21 Juin 2019

Ile Maurice: Lacunes de la CSR Foundation - Les ONG citées par Xavier Duval divisées

Qui dit vrai entre Xavier-Luc Duval et Alain Wong ? C'est ce que l'express a essayé de savoir à l'issue de la Private Notice Question (PNQ) hier.

Même si le règlement de comptes annoncé entre le leader de l'opposition et son ex-poulain Alain Wong - qui a quitté la basse-cour bleue en janvier 2017 pour demeurer au gouvernement après le départ des Bleus en décembre 2016 - n'a pas eu lieu, l'on peut retenir de cette PNQ, l'insistance du leader de l'opposition sur ces ONG contraintes de cesser leurs activités par manque de financement. Xavier-Luc Duval a avancé le chiffre de 600 ONG.

«Sur les 800 ONG à Maurice et à Rodrigues, seulement 200 ont reçu du financement», a affirmé Xavier-Luc Duval. Là aussi, les seuls bénéficiaires ne reçoivent que 50 % du montant réclamé, a-t-il ajouté. Ce, alors que les frais des board members s'élèvent à Rs 5 millions. À cela, le ministre a d'abord répliqué que 389 ONG sont enregistrées à la National CSR Foundation à ce jour et qu'il y a une série de critères à respecter pour s'y inscrire. Notamment avoir au moins deux ans d'activités.

Par rapport à ces ONG que Xavier-Luc Duval décrit comme mourantes ou qui sont contraintes à une «massive downsizing» faute de financement, Alain Wong a soutenu n'avoir reçu aucune plainte à ce sujet et a fait comprendre qu'il ne prend pas en compte ce que rapportent les journaux. Le leader de l'opposition insiste, allant jusqu'à nommer des ONG - à savoir Caritas, Kinouété, Blood Donors Association, Chrysalide et Autisme Maurice - qui, selon lui, ont vu une réduction de leur financement. Alain Wong ne bouge pas d'un iota et maintient ses propos.

Nous avons donc sollicité les responsables respectifs de chaque ONG citée par Xavier-Luc Duval pour tirer cela au clair. Si deux d'entre eux s'alignent sur la position de ce dernier, deux autres ne partagent pas l'avis du leader de l'opposition. La cinquième responsable n'était, elle, pas disponible hier après-midi.

Patricia Adèle-Félicité, la secrétaire générale de Caritas, ONG qui assiste et accompagne les personnes pauvres et exclues à travers le développement communautaire, la formation et des projets qui génèrent des revenus, fait valoir que le leader de l'opposition est bien renseigné. «Xavier-Luc Duval a donné beaucoup d'informations. Nous ne recevons pas la totalité du financement en raison d'un plafond de Rs 3 millions par projet. Pour 2018, nous avons reçu Rs 7 millions, dont Rs 3 millions pour 13 centres d'éveil, Rs 3 millions pour deux abris de nuit et Rs 1 million pour une crèche àTranquebar.»

D'ajouter que si un projet coûte Rs 10 millions, l'ONG n'obtiendra que Rs 3 millions, et en tranches. Et que pour le reste, il leur est demandé de chercher ailleurs. Sauf que, toujours selon Patricia Adèle-Félicité, aller chercher ailleurs est un «gros souci car l'ailleurs n'existe plus aujourd'hui», dit-elle. «Les firmes privées disent verser des millions de roupies à la National CSR Foundation et que c'est à cette porte-là qu'il faut frapper», soutient la secrétaire générale de Caritas.

Budget réduit

Même si les représentants de Caritas ont rencontré le président de la National CSR Foundation pour lui exposer leurs doléances, Patricia Adèle-Félicité dit espérer que les ONG pourront soumettre plus de projets puisque pour l'instant les appels sont faits pour des projets spécifiques. Quant au dernier appel à projets de la National CSR Foundation en mai, Caritas a fait une demande mais est toujours en attente d'une réponse. «Le ministre a parlé de Rs 17 millions à Caritas. On espère qu'il nous annonce une bonne nouvelle et que notre projet a été retenu», souligne-t-elle.

De son côté, Ashwin Banerjee, manager de l'Association Kinouété, qui milite pour la réhabilitation des détenus, se range lui aussi du côté du leader de l'opposition. Il affirme que si Kinouété parvenait à recevoir 100 % de financement, elle pourrait atteindre un maximum de détenus, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur de la prison. «Si on n'a pas cet argent, on fait avec les moyens du bord, ce qui implique réduire les coûts d'opération aussi bien que les services. Pourtant, de l'autre côté, on nous demande de professionnaliser le service, ce qui implique avoir des professionnels qu'il faut pouvoir rémunérer à juste titre pour les motiver à travailler. Ce n'est pas possible avec un budget réduit.»

De ce fait, des ONG se voient «tenter le coup» auprès des banques et fondations internationales pour le reste du financement. «Nous avons dû fermer un centre pour ex-détenues en 2016 par faute de moyens. On a pu partager nos contraintes lors des consultations pré-budgétaires. On espère que ça va changer et qu'il y aura des appels à projets spécifiques dans chaque secteur d'activités hormis celui d'ordre général», fait valoir le manager de Kinouété.

