Congo-Brazzaville: Insolite - Un sapeur congolais enterré dans un cercueil en forme de chaussure

Célestin Moungabio, 53 ans, connu dans son quartier de Bifouiti, dans la partie sud Brazzaville, sous le sobriquet Vieux Djodjo Armani, est décédé récemment des suites d'une maladie cardiaque. Contrairement aux modèles de cercueil connus par tous, ce sapeur a créé une surprise, le 22 juin, le jour de son enterrement. Il a été mis en terre dans un sarcophage à la forme de J.M Weston, sa chaussure préférée.

De son vivant, l'homme avait toujours souhaité être enterré dans un cercueil ayant la forme de sa chaussure préférée : Jean Marc Weston, une marque très appréciée par les sapeurs congolais. C'est finalement ce qui a été fait puisqu'il a été conduit à sa dernière demeure dans un cercueil de couleur bordeaux, taillé à la mesure de son corps, estampillé "Dodjo Armani J.M. Weston".

L'information peut paraître absurde, pourtant c'est la réalité. La soeur du défunt, Emma Félicitée Moungabio, qui a confirmé cette histoire unique en son genre, explique: « Ce sont ses amis qui nous ont demandé de respecter impérativement son souhait. La famille était obligée de fléchir puisque tous les sapeurs venus de Bacongo, Moukondo, Kinsoundi et autres quartiers de Brazzaville n'attendaient que le cercueil à la forme de la chaussure Jean-Marc-Weston. C'est finalement l'un de ses petits sapeurs qui s'est engagé à le fabriquer dans son atelier de menuiserie, situé vers le marché Total ».

Très célèbre grâce à ses allures vestimentaires particulières, Vieux Djodjo Armani a passé toute sa vie au numéro 60 de la rue Ngali-Pascal où s'est tenue la veillée mortuaire. Sa sœur a promis que la sape, devenue une tradition familiale, sera toujours pratiquée par la progéniture du défunt. « Cet acte a honoré notre famille », a-t-elle laissé entendre.

La mise en terre de Célestin Moungabio a eu lieu le 22 juin, au cimetière de Samba-Alphonse, après Nganga Lingolo, où il repose pour l'éternité. Comme ils savent le faire, les sapeurs lui ont rendu un vibrant hommage à travers des démonstrations liées à leur art.

Ce fait extraordinaire prouve combien les Congolais sont entièrement liés à la sape (Société des ambianceurs et des personnes élégantes). Cette dernière n'est plus seulement une culture mais toute une philosophie, à tel point que ses adeptes consacrent tous leurs gains à l'achat des vêtements, question de « nourrir le corps ». « Un homme doit nécessairement savoir mixer les couleurs afin de prouver son élégance. C'est l'habit qui fait l'homme », a soutenu un sapeur du cinquième arrondissement, Ouenzé, émerveillé du fait que le souhait de Célestin Moungabio a été honoré.

Sans exception de race, de croyance, de sexe ni de l'âge, la sape est considérée à la fois comme une religion, une idéologie de la propreté, un art de manier les couleurs et une tradition. En tout cas les avis divergent quant à la signification de ce concept mais le résultat reste le même : savoir bien s'habiller.

Au Congo, la sape est un puissant vecteur de l'unité nationale et du vivre ensemble. Elle est aussi un outil essentiel pour la promotion culturel du pays sur le plan international. Un domaine particulier dans lequel les Congolais s'illustrent depuis la nuit des temps, jusque dans les coulisses des grandes maisons de couture occidentales.

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