Congo-Kinshasa: Les Evêques dénoncent le statu quo - Félix Tshisekedi placé devant ses responsabilités !

"Le Peuple veut le changement, car « personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres » (Mc 2, 22). Raison pour laquelle, il s'est fortement mobilisé pour les élections du 30 décembre 2018. N'entravons pas son élan par des subterfuges politiciens dilatoires.

Ainsi, avons-nous déjà affirmé dans notre message en 2007 : « la crise de notre pays est avant tout éthique. Le pays a grandement besoin d'hommes nouveaux et intègres. Un changement radical dans le comportement personnel, social et politique pourra apporter une nouvelle manière de gérer la République. Le Congo nouveau sera fondé sur les valeurs républicaines, les valeurs morales de la vie sociale et les valeurs évangéliques»", soutiennent les Evêques, dans un nouveau message intitulé : "Libérez mon peuple".

Statu quo

Après un constat malheureux du laxisme et de la politique du statu quo, ils recommandent notamment, à Félix Antoine Tshisekedi, investi le 24 janvier 2019, à assumer pleinement ses responsabilités de Chef de l'Etat, à changer le système de gouvernance en instaurant un véritable Etat de droit à même de rendre notre pays fort et prospère, à mettre l'Armée dans les conditions qui lui permettent de répondre efficacement à sa mission de défendre et de sauvegarder l'unité et l'intégrité du territoire national et à redorer le blason de la Magistrature, particulièrement, celui de la Cour constitutionnelle, de façon que le Peuple ait confiance en la Justice.

Révision de la loi électorale

Au Parlement, ils recommandent aux Députés de se mettre réellement au service du Peuple qui a opté pour le changement ; de gérer utilement le temps pour voter des lois qui promeuvent la démocratie plutôt que les intérêts partisans. Ils proposent également que les élus puissent initier la révision de la loi électorale en vue de la dépolitisation de la CENI et de veiller à ce que la majorité au Parlement n'abuse pas de sa supériorité numérique pour faire voter des lois peu favorables au progrès de la démocratie dans notre pays ; de contrôler sans complaisance les membres du Gouvernement et les mandataires de l'Etat et, surtout, de ne pas chercher à modifier et à tailler sur mesure des individus ou des partis politiques, les dispositions de la Constitution, particulièrement, celles relatives aux modes des scrutins.

Des urgences pour l'équipe Ilunga

A la future équipe gouvernementale que dirigera certainement, le Professeur Sylvestre Ilunga Ilunkamba, les Evêques insistent sur la nécessité demettre au centre de son action, l'amélioration des conditions de vie de la population, spécialement dans les secteurs de l'éducation, la santé et les infrastructures. Elle devra, pour ce faire, se préoccuper du grave devoir de l'éducation scolaire, entre autres, en régularisant la situation salariale des enseignants non payés ou omis, préalable nécessaire à la gratuité de l'enseignement promise par le Chef de l'Etat et mettre en place un Comité de lutte contre la corruption ; de travailler à la dépolitisation de l'appareil judiciaire ; de veiller à l'effectivité de l'autonomie des Provinces.

Au travail

Au Peuple congolais, les Evêques demandent de nous unir, d'assumer notre destin et de réaliser que le changement est un combat de nous tous ; de ne pas laisser une minorité prendre en otage notre Patrie et notre avenir ; de se mettre résolument au travail pour notre développement intégral et de savoir revendiquer et défendre pacifiquement nos droits.

Constats

Très ahuris, les Evêques rappellent que, normalement, la justice est l'un des piliers d'un Etat de droit ; elle grandit une nation (cf. Pr 14,34). Mais, malheureusement, en RD. Congo, elle est mal rendue, gangrénée par la corruption et instrumentalisée par le politique. Pour beaucoup de concitoyens, l'appareil judiciaire est perçu comme une officine de combines, un espace de règlement des comptes et de cautionnement des injustices. "On espérait que l'éclatement de la Cour suprême en trois juridictions (Cour constitutionnelle, Cour de cassation et Conseil d'Etat) allait améliorer l'exercice de la justice. Hélas! La corruption semble être le principal moyen pour gagner un procès. L'invalidation des mandats de certains Députés, par la Cour Constitutionnelle, au-delà du délai fixé par la loi, que d'aucuns perçoivent comme sélective, en est bien une illustration. On ne le dira jamais assez : on ne construit pas une nation sur la corruption, le mensonge et la tricherie", regrettent-ils.

Descente aux enfers

Pour les Evêques, en effet, "l'économie souffre de faiblesses structurelles héritées du passé. Le chômage persiste, la scolarité et l'accès aux soins médicaux sont un luxe pour beaucoup de familles. Des milliers de personnes, dont un nombre impressionnant d'enfants, vivent dans une insécurité alimentaire sévère, dans un pays au sol fertile, et regorgeant en plus d'abondantes ressources naturelles ! Il s'observe un contraste scandaleux entre l'enrichissement vertigineux d'une minorité de nos compatriotes et l'extrême pauvreté dans laquelle gît la majorité des Congolais, et le fossé ne fait que se creuser".

Combattre l'insécurité

"L'insécurité perdure dans le Nord et le Sud-Kivu ainsi que dans le Tanganyika ; la violence connaît une recrudescence en Ituri. Nous ne comprenons pas que les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), appuyées par la Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo (MONUSCO), n'arrivent pas encore à neutraliser les groupes armés, nationaux et étrangers, entre autres les ADF, la LRA et les FDLR ainsi que les envahisseurs Mbororo qui prolifèrent, sèment la mort et la désolation, comme si l'Etat n'existait pas ! Il est inacceptable que des groupes armés étrangers s'installent, s'entraînent et commettent des crimes en RD Congo, alors qu'ils n'attaquent pas leurs pays d'origine contre lesquels ils sont censés se rebeller. Les populations ont le sentiment d'être abandonnées. Tout porte à croire que le plan de déstabilisation et de balkanisation du pays, orchestré de l'extérieur avec la complicité de certains de nos compatriotes, se poursuit", relèvent-ils.

Préoccupations

"Nous sommes plus que préoccupés par le temps pris pour les négociations en vue de la désignation des animateurs de certaines institutions, en l'occurrence, le Bureau du Sénat et le Gouvernement. Cette manière d'agir, dans le contexte de notre pays, porte de graves préjudices au bon fonctionnement de l'Etat.

En outre, le spectacle de la corruption éhontée, lors des élections des Gouverneurs et Sénateurs dans les Provinces, a suscité la question de la crédibilité et du sens de redevabilité de ceux qui ont été proclamés. Ainsi, l'image de notre pays s'en trouve-t-elle sérieusement ternie.

Pis encore, l'institutionnalisation de la corruption dans les milieux éducatifs, surtout dans l'organisation des examens d'Etat, compromet gravement l'avenir de notre jeunesse", préviennent-ils.

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