19 Juin 2019

Nigeria: Au Borno, survivre dans la zone enclavée de Pulka

communiqué de presse

Les populations du nord-est du Nigeria sont affectées depuis près de 10 ans par un conflit qui oppose l'armée et des groupes armés non étatiques, communément regroupés sous le nom Boko Haram. De nombreuses personnes se sont réfugiées dans des villes enclavées, comme Pulka où les équipes de MSF interviennent.

Huit millions de personnes vivent dans l'État de Borno : une sur quatre a dû quitter son foyer pour fuir les combats. Ville frontalière avec le Cameroun, Pulka accueille plus de 40 000 personnes déplacées par les combats, qui vivent dans des camps ainsi qu'au sein de la communauté hôte de la ville.

En l'absence d'autorités civiles, Pulka est totalement contrôlée par l'armée. Les mouvements de la population se limitent au périmètre de la ville, et aux champs alentours, où beaucoup n'osent pas aller par peur des attaques.

En raison des déplacements de populations imprévisibles, massifs et parfois forcés, Pulka connaît de fortes pénuries d'eau, les logements disponibles ou les abris y sont rares, et certains besoins de base restent insatisfaits. Les personnes déplacées comme les locaux luttent au quotidien pour leur survie.

« Les gens ont perdu les moyens de subsistance qu'ils avaient, ils dépendent intégralement de l'aide alimentaire pour leur survie. Même les locaux ont des difficultés ; ils doivent s'occuper de leurs récoltes, mais ce n'est pas toujours facile parce qu'ils se font aussi attaquer. Parfois, ils demandent à l'armée de les escorter quand ils s'occupent de leurs récoltes. Mais c'est difficile. »

La situation est particulièrement difficile pour les personnes récemment déplacées, qui continuent d'arriver - pas toujours par choix - à Pulka. De nombreux déplacés viennent de zones contrôlées par des groupes armés non étatiques et sont souvent considérés par l'armée comme appartenant à ces groupes.

Femmes et enfants en première ligne

De nombreuses femmes réfugiées dans la ville ont partagé des histoires atroces de violences extrêmes perpétrées par tous les acteurs du conflit. Ces récits singuliers présentent des similarités : des femmes ont par exemple été kidnappées et contraintes d'épouser des membres de groupes armés non étatiques. D'autres ont été les témoins directs de meurtres et de violences extrêmes. Elles ont été victimes de viols, d'agressions physiques et verbales et vivent aujourd'hui avec les conséquences psychologiques de ces événements traumatiques.

« Quand ils nous ont capturées, ils nous ont amenées dans la maison de leur chef. Il voulait épouser ma fille. Elle a refusé, donc ils l'ont battue. »

« Ceux qui ne se sont pas réveillés sont morts chez eux, brûlés. Ils leur ont aussi tiré dessus. J'ai cherché mon fils, sans savoir qu'il dormait avec son père. Ils sont morts dans l'incendie. »

Souvent, ces femmes arrivent à Pulka accompagnées de leurs enfants, les hommes ayant été tués ou ne pouvant pas se déplacer sous peine d'être pris pour des soutiens des groupes armés non étatiques. Elles doivent subvenir aux besoins de leur famille seules et travaillent nuit et jour. Leur sécurité n'est pas non plus garantie à Pulka, au-delà des limites de la ville où elles doivent parfois se rendre pour ramasser du bois pour cuisiner, risquant ainsi de subir à nouveau des violences.

Dans l'État Voisin de Yobe, MSF est intervenue dans l'hôpital de Damaturu, la capitale où la population n'a également qu'un accès limité aux soins médicaux. Nos équipes y ont géré l'unité d'urgences pédiatriques et le centre de nutrition thérapeutique, avant de les transférer au ministère de la Santé. Elles continuent de surveiller la situation sanitaire dans l'État de Yobe et plus largement dans le nord-est du Nigeria.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), près de deux millions de déplacés vivent dans les États de Borno, d'Adamawa et de Yobe tandis que près de 7,7 millions de personnes ont besoin une assistance humanitaire dans cette zone.

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