Burkina Faso: Ministère de la Santé - Le carton jaune des blouses blanches

Médecins, sages-femmes, infirmiers, agents itinérants de santé, vêtus de blouse blanche, ont abandonné par centaines leurs patients dans la matinée du lundi 24 juin 2019 pour la rue.

La raison de cela, le silence du gouvernement face à l'interpellation des syndicats sur la mise en œuvre tardive de la loi portant fonction publique hospitalière. Ils sont donc allés remettre un carton jaune à la ministre de la Santé, Claudine Lougué, en signe d'avertissement.

9h10, Bourse du travail. L'hymne national retentit, les agents de santé, regroupés au sein de 4 syndicats qui sont le Syndicat des médecins du Burkina (SYMEB), le Syndicat des sages-femmes, maïeuticiens et accoucheuses du Burkina (SYSFMAB), le Syndicat autonome des infirmiers et infirmières du Burkina (SAIB) et le Syndicat des travailleurs de l'administration hospitalière et des services de santé (SYNTAHSS), sont prêts à parcourir trois kilomètres à pied pour montrer leur mécontentement à leur premier responsable. En blouse blanche, banderole en main, à 9h15, ils fredonnent le Ditanyè à nouveau.

Direction avenue Mgr Thevenoud - Rond-point des cinéastes - avenue Nelson Mandela - avenue de l'Indépendance. Destination : ministère de la Santé. Ils avancent à pas de tortue, paralysant la circulation. Conséquence, des embouteillages par endroits.

10h45 : Les « marcheurs » sont là. La Compagnie républicaine de sécurité (CRS) est déjà sur place, obstruant le passage.

Nul ne pouvait franchir l'entrée du building. Des cris, des chants se font entendre, on se croirait à l'Université de Ouagadougou face à des étudiants décidés à en découdre avec leurs responsables pédagogiques.

10h55, une délégation du ministère de la Santé constituée par le Secrétaire général, Dr Wilfried Ouédraogo, s'approche et s'estompe derrière le véhicule des CRS. C'est alors que la foule scande : «On veut Lougué», réclamant la ministre en personne.

11h : l'hymne national est encore entonné. Le cordon de sécurité recule sur demande du SG du syndicat des médecins du Burkina, Alfred Ouédraogo.

Trois personnes sont autorisées à approcher les autorités pour remettre le message des syndicats. Son contenu, selon Dr Alfred Ouédraogo : «Nous sommes sortis avec nos camarades pour donner un message d'avertissement au ministère de la Santé.

En effet, c'est depuis le 30 avril que nous avons déposé notre préavis, nous n'avons jusque-là reçu aucune réponse formelle à nos préoccupations. Nous estimons que c'est un mépris grave doublé d'une sous-estimation de la crise du système de santé».

Pour lui, depuis plus de deux semaines, leur ministère de tutelle navigue à vue : «Il ne dispose d'aucune statistique pour prévenir des épidémies, pour prévenir un certain nombre de choses.

Dans la plupart des structures de santé, il n'y a plus de films de radiologie, les réactifs sont en passe de finir. Nous sommes en train d'aller dans un détour du système de santé ».

D'où, selon eux, la nécessité d'appeler les autorités sanitaires à ne pas sous-estimer la crise sanitaire pour le bien-être des populations : « Nous les invitons à régler rapidement la précarité des agents de santé pour que nous puissions nous remettre très vite au travail.

Mais aussi à équiper les hôpitaux et à rendre disponible du matériel en qualité pour que nous puissions offrir des soins de qualité et de quantité aux populations », a poursuivi le SG du syndicat avant d'ajouter que cette crise a assez duré et que ce sont les populations qui en feraient les frais».

Pour le secrétaire du ministère de la Santé, Dr Wilfried Ouédraogo, représentant le ministre Claudine Lougué, tout est mis en œuvre par le gouvernement pour trouver une solution à cette crise : «J'assure aux syndicats que l'ensemble de leurs points de revendication sont en cours de traitement par le gouvernement et très bientôt, ils auront le retour », a-t-il confié.

A la question de savoir s'il trouvait légitime leur revendication, le représentant du ministre répond : «Nous sommes tous des acteurs du ministère de la Santé et nous travaillons à ce qu'il y ait de meilleures conditions de travail pour l'ensemble du personnel afin de pouvoir offrir aux populations des soins de qualité.

Nous faisons en sorte que les moyens en termes d'équipements, d'intrants puissent être disponibles dans les structures de santé afin que les agents puissent rendre le service comme il se doit à la population. »

Si d'ici le 30 juin rien n'est fait, le personnel soignant, sur l'étendue du territoire national, compte aller en grève du dimanche 30 juin à minuit au dimanche 7 juillet 2019 à minuit.

Après cette grève, si le statu quo demeure, une suspension illimitée de certaines activités sera observée : il s'agit notamment des consultations, des interventions chirurgicales et des actes paracliniques programmés, des supervisions et des évaluations.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

A La Une: Burkina Faso

Plus de: L'Observateur Paalga

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.