Mauritanie: Peu d'espoir pour Cheikh Ould Mkhaïtir malgré la présidentielle

Pendant la campagne, le nouveau président Mohamed Ould Ghazouani s'était désintéréssé du sort du blogueur emprisonné. Cheikh Mohamed Ould Mkhaïtir est derrière les bareaux depuis 2014.

En 2014, Cheikh Mohamed Ould Mkhaïtir, jeune blogueur mauritanien, était condamné à mort en première instance pour un article jugé "blasphématoire" à l'encontre du prophète Mohamed. Trois ans plus tard, ce verdict était ramené à deux ans de prison par une cour d'appel.

Ould Mkhaïtir, qui a purgé quatre ans de détention préventive, devait donc être libéré, mais il est aujourd'hui toujours en prison, sans aucun contact avec sa famille et ses avocats. L'affaire Mkhaïtir fait partie des dossiers difficiles que Mohamed Ould Abdel Aziz lègue a son successeur, Ould Ghazouani,élu à l'issue du premier tour de la présidentielle.

Lettre au président

À la veille de la présidentielle, des organisations internationales dont la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), Human rights watch (HRW) et Reporters sans frontières, ont adressé une lettre au président mauritanien dans laquelle ils réclament de mettre fin à "la détention illégale de Mkhaïtir".

Peu d'espoir

Face à la presse, Mohamed Ould Abdel Aziz a clairement assumé le maintien du blogueur en détention. "Nous savons que du point de vue de la loi, Mkhaïtir doit être libéré mais, pour des raisons de sécurité, nous ne pouvons mettre en jeu la vie de millions de Mauritaniens", déclarait-il. Cette sortie n'a laissé aucun espoir à ceux qui s'attendaient à la libération du blogueur avant l'entrée en fonction du nouveau président.

De son côté, Mohamed Ould Ghazouani, ancien général et nouveau président, ne s'est pas prononcé sur le sort de Mkhaïtir pendant la campagne électorale.

"Appliquer les décisions de justice"

Ses adversaires, candidats de l'opposition, entendaient pour leur part faire respecter la décision de justice. Pour Mohamed Ould Maouloud, de la coalition Changeons d'ère, la question de Mkhaïtir ne doit pas rester entre les mains du président. Ce n'est pas, ajoute-t-il, "au président de la République de libérer ou de maintenir en prison, c'est à la justice d'appliquer le droit". Un autre candidat de l'opposition, Biram Dah Abeid est du même avis. Pour lui aussi, "la décision de justice doit être appliquée à la lettre, et si cette décision stipule que Ould Mkhaïtir doit être libéré, il doit l'être immédiatement".

Ces deux candidats étant sorti malheureux de l'élection présidentielle, le sort de Ould Mkhaïtir reste donc entre les mains de Ould Ghazouani.

"Séquestration"

Mohamed Ould Moine, avocat du jeune blogueur, n'a pas vu son client depuis presque deux ans. Mohamed Ould Abdel Aziz pourrait, selon lui, être poursuivi pour séquestration. "Aziz risque lourd si Mkhaïtir ou ses ayants droit portent plainte contre lui devant la justice mauritanienne ou une justice indépendante dans un pays étranger", met en garde l'avocat qui ajoute que "la séquestration d'êtres humains, à notre époque, est un crime que l'on ne pardonne jamais".

Pour maître Moine, la justification du maintien de son client en détention pour des raisons de sécurité n'est pas recevable. Ça peut, dit-il, "faire peut être plaisir à un milieu extrémiste mauritanien mais ce n'est pas la mission du président de la République car c'est une décision qui viole les lois".

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