Libye: Des armes achetées par les Émirats aux Etats-Unis retrouvées à Gheryan

Photo d'archives

En Libye, la reprise de Gheryan par les forces du Gouvernement d'union nationale pourrait être un tournant militaire. La ville au sud de Tripoli était en effet stratégique pour les hommes du maréchal Haftar, qui encerclent la capitale.

Mais cet événement pourrait aussi mettre dans l'embarras les Émirats arabes unis (EAU). Car si le pays ne cache pas son soutien pour les rebelles, il vient d'être révélé qu'il leur aurait aussi fourni des armes achetées aux États-Unis, ce qui est évidemment formellement proscrit.

Des caisses portant l'inscription « Forces armées des Émirats arabes unis ».Et dans ces caisses, quatre missiles antichars Javelin, arme de fabrication américaine ultra-puissante avec une technologie infrarouge, à 170 000 dollars l'unité.

Voilà ce qu'auraient découvert les troupes du Gouvernement d'union nationale libyen dans une base tenue jusqu'alors par les hommes du maréchal Khalifa Haftar.

La cargaison a en effet été vendue en 2008 par les États-Unis, mais certainement pas pour terminer entre les mains d'un groupe luttant contre un gouvernement soutenu officiellement par les Nations unies, et par les Américains eux-mêmes - même si Donald Trump a récemment créé la confusion en semblant charmé par le maréchal Haftar.

Quoi qu'il en soit, Washington est bien embêté par cette double violation, de l'embargo sur les armes décidé par l'ONU en Libye, et surtout des obligations imposées aux Emirats concernant l'utilisation de ce matériel dévastateur. Mais que peuvent donc faire les États-Unis ? Washington reste pour le moment prudent avec cette information compromettante concernant l'un de ses principaux alliés au Proche-Orient.

Le soutien d'Abu Dhabi aux forces rebelles en Libye est connu, des équipements russes ou chinois sont fournis depuis longtemps.

Mais les EAU sont avant tout un allié privilégié de Donald Trump, qui a plus que jamais besoin d'appuis régionaux fiables dans son bras de fer avec l'Iran.

Le rapport Noria accable le camp Haftar

Par ailleurs, les mauvaises nouvelles s'accumulent pour l'homme fort de l'est libyen. Un rapport, diffusé cette semaine par Noria Research, un centre indépendant de recherches internationales, affirme que l'Armée nationale libyenne (ANL) adopte une stratégie de prédation visant à accéder à de nouvelles sources de revenus pour s'autofinancer.

La mainmise des milices de l'ouest sur des fonds publics et privés à Tripoli a été pointée dans plusieurs rapports d'experts depuis 2014. Mais les fonds publics et privés libyens sont également détournés à l'est du pays.

L'ANL cherche à contrôler les principales sources de revenus dans les régions qui sont sous sa domination, à l'est, au sud et au centre de la Libye, soit un territoire plus grand que la France. Selon le rapport, cette armée utilise son pouvoir politique et militaire pour étendre son influence sur les institutions politiques et financières, afin de promouvoir ses intérêts économiques de plus en plus importants.

Ainsi, elle bénéficie des exonérations fiscales et des avantages financiers associés à sa supériorité politique et militaire, ce qui suffit à écarter toute concurrence.

Le rapport de Noria Research détaille plusieurs aspects de ce financement illégal. Exemple : l'utilisation de la banque centrale parallèle pour imprimer de nouveaux dinars, ainsi que l'utilisation du marché noir pour les devises ce qui déprécie la monnaie et augmente la dette nationale.

L'enquête révèle aussi le recours de l'ANL au chantage. Elle pratique l'enlèvement, pour extorquer de l'argent aux employés de banque. Elle confisque également les fonds privés des personnes accusées d'être islamistes.

À bien des égards, son comportement est le même que celui des groupes armés à Tripoli, conclut l'étude.

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