Mauritanie: Ghazouani va-t-il enjamber des morts pour aller à la présidence ?

Un vainqueur autoproclamé avant l'annonce des résultats officiels ; des sièges de partis sous scellés ; Internet totalement coupé ; des véhicules de la police et de l'armée lourdement armés postés devant des lieux stratégiques ; des militaires interdisant l'accès à certaines zones. La capitale mauritanienne offre depuis dimanche l'image d'une ville en état de siège.

Et pour ajouter à cette ambiance angoissante, le président Mohamed Ould Abdelaziz a même convoqué un conseil de sécurité, comme si le pays était en guerre.

Il y a de l'électricité dans l'air et la journée d'aujourd'hui s'annonce particulièrement chaude car les quatre candidats qui rejettent les résultats de la présidentielle du 22 juin appellent les Mauritaniens à une marche de protestation.

Une manifestation jugée illégale par le pouvoir, qui a promis de la réprimer comme il se doit. Il faut donc craindre que le général Mohamed Ould Ghazouani n'enjambe une mare de sang jonchée de cadavres pour accéder à la présidence, car Dieu seul sait ce qui va se passer si le mot d'ordre de l'opposition est maintenu.

Le général à la retraite que le président Ould Abdelaziz a choisi pour garder son fauteuil ainsi que ses intérêts au chaud afin d'assurer ses arrières, sûr de son fait, n'avait pas attendu la proclamation des résultats provisoires pour se déclarer vainqueur, alors que l'opposition et une partie de la société civile dénonçaient des fraudes électorales.

Mais le plus grave dans cette histoire, c'est que non content d'avoir perpétré le hold-up électoral dont l'accusent les opposants, le pouvoir mauritanien, à travers ceux qui ont déroulé le tapis rouge au dauphin désigné, croit desceller derrière les manifestations de colère l'ombre de mains étrangères.

Et, chose étrange, c'est du chef de la diplomatie mauritanienne qu'est venue la première salve. Le ministre des Affaires étrangères a en effet accusé le Sénégal, la Gambie et le Mali d'être les instigateurs des troubles qui secouent actuellement son pays.

Le comble de l'irresponsabilité, car ce faisant, il jette les ressortissants de ces pays en pâture à d'éventuelles représailles. Et des interpellations, il y en a déjà eu par centaines.

Décidément, cette fameuse main étrangère, qu'est-ce qu'on n'a pas mis sur sa paume ! C'est le bouc émissaire idéal que les régimes despotiques au nationalisme ombrageux, comme on l'a vu récemment en Algérie et au Soudan, agitent invariablement pour masquer leurs propres turpitudes.

Une façon d'infantiliser des populations, comme si elles avaient besoin d'être stipendiées par des intérêts étrangers pour prendre leur propre destin en main.

Après avoir salué la sagesse du président Oud Abdelaziz qui n'a pas fait rebelote pour un troisième mandat consécutif, devra-t-on crier haro sur le baudet de Nouakchott qui tient à imposer son homme fort au risque de mettre le pays à feu et à sang ?

Plus de: L'Observateur Paalga

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