Burkina Faso: Non-respect des heures de circulation en agglomeration - C'est ceci qui explique cela

Afin de limiter les risques d'accidents mortels de la circulation, le Conseil municipal de Ouagadougou avait pris un arrêté réglementant la circulation des poids-lourds dans la ville. Les gros engins, exceptés quelques-uns, n'étaient autorisés à circuler qu'entre 20h et 5h du matin.

L'opinion publique avait, dans son ensemble, salué la mesure même si certains ont estimé qu'elle intervenait sur le tard. Mais à peine la mesure était-elle entrée en vigueur qu'elle a été remise en cause par les chauffeurs-routiers. Ces derniers estiment que les horaires fixés par la mairie, ne leur conviennent pas.

Et pour manifester leur mécontentement, ils avaient bloqué les différentes entrées de la ville, perturbant pendant des jours la circulation. J'ai même entendu dire que certains routiers qui étaient opposés au mouvement d'humeur, avaient reçu des coups de gourdin. Mais on est où là ? Rassurez-vous, on est au Burkina Faso où au nom de la démocratie, tout est permis. C'est le moins que l'on puisse dire. J'avoue que personnellement, je suis parfois très révolté quand je regarde ce qui se passe dans mon pays. Je le dis parce que je ne peux pas comprendre que des gens, à cause de leurs intérêts personnels, mettent en péril la sécurité et la vie des autres. Les chauffeurs- routiers veulent donc qu'on les laisse circuler comme ils veulent, avec tous les risques que cela comporte.

Tant pis donc pour ceux qui se feront écraser mortellement. La preuve est que presque chaque semaine qui passe, des usagers sont écrasés en circulation. Voyez-vous ? Ce n'est pas normal. C'est vrai que le Conseil municipal, dans un souci d'apaisement, a réajusté les horaires ; c'est bien. Je l'en félicite. Mais je fais observer que les mêmes routiers qui ont remis en cause l'arrêté municipal de Ouagadougou, se soumettent, une fois hors du Burkina, aux desiderata des autorités municipales de Niamey, de Lomé, d'Accra, d'Abidjan.

L'autorité ne pouvait pas sévir quand on sait que le secteur du transport est tenu par ceux-là qui nous dirigent

Pourtant, à quelques différences près, ce sont pratiquement les mêmes horaires et les mêmes réalités. Vous comprenez maintenant pourquoi je vous disais que le Burkina Faso est un pays de désordre où tout ou presque est permis. Ce qui est interdit dans d'autres pays, est autorisé ici, parce qu'on n'y court aucun risque.

Et ce qui me fait encore plus mal, c'est que les dirigeants sont prompts à céder au moindre mouvement d'humeur, comme s'ils avaient peur de je ne sais quoi. Peut-être se disent-ils qu'ils sont arrivés au pouvoir à la suite d'une insurrection populaire et qu'il faut faire beaucoup attention. C'est bien mais je crois que souvent, il faut savoir taper du poing sur la table. C'est pourquoi j'ai bien aimé la sortie du Procureur général qui demande que soient prises des sanctions sévères contre les routiers qui commettraient des accidents mortels pour n'avoir pas respecté l'arrêté municipal.

Je reconnais, dans le cas d'espèce, que la mairie a péché pour n'avoir pas aménagé suffisamment d'aires de stationnement pour les poids-lourds avant l'entrée en vigueur de l'arrêté querellé. Mais fallait-il pour autant battre rapidement en retraite ? En fait, c'est cette manière de faire de nos dirigeants qui fait qu'on ne les respecte pas. Peut-être le président Roch Marc Christian Kaboré attend-il d'être réélu en 2020 pour montrer son vrai visage aux Burkinabè. J'attends de voir.

Mais tel que je connais l'homme, je n'en suis si sûr. Car il passe pour un être un homme ... bon. S'il pouvait me donner six mois dans son mandat en cours, j'allais mettre tout le monde au pas. Mais pour ce qui est du mouvement d'humeur des chauffeurs routiers, je comprends bien que l'autorité ne pouvait pas sévir quand on sait que le secteur du transport est tenu par ceux-là qui nous dirigent. C'est donc ceci qui explique cela.

« Le Fou»

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