Ile Maurice: Mort d'un troisième ouvrier sur le chantier de Côte-d'Or - Les lacunes des autorités révélées

Ding Hongguang, le travailleur chinois, décédé vendredi dernier, sur le chantier de Côte-d'Or, opérait illégalement. Son business visa avait expiré. C'est ce qu'a révélé la Private Notice Question du leader de l'opposition hier au Parlement. Ce dernier s'est inspiré d'un reportage de l'express au coeur du chantier, publié vendredi dernier. Texte qui évoquait les conditions difficiles auxquelles font face les ouvriers travaillant sur le stade des Jeux des îles de l'océan Indien, qui a coûté près de Rs 5 milliards. Le décès de ce professionnel chinois révèle bien des lacunes au sein des autorités.

Trois morts et un blessé grave. C'est le bilan officiel du nombre de drames que compte le chantier de Côte-d'Or, ouvert en mai 2018. Le ministre du Travail, Soodesh Callichurn, a indiqué au Parlement, hier, qu'une fois sur le chantier, les quelque 1 170 ouvriers demeurent tous sous la responsabilité de la compagnie qui les emploie : la China State Construction Engineering Corporation Ltd.

Le «business visa»: un raccourci qui coûte cher ?

Ding Hongguang n'était pas vraiment un ouvrier de chantier. Il avait été appelé en renfort par la société chinoise pour offrir une assistance technique. Le 16 mars 2019, la China State Construction Engineering Corporation Ltd a donc fait une demande pour un business visa de 30 jours au nom de ce professionnel chinois au Passport Immigration Office (PIO). Le visa était donc devenu caduc depuis le 15 mai 2019. Des sources à l'Hôtel du gouvernement évoquent même un abus à ce niveau. Certaines d'entre elles laissent entendre qu'il y aurait un grand nombre d'étrangers qui sont venus à Maurice pour faire avancer les travaux du chantier de Côte-d'Or et celui du Metro Express avec un business visa. Selon les explications recueillies, ce visa permet à son détenteur d'avoir recours à un «short-term commerce » à Maurice. Ce qui n'était pas le cas de Ding Hongguang. Comme lui, il nous revient que la compagnie chinoise a fait des demandes pour ce type de visa pour d'autres professionnels. Combien sont-ils ? Leur visa est-il toujours valide ? À ces questions, le ministre du Travail ne peut nous éclairer. «Ces informations ne sont pas compilées à mon ministère. Nous avons tous les détails pour les ouvriers qui ont un work permit et qui travaillent sur le chantier», soutient-il. En effet, c'est au PIO de répondre à ces questions. Toujours est-il que la demande pour un business visa se fait à l'arrivée de la personne à Maurice alors que, pour le work permit, la procédure est plus longue et doit se faire avant l'arrivée de l'employé au pays. Interrogé à la suite de la PNQ, le ministre du Travail a indiqué qu'il était de la responsabilité du détenteur du business visa de faire une demande pour le renouvellement de ce document.

Sécurité au travail: des inspections sans interprète

Le ministre Callichurn a annoncé que, depuis l'ouverture du chantier de Côte d'Or, six inspections ont été faites par des fonctionnaires de son ministère. Le hic, c'est que lors des visites post-accidents, ces inspecteurs n'ont pas été en mesure de recueillir des informations auprès des ouvriers. Pourquoi ? Parce que les cadres de l'unité Occupational Health and Safety ne maîtrisent pas la langue des ouvriers chinois.

Les antécédents de la China State Construction Engineering Corporation Ltd

La China State Construction Engineering Corporation Ltd s'est fait une certaine réputation à Maurice. Elle est, en tout cas, bien connue des autorités mauriciennes puisqu'elle traîne pas mal de casseroles. Souvenez-vous, en mai 2018. La presse parle de l'insalubrité des dortoirs de Jin Fei et des conditions difficiles dans lesquelles vivent les employés bangladais. Quatre députés de l'opposition, Xavier-Luc Duval, Aadil Ameer Meeah, Shakeel Mohamed et Osman Mahomed, décident de faire une visite surprise aux ouvriers du chantier de Jin Fei. Une altercation a lieu entre les politiciens et les responsables du chantier.

Le ministre Callichurn dit suivre l'évolution de cette affaire de près. La direction de l'entreprise prendra des mesures pour améliorer le sort des Bangladais. Elle aura même à payer une amende. En 2010, après un accord entre Maurice et le gouvernement chinois, la China State Construction Engineering Corporation Ltd décroche le contrat pour la construction de la nouvelle aérogare. Trois ans plus tard, l'infrastructure est opérationnelle mais, après deux ans de fonctionnement, des défauts de construction sont décelés. L'entreprise se lance alors dans la réparation de ses erreurs.

Malgré ses antécédents, elle arrive quand même à décrocher le contrat de Côte d'Or. Dans sa réponse à la PNQ, le ministre Callichurn explique que la société a été prise en contravention, le 16 janvier, pour l'installation des équipements qui ne répondaient pas aux normes. Le cas est à la cour industrielle le 17 juin 2019. De plus, le 18 juin, des inspecteurs ont visité les dortoirs des travailleurs. Ils ont noté que leur état était déplorable et que les eaux usées n'étaient pas évacuées selon les normes. Des défaillances révélées dans l'express de vendredi dernier. De plus, la société n'avait pas fait de demande de permis de résidence pour 165 travailleurs qui venaient d'arriver. Nous avons sollicité deux cadres de la compagnie chinoise. Une employée, une Mauricienne, nous a demandé de rappeler le bureau ce matin car elle ne travaillait plus à l'heure où nous l'avions sollicitée. L'autre cadre, un Chinois, nous a dit qu'il venait d'arriver à Maurice et qu'il ne pouvait pas nous renseigner. Nous comptons bien les relancer.

L'ambassade de Chine a demandé une enquête sur le décès du technicien

Comment réagit l'ambassade de Chine à la suite du décès d'un autre Chinois sur le chantier de Côte-d'Or ? Le troisième secrétaire des affaires économiques de l'ambassade de Chine, M. Fan Kun, nous a répondu que des représentants se sont rendus sur place pour «pousser la société à faire des enquêtes et des analyses sur les causes de l'accident et à prendre les mesures efficaces pour éviter des incidents similaires à l'avenir». Il ajoute : «L'ambassade de Chine est très attristée par la mort de ce technicien. Nous n'oublierons jamais son sacrifice pour le développement économique et social à Maurice et pour l'amitié entre nos deux pays.»

Les morts et le blessé

12 septembre 2018 : Zhao Cheng, 45 ans, meurt sous une pelleteuse. Il est décédé à l'hôpital où il avait été transporté pour des soins après son accident.

Avril 2019 : Ally Rahman, grièvement blessé sur le chantier, est transporté au Wellkin Hospital. Nous n'aurons pas plus de détails sur son état de santé actuel.

1er mai 2019 : M. D. Bulbul, un ouvrier bangladais, employé comme platform worker. Il a fait une chute accidentelle de plus de 6 mètres de haut. Il est admis aux soins intensifs mais décède le 7 mai.

13 juin 2019 : Ding Hongguang, un technicien chinois, meurt sur le coup. Des barres de fer galvanisées longues de 6 mètres lui sont tombées dessus alors qu'il posait du carrelage. Ces barres de fer étaient transportées en hauteur à l'aide d'une grue. Le député rouge Shakeel Mohamed a d'ailleurs demandé à savoir si le conducteur de la grue détenait une licence. À cette question, le ministre Callichurn a répondu qu'il n'avait pas l'information.

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