Cameroun: La situation des déplacés internes reste préoccupante

Selon les Nations unies, plus de 35.000 Camerounais se sont réfugiés au Nigeria et environ 500.000 déplacés internes vivent dans des communautés d'accueil ou sur des sites improvisés.

Au Cameroun, des milliers de personnes ont dû fuir de chez elles à cause de la guerre dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Dans ce contexte, le Comité international de la Croix Rouge leur vient financièrement en aide.

"Nous devons notre gratitude à ceux qui nous aident à survivre jusqu'à présent. En ce moment, nous devons trois mois d'arriérés de loyer, soit 50.000 francs par mois que nous devons au bailleur pour les deux chambres que nous louons. Nous ne savons pas où aller pour trouver cet argent. " Ce témoignage d'un déplacé interne à Yaoundé, chef d'une famille de huit personnes arrivées du Nord-Ouest du Cameroun depuis plus d'un an, remet en cause l'efficacité de l'aide humanitaire apportée aux victimes de la guerre.

Fort de ce constat, le Comité international de la Croix Rouge (CICR) veut dépasser les seuls dons de nourriture ou en nature aux déplacés. Car ceux-ci, sur une longue période, posent un problème de dignité. Le CICR pense ainsi à donner directement de l'argent aux déplacés internes, en lieu et place de la nourriture.

C'est ce qu'explique le chef des opérations du CICR pour l'Afrique Centrale, Jérôme Fontana : "Cet argent est parfois utilisé pour inscrire des enfants dans des écoles et effectivement aussi acheter de la nourriture. Ça donne plus de flexibilité. C'est pour ça que nous choisissons ce type d'aide à des personnes déplacées, parfois résidantes," souligne M. Fofana.

Au Cameroun, 8.500 familles touchées par la crise anglophone ont bénéficié de l'aide financière du CICR. Au cours de l'année 2018, l'organisme a aussi effectué des transferts monétaires de plus d'un milliard de francs CFA en faveur de 5.540 ménages ayant dû fuir la guerre contre Boko Haram dans l'Extrême Nord du pays.

Nécessité d'une prise en charge pérenne

Le Sultan des Bamouns vient par ailleurs d'offrir des terres à l'Ouest du Cameroun sur lesquelles le CICR va bientôt installer des déplacés afin qu'ils pratiquent l'agriculture.

A la prise en charge des déplacés internes s'ajoute la difficulté d'atteindre certains d'entre eux en raison des violences, indique le directeur régional adjoint pour l'Afrique, Patrick Youssef : "bien sûr, sans sécurité, sans espace humanitaire, tous les acteurs humanitaires ne peuvent pas accéder aux personnes vulnérables. Donc c'est un dialogue avec tous ceux qui peuvent avoir un effet direct sur notre sécurité mais aussi sur la sécurité des gens qui va ouvrir des voix, qui va ouvrir des espaces pour pouvoir aider des populations en besoins."

Patrick Youssef confie que le CICR cherche en ce moment à ouvrir des couloirs humanitaires dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun afin de venir en aide à des milliers de déplacés internes jusqu'ici inaccessibles.

Certains vivent en forêt, dans des zones impraticables pour les agents humanitaires, soit en raison de l'état des routes, soit parce que ces zones sont contrôlées par des groupes rebelles.

Pendant ce temps, les déplacés, de plus en plus nombreux dans les villes francophones, font toujours face à des problèmes de survie : problèmes de nutrition, de logement, de soins médicaux, de scolarité et d'emploi. Beaucoup de femmes déplacées internes recourent aussi à la prostitution pour survivre.

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