Ile Maurice: Samsun Lampotang - «Le PSA et le toucher anal sont annuels aux Etats-Unis pour dépister le cancer de la prostate»

interview

Samsun Lampotang, ingénieur mécanique, professeur d'anesthésiologie et directeur du Center for Safety, Simulation and Advanced Learning Technologies à l'université de Floride aux Etats-Unis, a obtenu des fonds pour effectuer une recherche en vue d'améliorer la connaissance des urologues et oncologues en matière de biopsie pour l'échantillonnage du cancer de la prostate. Il a fait part de ses recherches lors du dernier Medical Update mauricien il y a 15 jours.

Prof. Lampotang, vous avez obtenu Rs 60 millions du département de la Défense aux Etats-Unis pour créer, entre autres, un simulateur pour apprendre at pratiquer la biopsie de la prostate. En quoi ce cancer intéresse le département de la Défense ?

Le cancer de la prostate est parmi les Top two cancers chez l'homme aux Etats-Unis. Il est très prévalent chez les Afro-américains et de nombreux vétérans de la guerre l'ont développé, d'où l'intérêt du département de la Défense américaine.

Situons les choses convenablement. Où se trouve au juste la prostate ?

Il s'agit d'une glande située entre la vessie et le pénis et près du rectum.

Comment dépiste-t-on un cancer de la prostate ?

On le dépiste de deux manières: il faut faire un test de dépistage sanguin connu comme le Prostate-Specific Antigen (PSA). It est très important de faire la différence entre dépistage (screening) et diagnostic (diagnosis). Un dépistage positif indique qu'il y a un risque de cancer mais n'est pas un diagnostic. Aux Etats-Unis, on recommande aux hommes de 50 ans à monter de faire non seulement un test pour connaître leur PSA mais aussi un autre test de dépistage qui est le toucher rectal permettant de tâter la prostate. Si cette glande comporte des bosses, c'est possiblement un risque de cancer. Il est recommandé de faire ces deux tests annuellement. Si le dépistage est positif, le médecin va recommander une biopsie. Mais la biopsie traditionnelle (non-IRM) peut donner comme résultat un faux négatif. Cela m'est arrivé.

Que voulez-vous dire ?

J'ai obtenu cet important financement car j'ai pu convaincre le département de la Défense que la technologie traditionnellement utilisée pour la biopsie n'était pas de pointe, nécessitant une formation à travers la simulation. Et l'ironie est que pendant que j'entamais cette recherche je suis devenu un patient. Mon PSA était concernant mais au toucher rectal, ma prostate était lisse et pas élargie. Je n'avais pas de symptôme sauf un PSA élevé. Mon médecin m'a conseillé une biopsie traditionnelle qui a donné comme résultat un faux négatif car six mois plus tard, le niveau de PSA avait augmenté de 6, indiquant une forte probabilité d'un diagnostic faux négatif.

Comment se pratique une biopsie de la prostate aux Etats-Unis ?

La biopsie se pratique avec une sonde à ultrason qui produit une image en deux dimensions, dotée d'une aiguille au bout. Cette sonde est introduite dans le rectum pour atteindre la prostate et effectuer des prélèvements avec l'aiguille. Aux Etats-Unis, les urologues et oncologues font d'habitude 12 prélèvements. On appelle ça le Systematic biopsy. Pour ma seconde biopsie, comme le PSA avait augmenté, on m'a fait une Fused biopsy, soit en sus de la sonde à ultrason, on a ajouté l'Imagerie à Résonance Magnétique (IRM) qui agit comme un GPS pour guider l'aiguille vers la cible. Après cette biopsie, les prélèvements ont été analysés et c'est là qu'un diagnostic a été établi. J'avais le cancer de la prostate.

Quelle est la moyenne de faux négatifs dans les biopsies aux Etats-Unis ?

Sur 100 patients au PSA fort qui subissent une biopsie, 21 auront comme résultat un faux négatif. Dans les cas extrêmes, sur les 100 patients au PSA fort, 47 peuvent obtenir un faux négatif comme résultat. La technologie traditionnelle (non-IRM) n'est pas assez avancée et de ce fait, les urologues et oncologues qui pratiquent la biopsie ne savent pas avec certitude où l'aiguille a frappé. De ce fait, l'aiguille peut rater là où le cancer s'est déjà développé. Ainsi, l'examen de pathologie des échantillons prélevés produira un diagnostic faux négatif.

