Afrique: Zleca - De bonnes perspectives pour le commerce intra-africain

Market scene in Abuja, Nigeria

Le rapport annuel de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) projette un avenir prometteur de l'Afrique, dont les échanges internes ne représentent aujourd'hui qu'entre 15 et 17%, contre 47% en Amérique, 61% en Asie et 67% en Europe.

Avec l'entrée en vigueur, la semaine prochaine à Niamey, au Niger, du traité instituant la Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca), le commerce intra-africain devrait progresser de 33% après la suppression complète des droits de douane, selon le document. Il s'agit d'une avancée majeure dans l'intégration du continent africain.

Le rapport sur le développement économique en Afrique 2019, intitulé " Made in Africa : règles d'origine, un tremplin pour le commerce intra-africain", examine l'important potentiel des règles d'origine pour changer la donne sur le continent et permettre à la Zleca de catalyser son intégration régionale en générant des gains importants. « Les règles d'origine constituent un véritable passeport qui permet aux marchandises de circuler en franchise de droits à l'intérieur d'une zone de libre-échange, si ces marchandises sont considérées comme originaires de cette zone », rappelle le Bureau sous-régional de la CEA en Afrique du nord.

Une fois que tous les droits de douane auront été éliminés, la Cnuced estime que le produit intérieur brut de la plupart des pays africains pourrait enregistrer jusqu'à 3 % d'augmentation, à condition que les règles d'origine soient simples et favorables aux entreprises.

Certains économistes « trop optimistes » révèlent que le tissu industriel est presque inexistant dans beaucoup de pays. Pour eux, les règles d'origine devront déterminer le niveau minimum de transformation d'un produit sur le continent pour que les avantages tarifaires lui soient appliqués. Il faudra aussi faire tomber bon nombre d'obstacles : éviter, par exemple, que les intérêts nationaux et les intérêts privés des multinationales ne prennent le dessus, trouver des mécanismes efficaces de lutte contre la corruption et développer des réseaux de transport de qualité.

Le document fournit une évaluation factuelle de la nature et des résultats de la politique budgétaire en Afrique. Analysant à la fois les défis et les possibilités, il passe en revue les meilleures pratiques afin de formuler des recommandations générales et de faciliter les échanges de données d'expérience. Les États membres seront ainsi à même d'entreprendre les réformes budgétaires nécessaires et d'améliorer la gestion macroéconomique.

Bien que la demande intérieure, les investissements publics et le renforcement du commerce entre l'Afrique et les marchés mondiaux aient soutenu la croissance, les produits de base demeurent un moteur essentiel de la croissance en Afrique, exposant les économies à la volatilité de leurs cours, note le rapport.

Le commerce intra-régional encore faible

Les importations intra-africaines ne représentent actuellement que 14 % des exportations totales du continent et les tarifs en place seront maintenus sur les 86 % restants d'importations provenant de pays non africains. Une marge bien faible comparée aux volumes des échanges dans d'autres régions du monde.

Ce document relève, en effet, que 56 % de ces exportations intra-africaines ont lieu dans des zones de libre-échange préexistantes des communautés économiques régionales, au sein desquelles le commerce est déjà entièrement libéralisé.

Les trois quarts des exportations intra-africaines ont été effectuées par seulement treize pays (Eswatini, Côte d'Ivoire, Maroc, Cameroun, Zambie, République démocratique du Congo, Angola, Tunisie... ); l'Afrique du Sud à elle seule détenant environ 45 % de cette part. Au cours de la période 2015-2017, ce pays a occupé la première place de ces exportations dans trois des cinq principaux secteurs : machines et matériel de transport (60,2 %), denrées alimentaires (28,9 %), minerais et métaux (25,4 %), devant le Nigeria et l'Algérie.

La Zleca réduira les recettes tarifaires

D'après la Commission économique pour l'Afrique (CEA), la Zleca devrait avoir des effets modérés et graduels sur les recettes tarifaires liées au commerce intra-africain, pour plusieurs raisons. En mars dernier, les produits sensibles à exclure de la libéralisation n'avaient toujours pas été déterminés par chaque pays.

Cependant, pour évaluer les répercussions de la Zleca sur les recettes tarifaires, les calculs de la CEA prévoient que la réduction puis la suppression des tarifs sur les flux commerciaux en Afrique entraîneront une baisse de 6,5 % à 9,9 % de ces recettes à long terme.

Si le montant des taxes perçues sur les flux commerciaux africains est appelé à baisser, l'effet global de la Zleca sur les recettes publiques sera sans doute plus équilibré, en particulier sur le moyen terme, puisque les droits de douane ne constituent qu'une faible part des recettes publiques, ne représentant en moyenne que 15 % des recettes fiscales totales du continent.

En clair, les réductions des recettes tarifaires, qui seront limitées, n'auront d'incidences que sur une faible part des taxes générées dans la plupart des pays.

Bien que la Zleca réduira les recettes tarifaires, elle devrait aussi stimuler la croissance du produit intérieur brut de l'ordre de 1 à 6 %, ce qui élargira l'assiette fiscale et stimulera le recouvrement de l'impôt auprès d'autres sources.

Le rapport préconise enfin que la réduction des tarifs au titre de la Zleca soit échelonnée sur cinq ans pour les pays en développement et sur dix ans pour les pays les moins avancés. Il est même prévu un échelonnement plus long concernant les produits « sensibles », de dix ans pour les pays en développement et de treize ans pour les pays les moins avancés.

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