Congo-Brazzaville: Formation du gouvernement - La deadline avant le 30 juin

La pluralité d'ambitions difficiles à gérer au sein de chaque composante de la coalition FCC-Cach a impacté sur la taille du prochain gouvernement qui sera sans doute l'un des plus éléphantesques que le pays n'a jamais connu, depuis 1960, avec ses soixante-cinq membres, à en croire des sources.

On en sait un peu plus sur le prochain gouvernement Ilunkamba qui va gérer au quotidien le pays, au terme de près de cinq mois d'une attente qui commençait à devenir ennuyeuse.

Aujourd'hui, les négociateurs du Front commun pour le Congo (FCC) et ceux du Cap pour le changement (Cach), les deux plates-formes politiques constituant la coalition de gouvernance post alternance, peuvent se frotter les mains. Ils sont, en effet, parvenus à élaguer, à coup de chaudes empoignades, leurs dernières dissensions en faisant contre mauvaise fortune bon cœur dans les derniers réglages.

De sorte que les négociations autour de la formation du gouvernement viennent d'atteindre leur dernier virage, avec le partage en interne, au niveau de chaque composante, des postes ministériels suivant la clé de répartition arrêtée de commun accord.

Des informations ayant fuité de Rotana Kin Plazza où les délégués des deux camps se sont retranchés ces derniers jours laissent entendre qu'un compromis a finalement été trouvé sur ce que sera la structure gouvernementale.

D'après le deal conclu à ce sujet, il appert que le FCC va s'adjuger 65% des portefeuilles, c'est-à-dire quarante-deux ministères, dont trente titulaires et douze vice-ministres. Le Cach, quant à lui, va se contenter de 35% seulement, équivalant à vingt-deux portefeuilles dont quinze ministres et sept vice-ministres.

Ce compromis trouvé, il appartient désormais aux deux branches de la coalition de gérer, chacune à son niveau, les ambitions de ses partis et regroupements politiques affiliés. C'est ici que les romains s'empoignent étant entendu qu'il ne sera pas possible de « caser » tout le monde.

L'équation est d'autant plus cornélienne qu'au FCC, les premières frustrations sont déjà perceptibles. Le coordonnateur, Néhémie Mwilanya Wilondja, a visiblement du pain sur la planche pour gérer son beau monde suivant des critères objectifs.

Un appetit féroce du PPRD

Avec plus de trois-cent cinquante députés, le FCC doit jouer à l'équilibrisme pour ne pas froisser des susceptibilités dans un regroupement où les composantes n'ont pas toutes le même poids politique.

Le PPRD, le parti phare du FCC, affiche un appétit féroce en voulant rafler tous les postes juteux. Ce que lui conteste l'AFDC-A de Modeste Bahati Lukwebo qui vient en ordre utile en termes du nombre des députés nationaux.

Il y a également l'AABC et l'AAA/a, respectivement de Julien Paluku et de Pius Mwabilu, qui veulent, eux aussi, avoir leur part du gâteau, sans oublier les alliés qui gravitent autour de ces partis et regroupements politiques !

Personne ne veut, pour ainsi dire, sortir perdant de cette redistribution des cartes apparentée à une messe noire où l'intérêt de la population est sacrifié sur l'autel des ambitions personnelles.

En dernier ressort, c'est Joseph Kabila, en tant qu'autorité morale du FCC, qui va trancher pour restaurer l'équilibre menacé de sa famille politique.

Du côté du Cach, les remous ne sont pas autant perceptibles. La plate-forme cristallisée autour de Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe offre des gages de sérénité dans la gestion des vingt-deux portefeuilles qui lui sont attribués.

Ici, les jeux sont clairs. L'UDPS, forte de sa trentaine de députés, aura évidemment la grosse part, suivie de l'UNC (une vingtaine), et d'autres partenaires politiques de la dernière heure ayant rejoint la coalition.

Un exécutif éléphantesque

Tout compte fait, rien à ce stade ne peut bloquer la publication attendue du gouvernement Inlunkamba, si tout va bien, avant le 30 juin, la date d'anniversaire de l'indépendance du pays. D'autant plus que le dernier verrou que représentait la répartition des ministères régaliens entre le FCC et le Cach a finalement sauté.

Après une farouche résistance, le FCC a fini par capituler en laissant à Félix Tshisekedi le contrôle des ministères régaliens (Défense, Affaires étrangères et Justice, avec en prime, les Finances).

Quitte à ce dernier de piocher au besoin, en vertu de son pouvoir discrétionnaire, dans les rangs du FCC des personnalités pouvant animer un ou deux desdits ministères au nom de la solidarité. Le FCC qui considère l'Intérieur comme une chasse gardée, n'a pas voulu lâcher ce portefeuille qu'il conserve malgré tout.

Par ailleurs, les équations que suscite le choix des animateurs des différents portefeuilles, sur fond d'une pluralité d'ambitions difficiles à gérer, ont impacté sur la taille du prochain gouvernement qui sera sans doute le plus éléphantesque que le pays n'a jamais connu depuis 1960.

Des indiscrétions font état de soixante-cinq membres, plus costaud que ceux d'Antoine Gizenga I et II (2007-2009) qui comptaient soixante et un membres.

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