Burkina Faso: Procès du putsch - Fatoumata Diawara demande pardon

Procès putsch manqué

Les avocats de la défense ont poursuivi leurs plaidoiries, le lundi 1er juillet 2019 devant le tribunal militaire de Ouagadougou, au cours desquelles ils ont requis l'acquittement de leurs clients ou à défaut, des circonstances .

A l'entame de sa plaidoirie, le 1er juillet 2019, Me Latif Dabo a attiré l'attention du président du tribunal militaire sur l'incompétence de sa juridiction à juger des civils dont son client, Abdoul Karim Baguian dit Lota. Toutefois, l'avocat s'est évertué à le défendre.

L'accusé est poursuivi pour dégradation volontaire aggravée de biens et coups et blessures volontaires. Son conseil a démontré que la première infraction n'est pas constituée, d'autant plus qu'à l'entendre, Lota était hors de Ouagadougou le 18 septembre 2015, jour où le domicile de feu Salifou Diallo a été saccagé et brûlé. Alors que pour lui, c'est ce fait qui est imputé à son client. C'est pourquoi, il a demandé de l'acquitter pour absence de preuves.

Par rapport à la seconde infraction sur les coups et blessures, Me Dabo a reconnu que l'acte matériel existe mais a mis en doute l'intention coupable. Car, a-t-il souligné, Lota lui-même n'arrive pas à expliquer son acte et a demandé pardon à Nicolas Kaboré, la victime. Pour son repentir, l'avocat a souhaité qu'on lui accorde des circonstances atténuantes.

Quant à l'accusé, il est resté sur sa position en réfutant la première infraction et en réitérant ses excuses à M. Kaboré. Les avocats Hamidou Sawadogo et Seydou Roger Yamba ont demandé au tribunal de prononcer à l'égard de leur client, Salifou Sawadogo, l'acquittement pur et simple.

Car, selon leur conviction, les faits de complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat, meurtre, coups et blessures volontaires qui lui sont reprochés ne sont nullement établis.

Même s'ils trouvent la réquisition du parquet (cinq ans assortis de sursis) favorable à l'ancien député, les avocats préfèrent sa relaxe, au regard des actes posés.

A entendre Me Sawadogo, leur client, en mission officielle au Maroc au moment de son inculpation, a accepté rentrer au pays alors qu'il avait la possibilité de fuir.

«C'est parce qu'il ne se reproche de rien», a-t-il clamé. Et Me Yamba de souligner que même le parquet n'a pu démontrer que leur client a été l'initiateur du rassemblement des manifestants au rond-point des Martyrs.

Salifou Sawadogo, lui, dit s'en remettre à la «sage» décision du tribunal. Me Yamba a également plaidé pour l'acquittement de l'accusé Souleymane Koné qui, pour lui, n'a obéi qu'à des ordres de son supérieur. «Il n'a ni patrouillé ni participé à aucune prise d'otage», a indiqué l'avocat.

«J'ai été stupide»

Poursuivi pour les mêmes infractions que Salifou Sawadogo, M. Koné avait aussi eu la clémence du parquet qui avait requis contre lui, 15 mois assortis de sursis. Tout en affirmant que ce procès lui a donné des leçons, il a promis une bonne conduite dans la vie si toutefois il est acquitté.

Mes Dabo et Yamba ont estimé qu'il n'y a pas de preuves suffisantes pour condamner leur cliente, Fatoumata Thérèse Diawara, sur qui pèsent les infractions de complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat et de trahison. C'est pourquoi, ils ont demandé au tribunal de prononcer l'acquittement ou à défaut d'être le plus clément possible à son égard.

A écouter Me Dabo, Dame Diawara est accusée d'avoir remis des sommes d'argent à certains militaires de l'ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) et interagi avec des généraux ivoiriens. Toute chose qui, à son avis, n'est pas fondée.