Comment traite-t-on ce cancer aux Etats-Unis ?

Lorsque le cancer est localisé à la prostate, on peut le traiter par chirurgie, c'est-à-dire simplement enlever la glande. Si le cancer s'est répandu et que les cellules cancéreuses se sont logées sur les os et le paquet vasculonerveux qui contrôle l'érection sexuelle, il y a des risques de perturbation de la vie sexuelle et des risques d'incontinence que ce soit avec la chirurgie ou la radiation. Il faut tenir compte de deux barèmes de traitement : il y a la survie et la qualité de vie. Si l'on survit et que l'on ne peut plus avoir d'érection, c'est un problème, d'où l'importance de la détection précoce. Dans mon cas, j'ai eu le choix entre la chirurgie ou la radiation. Comme les deux méthodes de traitement peuvent affecter l'érection et le contrôle de l'urine, mon urologue m'a donné du temps pour réfléchir et au final, j'ai opté pour la chirurgie. Je pense avoir fait le bon choix, et d'avoir reçu des soins exemplaires, tenant compte de ma guérison. Quinze jours avant de pratiquer la chirurgie, l'urologue qui me traitait m'a envoyé voir un kinésithérapeute pour que je renforce mon plancher pelvien à l'aide d'un exercice appelé kegel. On le recommande aux femmes enceintes. Il permet de consolider le muscle pelvien et de contrôler la miction. Cela m'a beaucoup aidé à réduire et éventuellement éliminer l'usage des couches adultes.

En quoi votre recherche a-t-elle fait avancer la technologie ?

Il fallait faire les urologues et oncologues comprendre qu'avec le Systematic biopsy, ils pouvaient introduire l'aiguille à répétition dans les régions de la prostate non affecté par le cancer et qui fera l'examen de pathologie donner un faux négatif comme résultat. Mon équipe et moi avons conçu et réalisé un simulateur lié à un ordinateur pour pratiquer la Systematic biopsy. On a demandé aux 45 urologues et oncologues des trois universités, à savoir celle de Jefferson à Philadelphie, l'université de Floride et l'université de Toronto au Canada, impliquées dans la recherche d'effectuer la biopsie sur notre simulateur. Après, on leur a montré où ils avaient introduit l'aiguille. Cela leur a permis de voir comment ils étaient inconsciemment incompétents. Après avoir visionné leurs travaux, ils sont devenus consciemment incompétents et motivés d'améliorer leur technique. L'avantage avec notre simulateur est qu'on peut mesurer instantanément la distance (erreur) entre l'endroit où l'aiguille aurait dû pénétrer la prostate et où ils ont effectivement placé l'aiguille dans la pratique. La moyenne d'erreur devrait être moins de 5 mm. Ce même simulateur leur a permis de s'entraîner jusqu'à ce que leur moyenne d'erreur soit inférieure à 5 mm, devenant consciemment compétents. Ce simulateur permet donc après essais de diminuer les diagnostics faux négatifs comme résultats éventuels.

Ce simulateur ne devrait-il pas entrer dans la formation des urologues et oncologues ?

On va essayer de l'introduire dans la formation de ces médecins. Ceux qui ont fait partie de l'étude ont bien pris la chose et se sont remis en question. J'ai partagé à l'université de Maurice ce qu'on a présenté 2 semaines auparavant à l'American Urological Association Annual Meeting à Chicago mais ce sera un travail de longue haleine. Mon message a été le suivant : la technologie traditionnelle n'est pas bonne mais la Fused biopsy avec IRM n'est pas abordable à ceux sans les moyens financiers. Faisons mieux avec ce que l'on a déjà et cela passe par la formation des urologues et oncologues. Je serais ravi de pouvoir apporter notre simulateur à Maurice pour la formation des urologues.

Comme conseils pratiques, je dirai, ne confondez jamais le dépistage avec le diagnostic. Ayez un test PSA et un toucher rectal annuellement après 50 ans. Si une biopsie traditionnelle (non-IRM) est négative, n'attendez pas plus de six mois pour répéter le test PSA.

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