Congo-Kinshasa: Invalidations, crise de légitimité, incertitudes politiques - Samy Badibanga exige une table de réconciliation !

Invalidations en cascade. Tollé général contre les arrêts de la Cour Constitutionnelle. Vif débat autour des Ordonnances présidentielles. Crise de légitimité. Décollage difficile de la coalition FCC-CACH pour la gestion du pays.

Grogne sociale sur fond d'une économie nationale sous perfusion. Fortes tensions entre militants et combattants. Recrudescence de l'insécurité et des affrontements entre certains groupes armés dans l'Est. Intégration des exilés de retour au pays et des prisonniers politiques libérés. Tout porte à croire que la situation nécessite un nouveau recadrage politique. Samy Badibanga Ntita, Leader des Progressistes et ex-Premier Ministre, plaide pour la convocation rapide d'une table de réconciliation.

Ainsi, dans une Déclaration, soutient-il que pour faire face à cette situation de péril, en restaurant pleinement la légitimité des autorités publiques, les Progressistes demandent et recommandent au Chef de l'Etat, de convoquer autour d'une table de réconciliation, une rencontre des acteurs politiques et les forces vives de la société civile, représentatives du peuple détenteur de la souveraineté nationale, afin de remédier à la situation périlleuse de nos institutions, et permettre que le peuple congolais se réconcilie avec ses dirigeants et ses institutions. Aux forces politiques et sociales de la République Démocratique du Congo, les Progressistes demandent également de faire preuve de l'amour de la patrie en soutenant cette démarche d'intérêt national.

Enfin, à la communauté internationale, les Progressistes demandent de se montrer disponible, en apportant un appui nécessaire à ces assises de paix et réconciliation, afin de donner la chance au peuple Congolais de vivre le changement pour lequel il avait voté.

Polémique

Tous les Députés invalidés rejettent catégoriquement les arrêts rendus et promettent des actions de grande envergure dans la rue pour se faire entendre. Alors que tous les autres Députés nouvellement réhabilités à la faveur de ces mêmes arrêts de la Cour Constitutionnelle s'en félicitent et n'attendent que la convocation de la nouvelle session pour rejoindre le chemin de l'Hémicycle du Palais du Peuple.

Dans les deux camps, la tension a été tellement vive qu'à son retour de sa tournée l'ayant conduit successivement à Libreville, Malabo, Dar-es-Salaam et Bujumbura, Félix Tshisekedi, Président de la République, Chef de l'Etat, a été amené à convoquer Benoît Lwamba, le Président de la Cour Constitutionnelle, pour en savoir un peu plus.

Ce dernier, au sortir de l'audience, lundi 17 juin 2019, a laissé entendre qu'une Chambre Spéciale serait instituée pour examiner les erreurs matérielles et que des enquêtes seraient menées pour en déterminer les motivations et proposer, éventuellement, des sanctions contre les magistrats dont le comportement serait jugé répréhensible.

Cette déclaration, à elle toute seule, ne suffit pas pour défaire la Cour Constitutionnelle de toutes les suspicions qui découlent des vices tant de forme que de fond, tels que décriés dans la procédure ayant entouré le rendu de ses derniers arrêts au sujet de ces invalidations en cascade des Députés.

Puisqu'au demeurant, la question qui se pose est celle de savoir quelle pourrait être l'étendue du pouvoir d'une telle Chambre Spéciale au cas où elle arrivait à constater ces erreurs matérielles-là ?

Est-ce que cette Chambre Spéciale serait-elle fondée à casser les arrêts de la Cour Constitutionnelle, sans provoquer, par le fait même, une nouvelle surchauffe des esprits ? Car, en effet, s'il advenait qu'elle propose le maintien des Députés dans le format initial, tous les réhabilités crieront à l'injustice et à l'instrumentalisation de la Cour. A l'opposé, si elle avançait l'idée de l'application de l'ensemble de ses arrêts, cette Chambre dont la composition est constituée des mêmes juges qui, en amont, y avaient participé, provoquerait également une crise à l'effet de remettre en question la légitimité des élus en raison du nombre d'invalidés, des mécontentements enregistrés dans toutes les familles politiques et des dénonciations transversales allant du seuil de représentativité aux accusations liées notamment, au manque de preuves pour justifier ces invalidations, au regard des résultats de la CENI.

Dilemme

Donc, la Cour Constitutionnelle est devant un dilemme à tel point que pour se tirer d'affaire, d'aucuns invitent Félix Tshisekedi à convoquer le Conseil Supérieur de la Magistrature.

Et, pourtant, même là, le Conseil Supérieur de la Magistrature qui n'est qu'un cadre de concertation et d'orientation n'a ni le pouvoir de s'immiscer dans les arrêts rendus par la Constitutionnelle, ni celui d'en pervertir le contenu. A la limite, le Conseil Supérieur de la Magistrature, au vu de sa loi organique, prendrait des décisions recommandatoires dont la portée serait bien loin de vider cette crise de légitimité. Autrement dit, certains vont jusqu'à demander à Félix Tshisekedi de dissoudre la Cour Constitutionnelle. Or, s'il le faisait, il se mettrait sur le dos la responsabilité d'attiser du feu pour alimenter une nouvelle crise institutionnelle, par le non-respect du principe sacro-saint de la séparation des pouvoirs. Certes, il est le Magistrat Suprême, mais cela ne lui donne pas pour autant le pouvoir de remettre en cause les arrêts de la Cour Constitutionnelle. Donc, la solution, selon Les Progressistes, est politique.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: La Prospérité

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.