«Diawara ne s'est pas fait enrôler dans une armée ennemie et porter les armes contre le Burkina Faso», a-t-il soutenu, avant de signaler que dans les écoutes téléphoniques, le parquet a attribué une voix à leur cliente qui n'est pas réellement la sienne.

«Notre cliente n'est pas militaire pour donner des ordres ou des stratégies militaires, elle n'a jamais remis des sommes d'argent ni échangé avec un général étranger», s'est convaincu Me Yamba. Dame Diawara, quant à elle, a demandé pardon à tous ceux qui ont subi des torts. Compagne d'Ismaël Diendéré au moment des faits, elle s'est dit convaincue que ses déboires sont dus à son rapprochement avec cette famille.

«Depuis 2015, je paie le lourd prix de mon engagement, celui d'avoir voulu protéger mon compagnon et sa famille. Je ne suis ni politicienne ni militaire. J'ai été stupide», a-t-elle confié. La réquisition du parquet à son encontre (10 ans de prison ferme), elle les a trouvées excessives et demandé la clémence du tribunal afin qu'au-delà de sa personne, son enfant ne soit pas puni.

Un verdict exemplaire

Dans l'après-midi, Me Yamba a poursuivi sa plaidoirie avec la défense de son client, Hamidou Drabo. Pour lui, ce dernier ne peut être poursuivi pour complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat, car cette infraction est instantanée et ne peut être accomplie qu'en un trait. «Pourtant, Hamidou Drabo n'a fait qu'exécuter des ordres émanant d'une autorité irrégulière. Est-ce en cela qu'il est complice ? Un soldat doit obéissance à son supérieur hiérarchique. Il exécute les ordres sans murmure», a-t-il souligné. Pour lui, le comportement des troupes dépendra du verdict de ce procès, car il va asseoir le profil du bon militaire. Pour cela, il a demandé son acquittement car l'élément moral qui qualifie l'infraction n'existe pas. C'est Me Bali Bazémo, le défenseur des prévenus Issaka Ouédraogo et Gaston Seydou Ouédraogo, qui a pris la relève à la suite de Me Yamba. Selon lui, ses clients doivent être acquittés, parce que Gaston Ouédraogo bénéficie déjà d'un acquittement dans le réquisitoire du parquet. «Mais, il a été juste cherché du matériel de maintien d'ordre à la base aérienne. Il n'a jamais fait l'objet d'une condamnation», s'est-il justifié. Quant au caporal, Issaka Ouédraogo qui est à trois mois de sa retraite, l'avocat demande la clémence du tribunal parce qu'il a juste conduit le major Eloi Badiel au domicile de feu Salifou Diallo et chercher à s'informer auprès de ses frères d'armes au carrefour de la télévision BF1. D'ailleurs, a estimé l'avocat, la vidéo qui a été présentée comme un élément de preuve, le décharge. «Ces faits ne peuvent pas faire de lui un coupable et je prie le président du tribunal de constater qu'une infraction ne peut être retenue contre lui», a-t-il souligné. Me Martine Tologo, elle, avocate des accusés Soumaïla Diessongo et Mahamadi Zallé, a expliqué dans sa plaidoirie qu'aucune preuve n'a été présentée par le ministère public et qui démontre que ses clients sont poursuivis des faits de coups et blessures volontaires, de complicité de dégradation de biens. «A étudier de près leurs dossiers, Il n'y a pas suffisamment de charge contre eux. Alors, ils doivent être acquittés au bénéfice du doute ou subsidiairement, ils doivent bénéficier de circonstances atténuantes», a-t-elle déclaré. A sa suite, c'est Me Silvère Kiemtarboumbou, avocat des accusés Minata Guelwaré, Adama Kaboré et Tuandaba Timboué, qui a pris la parole. A l'entendre, le parquet a demandé respectivement les peines de 5, 7 et 25 ans fermes pour ses clients. Pour l'avocat, le ministère public s'est contenté de condamner sans donner des éléments qui justifient ces peines. Les plaidoiries des avocats de la défense se poursuivent ce mardi matin.

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