Par contre, Sobanand Seegoolam, président de la Blood Donors Association, rejette catégoriquement ce qu'a dit Xavier-Luc Duval. «Ce n'est pas vrai. Le leader de l'opposition est mal informé. La National CSR Foundation donne de l'argent par rapport au projet soumis. La Blood Donors Association n'a pas soumis de projet durant ces trois dernières années, donc la question de financement ne se pose pas. Il faut savoir que nous n'avons pas d'employés. Nous sommes uniquement des volontaires à mener des campagnes de sensibilisation», avance-t-il.

Cependant, Sobanand Seegoolam fait valoir que l'ONG enregistrée depuis 1999 soumettra un premier projet en juillet. Il précise que la Blood Donors Association reçoit un Grant-In-Aid de la National CSR Foundation de Rs 263 000 chaque année. Un don qu'elle recevait du ministère de la Santé auparavant.

Même son de cloche du côté d'Autisme Maurice, qui existe depuis 2009. Sa directrice, Géraldine Aliphon, déclare avoir été surprise d'entendre le nom de l'ONG cité par Xavier-Luc Duval. «Son information nous concernant date et ne tient plus aujourd'hui. Nous avons effectivement fait face à un manque de financement en 2016, qui a vu la fermeture d'un de nos services, mais c'était avant que la National CSR Foundation ne soit en opération. Aujourd'hui, de notre côté, ça va», indique-t-elle. Elle confie avoir envoyé une précision à la National CSR Foundation à la suite de la PNQ car «c'est assez embarrassant pour nous que le nom de l'ONG soit cité à tort».

Par ailleurs, Géraldine Aliphon précise que l'ONG a en effet reçu la moitié du financement à la suite d'un appel à projets auquel elle avait répondu. «Nous avons fait appel et depuis, nous avons obtenu l'autre partie du financement et nous sommes satisfaits car nous sommes une petite structure et nous pouvons nous débrouiller avec Rs 3 M.» N'empêche qu'elle se dit d'accord avec le leader de l'opposition sur le point de revoir le plafond de financement, qui ne couvre pas toutes les dépenses.

Pour sa part, Marlène Ladine, responsable de Chrysalide, un centre de réhabilitation pour les femmes dépendantes aux drogues et l'alcool, travailleuses du sexe et vivant avec le VIH et leurs enfants, étant prise par son travail, n'a pas pu se libérer pour répondre à nos questions.

Patrice Armance : «Faith est une bénéficiaire de la CSR Foundation mais j'ai payé mon billet d'avion»

À la fin de la PNQ, Patrice Armance, député du n°1 (Port-Louis Nord-Grande-Rivière Nord-Ouest), a traité le ministre Alain Wong de «menteur». Le député bleu réagissait aux allégations faites par son ex-colistier de la circonscription selon lesquelles il se serait rendu à Rodrigues aux frais de l'ONG Faith. Une ONG au sein de laquelle Patrice Armance a des intérêts, étant lui-même le fondateur. Le député a accepté de retirer ses propos sur l'insistance de Maya Hanoomanjee. Toutefois, interrogé hier après-midi, Patrice Armance maintient être parti à Rodrigues à ses frais. «Je m'y suis rendu avec des membres de Faith mais chacun a payé son billet d'avion comme c'est le cas à chaque fois que l'équipe se rend là-bas, où l'ONG a une école à Montagne-Cabri. Donc, c'est entièrement faux de dire que nous nous y rendons aux frais de l'ONG. C'est ce tissu de mensonges, monté de toutes pièces, qui m'agace.» Patrice Armance ajoute que Faith, qui existe depuis 2012 mais qui a été enregistrée bien après, est l'une des bénéficiaires de la National CSR Foundation. Il affirme que l'ONG, qui par le biais de ses «écoles d'avenir» éduque quelque 200 enfants autrement, après les heures de classe, a reçu Rs 250 000 de la fondation en 2018 pour un projet de Rs 500 000. Des sept écoles de l'ONG, trois sont financées par la National CSR Foundation - celles de Camp-Firinga, de La Tour Koenig et de Grande-Rivière-Nord-Ouest - et les autres par «le secteur privé, des amis et des bienfaiteurs», soutient-il.

Le milliard de la discorde

Xavier-Luc Duval est revenu à la charge plusieurs fois. Alain Wong, dit-il, «s'assoit sur presque Rs 1 Md». Le leader de l'opposition fait état là des contributions des firmes privées à la National Corporate Social Responsibility Foundation (NCSRF). Ce qu'a rejeté à chaque fois le principal concerné, qui a maintenu ses chiffres avancés auparavant. La balance de la NCSRF est à ce jour de Rs 748,2 millions. Parmi les autres chiffres fournis par le ministre, la NCSRF a reçu Rs 503 506 644 des Rs 675 914 348 versées par les firmes privées de janvier 2017 au 30 juin 2018. Elle a reçu le montant restant de Rs 172 407 704 en juillet 2018. De plus, du 1er juillet 2018 à ce jour, la fondation a reçu Rs 421 343 605. Du 1er juillet 2018 à ce jour, Rs 276 505 166 ont été décaissées à 206 ONG pour 280 projets approuvés.

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