation décriée de la machines à voter, ou « machine à tricher », pour reprendre une expression familière. Notre parti politique, la Ligue des Démocrates Congolais (LIDEC), a d'ailleurs été le témoin oculaire de fraudes flagrantes commises dans la circonscription de la Tshangu à Kinshasa.

Bien avant la tenue des élections de 2018, j'avais prédit qu'elles seraient pires que celles de 2006 et 2011, en termes d'organisation, d'irrégularités et de fraude. Aussi, après les résultats provisoires de ces élections chaotiques organisées par la CENI de Corneille Nangaa, je croyais que notre pays avait touché le fond du gouffre en la matière, hélas c'était sans compter avec notre Cour constitutionnelle, juge de la constitutionnalité des lois et du contentieux électoral.

D'aucuns estiment que les récents arrêts rendus par la Cour constitutionnelle relatifs au contentieux des législatives nationales ne devraient pas être pris en compte du fait de leur publication hors du délai de deux mois imparti par la loi (délai qui est tombé en mars dernier).

Mais étant donné que la Cour avait 1240 dossiers de contentieux électoral à traiter, deux mois était « humainement impossible », selon le Président de la Haute Cour Benoit Lwamba. Là où le bât blesse c'est que la dernière vague des arrêts rendus par la Cour constitutionnelle a invalidé 23 députés de la coalition Lamuka de Moïse Katumbi et Martin Fayulu au profit de 23 candidats FCC, alors que les 10 députés FCC invalidés ont, quant à eux, été remplacés par 10 autres FCC. «La Haute Cour ne fait que jouer son rôle d'arbitre », a déclaré Néhémie Mwilanya, Coordonnateur du FCC.

Non, à notre avis, la Cour constitutionnelle s'est discréditée en jouant le rôle de fossoyeur de la démocratie en République Démocratique du Congo.

Dans un point de presse tenu le 13 juin, le Révérend Moïse Bema, Directeur de cabinet du président de l'Eglise du Christ au Congo (ECC) a estimé que « La Cour a violé la Constitution et ses arrêts portent atteinte à la paix sociale et à la justice ». Les arrêts de la Cour constitutionnelle sont exécutoires et opposables à tous. Aussi doivent-ils être irréprochables et sources de probité morale des juges. « Ce qui n'est pas le cas », a souligné l'ECC.

A cause de cette nouvelle vague d'invalidations, les députés et sénateurs de la coalition Lamuka ont suspendu leur participation aux activités parlementaires, en guise de protestation.

Les tensions politiques suscitées par ces invalidations ont exacerbé le climat politique déjà tendu suite à la dénonciation par la plateforme Cap pour le Changement (CACH) de la remise en question par le FCC des récentes ordonnances du Président de la République, nommant de nouveaux dirigeants à la tête de la Gécamines et de la SNCC.

Devant l'indignation soulevée au sein de la classe politique congolaise et parmi « la base» mais également, les préoccupations exprimées par plusieurs missions diplomatiques occidentales à Kinshasa, le Président de la Cour constitutionnelle Benoît Lwamba, s'est ravisé pour s'engager à soumettre à une chambre spéciale, toutes les requêtes introduites dans l'affaire d'invalidations des Députés pour rectification des erreurs matérielles ou d'interprétation. Comment en est-on arrivé là ? La plupart des invalidés n'hésitent pas à incriminer certains juges de la Haute juridiction qui auraient sollicité des pots de vin auprès des candidats Députés en quête de validation. Quel déshonneur ! Un déshonneur qui éclabousse non seulement la Cour constitutionnelle mais également, le FCC, l'instigateur et le bénéficiaire des « erreurs matérielles ou d'interprétation » que la Cour devrait absolument et impérativement retrouver et, pourquoi pas, corriger.

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