Cameroun: La cruauté des rites de veuvages

De nationalité camerounaise, Tatchou Lengya Ep Ahlijah Berline Laure est née le 30 janvier 1976 à Mbakomo, une bourgade de la ville de Yaoundé, la capitale.

Elle a senti dans sa chair humaine la cruauté des rites de veuvages. Un phénomène traumatisant qui prend de l'ampleur dans la société africaine.

Fille de Lengya jean et de Fazo Émilienne, elle a fait ses études jusqu'en classe de Terminale « D » après l'obtention d'un probatoire série « D ». Bien qu'étant infirmière de formation, elle a suivi également une formation en informatique (secrétariat bureautique).

Depuis le 12 juillet 2018, elle s'est vu obligée de rester aux États-Unis. Pourtant elle s'y était rendue pour accompagner son défunt époux le nommé AHLIJAH Djifa cofi Éric Serge Siméon.

En effet, Berline Tatchou a été d'abord traditionnellement mariée à son défunt petit frère Ahlijah Djifa Dagobert en mars 2014 et le 30 septembre de la même année, il est décédé de suite d'une courte maladie.

Après son décès, elle a été soumise aux rites de veuvage par la belle famille.

Durant deux mois, elle dormait sur un matelas fin à même le sol, portait le même vêtement et ne pouvait saluer personne de la main.

Le jour où il fallait « laver le veuvage », ses belles sœurs l'ont fait traverser le village nue jusqu'à la rivière. Elle l'ont couvert tout le corps avec de la cendre et l'ont fait rouler dans la boue. Tout au long du parcours, c'était un véritable chemin de croix. Elles le fouettaient atrocement en hurlant. C'était cruel, selon des témoins.

Après ces rites, elle s'est sentie blessée, humiliée et avilie. Elle ressentait une douleur physique du fait des tortures sans compter les injures proférées à son endroit.

Chaque jour, ses belles-sœurs furieuses, ne cessaient de l'accuser, elle la veuve, d'être à l'origine du décès de son époux.

« Le comportement diabolique de ses belles-sœurs au cours de ces rites de veuvage l'ont traumatisé. », a confié à Africa Info un de ses voisins qui a vécu cette période infernale pour la veuve.

La suite de cette histoire rocambolesque est que, du retour de la rivière, sa belle famille lui a imposé une réunion au cours de laquelle la résolution a été prise, et ce sans mon consentement, que M. Éric, le frère de son défunt mari allait la prendre comme épouse.

La raison avancée était que, parce qu'elle a été dotée, elle était devenue une marchandise sexuelle pour la famille. Une femme ainsi chosifiée qui avait perdue toute dignité humaine.

C'est ainsi qu'Éric l'a conduit chez lui, malgré elle, et ils ont vécu ensemble.

Le 26 mars 2015, ils ont célébré le mariage officiel. Malheureusement, aucun enfant n'était issu de ce mariage forcé jusqu'au jour ou l'hôpital a diagnostiqué un cancer de la gorge.

Après son opération, son ami Ewane fera parvenir à son époux encore convalescent une invitation pour qu'il vienne se reposer aux États-Unis et si possible poursuivre son traitement.

Le malade, craignant pour la suite décide de se faire accompagner par son épouse Berline. Ils atterrissent donc aux États-Unis le 12 juillet 2018.

Durant leur séjour, ils vont discuter de temps en temps de sa maladie qui en réalité ne s'améliorait pas. Voyant son mal s'empirer, il avouera à son épouse tel un testament qu'il ne pourra pas se remettre de cette terrible maladie.

Contre toute attente, il décide un matin de retourner au Cameroun pour suivre un traitement plutôt traditionnel.

Compte tenu de leurs moyens modiques, il demandera à son épouse de rester aux États-Unis en attendant qu'il revienne le chercher quand sa santé s'améliorera.

Par contre, il conseillera à sa conjointe de ne pas retourner au pays si jamais il décède, car conscient du fait qu'elle subirait les mêmes rites atroces de veuvage.

En tant que son épouse, elle va s'opposer à l'idée qu'il retourne seul au Cameroun parce que dans son fort intérieur, elle ne voyait personne qui le soutiendrai en ces moments difficiles.

Comme s'il savait qu'il allait mourir, le 14 janvier 2019, elle apprend son décès. Abattue, elle ne savait plus à quel saint se vouer.

Mais encore traumatisée par les rites de veuvages qu'elle a subies après la mort de son petit frère, elle choisira de ne pas retourner au Cameroun.Car sa vie était en danger quelque soit l'endroit ou elle se trouverait.

L'article 5 de la Déclaration universelle des droits de l'homme adopté le 10 décembre 1948 est formel : « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants. »

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