26 Juin 2019

Maroc: L'endettement public est sous contrôle. Y a pas à s'inquiéter - Parole de chef

Le chef du gouvernement rassure: L'endettement national est sous-contrôle et son taux par rapport au PIB demeure l'un des plus bas au monde. Il a indiqué que le taux d'endettement de la trésorerie a été réduit, passant de 65,1% en 2017 à 64,7% en 2018 tout en précisant que cette évolution positive a permis de mettre un terme à la hausse de l'endettement que connaît le Royaume depuis 2009.

Intervenant lors de la séance mensuelle des questions orales à la Chambre des représentants, Saâd Dine El Otmani a expliqué que le niveau du taux d'endettement actuel n'est pas dû au déficit des deux ou trois dernières années, mais plutôt à l'accumulation du ratio de déficit élevé enregistré au cours de plusieurs années. Il a ajouté que ces résultats ont été réalisés grâce aux réformes, aux mesures et démarches entreprises et que le contrôle de l'endettement figure parmi les objectifs du programme gouvernemental.

En outre, il a souligné que le recours à l'emprunt est orienté vers l'investissement et que le gouvernement respecte les principes visant à canaliser les ressources qui émanent des crédits.

Des assurances que ne partagent pas Hicham Attouch, professeur d'économie à l'Université Mohamed V Rabat. Selon lui, l'endettement national qui comporte la dette de trésorerie outre celle des établissements publics est de 80% rapporté au PIP alors que le seuil international acceptable est de 60%. «On est plutôt dans une zone orange», a-t-il indiqué. Et de préciser : « La solidarité d'une économie se mesure par son endettement global et non pas par celui de l'endettement public ».

Concernant les relations entre endettement et investissements, notre source estime que si ces endettements s'orientent davantage vers l'investissement, il n'en reste pas moins que ces derniers demandent plus de temps pour donner leurs résultats. Des rapports de la Banque mondiale ont révélé que les investissements publics entrepris au cours de ces dernières années n'auront d'effet qu'en 2040.

Elle a également ajouté que même si ces investissements sont encadrés par une loi organique et par la loi de Finances, il manque le volet évaluation. « Les études en cette matière ne sont pas assez élaborées et c'est parmi les reproches qui ont été faits il y a des années », nous a-t-elle précisé.

A ce propos, notre économiste nous a fait savoir qu'il faut distinguer entre le rendement immédiat des investissements et celui latent dont l'effet ou l'impact nécessite du temps pour l'évaluer. « Les déclarations du chef du gouvernement concernant les investissements dans les infrastructures et la possibilité de léguer ces infrastructures aux générations futures occultent le fait qu'elles subissent l'usure et ont besoin de maintenance, et dans un certain temps, de remplacement. Donc, la question de la rentabilité des investissements se pose avec acuité», nous a-t-il expliqué. Et de poursuivre : « Prenez l'exemple de l'autoroute Fès-Oujda. Ce projet est encore loin du compte en termes d'équilibre financer. Il faut 50 ans pour qu'il soit rentable sans parler des charges de maintenance. C'est le cas également des derniers investissements engagés par l'ONCF et qui ne seront rentables que sur le long terme malgré les politiques commerciales menées actuellement».

Hicham Attouch pense que le niveau d'endettement est colossal et nécessite donc une véritable évaluation et des études d'impact. «Il faut remettre en cause ce taux bas. De plus, il faut savoir que la gestion de l'endettement avec les aléas de la conjoncture internationale n'est pas évidente. Un pays en bonne santé fiscale comme la Grèce s'est trouvé, du jour au lendemain, dans une situation de faillite alors qu'il a été appuyé par l'UE. Il ne faut pas sous-estimer la question de l'endettement d'autant qu'elle a atteint un taux très élevé au Maroc ». Et de conclure : « Il faut également penser à orienter les investissements vers le social (santé, éduction...) puisque ces derniers se font davantage dans l'infrastructure alors que ces secteurs sociaux font la différence ».

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