Ile Maurice: Metro Express - L'inquiétude à son comble à La Butte

Ce n'est pas la première fois que les habitants de La Butte font face aux inconvénients des travaux du métro. Hier, dimanche 23 juin, vers 6 h 30, un barrage sur le chantier s'est effondré. Les résidents crient à l'insécurité et au manque de rigueur des autorités.

Avant même que les travaux du Metro Express ne débutent à La Butte, les problèmes étaient nombreux dans la région. Plusieurs familles ont été contraintes de donner leur terrain - par la Compulsory Acquisition - tandis que les Rujubali ont lutté pour ne pas avoir à quitter les lieux en septembre 2017. Il y a aussi eu un premier glissement de terrain, toujours en 2017, au moment où une société privée effectuait des fouilles, à côté du showroom de Kalachand. Résultat : route lézardée, pylône emporté, murs craquelés, ce qui avait provoqué l'angoisse chez les habitants pour le projet de métro.

Hier, les riverains des rues Maupin et Belvédère se sont une fois de plus réveillés en sursaut. Pour cause, une partie d'un barrage sur le chantier du Metro Express s'est effondrée, à la suite d'un glissement de terrain, selon leurs dires.

Une plainte a été enregistrée au poste de police des Line Barracks. Selon la police, les habitants se sont plaints du fait qu'il y avait eu un glissement de terrain près du site de construction du Metro Express. Après examen de la scène, il a été constaté qu'un poteau électrique au coin des rues Belvédère et Maupin constituait un danger. Les employés du Central Electricity Board ont été alertés immédiatement ainsi que le Disaster Management Officer.

Les résidents de La Butte, eux, sont catégoriques. Ce projet du métro a drastiquement changé leur vie au fil des mois. Entre bruits, poussières, restrictions car plusieurs accès ont été fermés (comme celui à proximité du marché de La Butte) et insécurité due aux risques de glissements de terrain comme celui d'hier, l'inquiétude a pris le dessus. «C'est à cause de cela que certains ont préféré déménager et aller vivre à Pailles», nous confie Mamade. Assis sur le bas-côté de la route, le vieil homme assistait minutieusement aux moindres faits et gestes des employés du métro qui réparaient le barrage.

«C'est l'érosion»

Pourtant, La Butte, endroit où il a passé la plupart de sa vie, a été un lieu paisible durant des années. «Aster pou vandé kot nou pou alé ? Fasil sa pou al loué lakaz aster la ?», se demande-t-il. D'ajouter que les risques que leurs maisons ne s'effondrent avec les vibrations du métro dans le futur ne sont pas à écarter. «Ils ont dit qu'ils ont fait des études, mais quand nous serons dans la situation, nous verrons !»

Même son de cloche pour la famille qui a porté plainte hier. Celle-ci, ne voulant pas que l'on cite son nom car elle est souvent la première à étaler les problèmes dans cette région, fait ressortir qu'elle ne peut même pas fermer l'oeil de la nuit parfois, tant les travaux les importunent. «Ils travaillent jusqu'à trois-quatre heures du matin. Durant la période de carême, vous n'entendez même pas la sirène pour rompre le jeûne tant il y a du bruit», fulminent les membres de cette famille.

Hier matin, ils ont été choqués de voir que le barrage à proximité s'était effondré. «Pourtant, la veille, il n'y a pas eu de grosse pluie. Si enn simp ti lapli inn koz sa... Que se seraitil passé si les enfants y étaient ? Car souvent le soir, les habitants avaient pour habitude de s'asseoir sur cette partie de la route», observent-ils.

Steeve, dont la maison est en face du lieu où l'effondrement a eu lieu, soutient, lui, que ce n'est pas la première fois que des glissements de terrain se produisent dans le quartier. «Il y en a déjà eu dans le passé et ils se reproduiront si on n'en tient pas compte», martèle-t-il. D'ailleurs, il fait remarquer que des fissures à la rue Maupin sont visibles. «Cela montre qu'il peut y avoir encore des glissements ici», prévient-il.

Outre les travailleurs et les ingénieurs qui travaillaient sur le chantier hier matin pour sécuriser le lieu de l'effondrement, la responsable de communication de Larsen & Toubro, Nausheen Aullybux, s'est rendue sur place. Elle tient, dit-elle, à assurer que ce n'était pas un glissement de terrain. «C'est l'érosion de la terre à cause du mauvais temps. L'effondrement est superficiel.» Entre-temps, souligne-t-elle, une équipe a sécurisé le passage pour piéton en érigeant un mur de rétention en béton. En ce qui concerne le pylône électrique touché par l'effondrement, une coupure d'électricité a duré quelques heures seulement.

Nausheen Aullybux ajoute qu'une étude géotechnique a été menée avant le début des travaux. «Et un monitoring se fait chaque semaine dans la région pour qu'on sache s'il y a un problème quelconque», expliquet--elle. Jusqu'ici tout est stable, selon la représentante de Larsen & Toubro.

Les travaux se font en collaboration avec la Japan International Cooperation Agency (voir encadré) et il y a aussi un renouvellement des études dans cette zone.

Le rapport des japonais clair sur les risques

Selon le rapport de la Japan International Cooperation Agency (JICA) en 1986 à La Butte, 1 500 maisons avaient été endommagées, quatre conduites d'eau principales et des lignes à haute tension avaient été affectées à la suite d'un glissement de terrain. Il dénonçait ainsi aux autorités la dangerosité de cette zone à plusieurs reprises. De plus, dans les recommandations, le rapport avait mis en avant le fait qu'aucun travail ne devrait être fait à cet endroit. À savoir aussi qu'en mai dernier, un mur de comblement avait été érigé autour de la montagne pour remplacer les précédentes installations (dont des barres en acier), mises en place pour pallier les problèmes de glissement de terrain dans la région, selon plusieurs sources proches du dossier. Les habitants avaient à l'époque attiré l'attention à ce sujet, craignant pour leur propre sécurité.

Certaines barres en acier qui protégeaient la région enlevées

Un ancien lord-maire, Jérôme Boulle, se souvient des travaux effectués à La Butte, durant son mandat. «Les ingénieurs de la municipalité ont découvert que cette région connaissait un glissement de terrain. Les maisons étaient souvent lézardées ou fissurées.» Il se rappelle qu'il a dû ordonner l'évacuation de plusieurs maisons et la démolition d'une mosquée, de peur que ces bâtiments ne s'affaissent ou tuent des gens. «Nous avons même évacué l'école de la Montagne.» Une solution a toutefois été trouvée avec l'aide des experts japonais. «Pendant 25 ans, les glissements de terrain avaient stoppé.» Mais ils ont repris après que les ingénieurs qui travaillent sur le passage du métro ont enlevé les barres en acier et autres installations qui protégeaient la région. Ils les auraient remplacées par une autre matière. À cela, Nausheen Aullybux explique que les barres en acier n'ont pas toutes été enlevées mais que «les travaux ont peut-être eu un impact sur elles».

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