Libye: Migrants tués - La cheffe des droits de l'homme de l'ONU dénonce un possible crime de guerre

3 Juillet 2019

La cheffe des droits de l'homme de l'ONU a vivement condamné mercredi le raid aérien sanglant contre un centre de détention de migrants près de Tripoli, en Libye, une attaque susceptible, selon elle, de constituer un « crime de guerre ».

« Je suis choquée par les dizaines de migrants et de réfugiés morts et blessés au centre de détention de Tajoura.

Le fait que les coordonnées de ce centre de détention et le fait qu'il abrite des civils aient été communiqués aux parties au conflit indiquent que cette attaque peut, selon les circonstances, être un crime de guerre », a déclaré la Haut-Commissaire Michelle Bachelet, dans un communiqué rendu public ce mercredi à Genève.

Mme Bachelet note d'ailleurs que c'est « la deuxième fois que le centre de détention est touché pendant les hostilités en cours » et exhorte toutes les parties au conflit à prendre toutes les mesures possibles pour protéger les civils et leurs infrastructures, y compris les écoles, les hôpitaux et les lieux de détention.

Tout en insistant sur le respect des principes de distinction, de proportionnalité et de précaution, elle rappelle aux belligérants leur devoir de protection de la population civile sous leur contrôle « contre les effets d'une attaque, notamment en évitant de placer des objectifs militaires à proximité de sites civils ».

En outre, elle a réitéré « son appel à la libération urgente des migrants et des réfugiés détenus », mais aussi plaidé pour leur protection humanitaire, leur accès à des abris collectifs ou à d'autres lieux sûrs, loin des zones susceptibles d'être touchées par les hostilités.

« J'ai appelé à plusieurs reprises à la fermeture de tous les centres de détention pour migrants en Libye, où le personnel des droits de l'homme des Nations Unies a documenté une grave surpopulation, des actes de torture, des mauvais traitements, du travail forcé, des viols et une malnutrition aiguë, entre autres violations graves des droits de l'homme », a fait valoir Mme Bachelet.

De leur côté, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) ont demandé la cessation immédiate de la détention des migrants et des réfugiés.

L'OIM et le HCR exhortent l'ensemble du système des Nations Unies à condamner cette attaque et le recours à la détention en Libye.

Le HCR et l'OIM demandent une enquête immédiate sur les responsables

Selon le HCR et l'OIM, cette attaque mérite davantage qu'une simple condamnation. Une enquête complète et indépendante est nécessaire pour déterminer comment cela s'est produit et qui en est responsable, ainsi que pour traduire les responsables en justice.

« La localisation de ces centres de détention à Tripoli est bien connue des combattants, qui savent également que les personnes détenues à Tajoura sont des civils », ont souligné les deux agences.

Au moins 600 réfugiés et migrants, dont des femmes et des enfants, se trouvaient au centre de détention de Tajoura.

Le nombre « effroyable » de blessés et de victimes, suite à l'attaque aérienne de mardi soir à l'est de Tripoli contre le centre de détention de Tajoura, fait écho aux vives préoccupations exprimées par le HCR et l'OIM, concernant la sécurité des personnes dans les centres de détention.

Ce tout dernier épisode de violence rend également compte du danger évoqué par l'OIM et le HCR concernant les retours de migrants et de réfugiés en Libye après leur interception ou leur sauvetage en mer Méditerranée.

Dans ces conditions, les deux agences onusiennes appellent instamment la communauté internationale à mettre en place des couloirs humanitaires pour les migrants et les réfugiés qui doivent être évacués depuis la Libye.

« Dans l'intérêt de tous en Libye, nous espérons que les États influents redoubleront d'efforts pour coopérer afin de mettre d'urgence un terme à cet effroyable conflit », ont fait remarquer le HCR et l'OIM.

Par ailleurs, les deux agences onusiennes plaident pour la fermeture de ces centres. Si l'on inclut les victimes de Tajoura, environ 3.300 migrants et réfugiés sont toujours détenus arbitrairement à Tripoli et en périphérie de la ville dans des conditions abjectes et inhumaines.

Selon le HCR, les migrants et les réfugiés sont confrontés à des risques croissants à mesure que les affrontements s'intensifient à proximité.

Et sur place, les agences des Nations Unies ont déployé des équipes médicales. Par ailleurs, une équipe inter-institutions plus large des Nations Unies attend l'autorisation de se rendre sur place.

Le conflit en cours dans la capitale libyenne a déjà forcé près de 100.000 Libyens à fuir leur domicile. Le HCR et ses partenaires, dont l'OIM, ont transféré plus de 1.500 réfugiés depuis des centres de détention proches des zones de combat vers des zones plus sûres.

Par ailleurs, des opérations de l'OIM pour le retour volontaire à titre humanitaire ont facilité le départ de plus de 5.000 personnes vulnérables vers 30 pays d'origine en Afrique et en Asie.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: UN News

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.