Congo-Brazzaville: Mgr Fridolin Ambongo - « Le pays n'est pas suffisamment libéré »

interview

L'archevêque de Kinshasa s'est livré, le 3 juillet, à la radio Vatican. Comme à ses habitudes, cet homme de Dieu n'a pas eu sa langue dans la poche. Un entretien qui fera sans doute tâche d'huile, au regard du pavé jeté dans la mare.

Mgr Fridolin Ambongo Besungu a décrypté l'actualité politique du pays à la lumière du dernier message de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cénco) : « Libérez mon peuple (cf. Ex 3, 10). Pas d'entraves au changement ». En fait, pour le successeur de Laurent Monsengwo, la République démocratique du Congo n'est pas encore suffisamment libérée, nonobstant l'alternance intervenue au sommet de l'Etat, étant entendu que l'ancien régime continue encore d'influer sur le jeu politique en gardant une mainmise sur l'essentiel du levier du pouvoir : le parlement (les deux chambres), la Commission électorale nationale indépendante, la Cour constitutionnelle, la police, l'armée, les services secrets, etc.

« C'est pour ça qu'on se demande de savoir ce qui reste au nouveau président. L'actuel président n'a pas toute la coudée franche pour mettre en application sa politique », a regretté le prélat catholique, qui impute cette situation aux circonstances dans lesquelles s'est effectué l'avènement du nouveau pouvoir. « La situation est préoccupante. Vous savez tous de quelle manière l'actuel pouvoir est né. L'actuel pourvoir est né dans le contexte que nous connaissons et que nous avions dénoncé: dans le déni de la vérité. Mais nous nous sommes dit, nous comme pasteurs, on ne s'accroche pas à l'histoire. Parce que même du mal peut sortir le bien. Nous prenons ce pouvoir tel qu'il est là et essayons de voir comment on peut tirer le meilleur pour le peuple de Dieu avec ceux qui sont aux affaires », a-t-il déclaré.

Dans la foulée, il a exhorté Félix Tshisekedi « à travailler avec ses collaborateurs d'hier, ses anciens amis de l'opposition » vu la délicatesse de sa situation. « S'il tourne le dos à ses amis d'hier, ceux de l'opposition, cela le fragiliserait vis-à-vis de son allié au sein du pouvoir actuel, le Front commun pour le Congo».

Coopérer avec l'Eglise...

En fait, l'Église catholique entend accompagner le chef de l'Etat, Félix Tshisekedi, pour la réussite de son quinquennat, puisqu'il s'est montré disposé à collaborer avec les évêques, a indiqué Mgr Fridolin Ambongo. Et d'ajouter que la collaboration entre l'Église et le pouvoir en place devra être formalisée dans un accord-cadre, « un accord qui a déjà franchi toutes les autres étapes et qui n'attend que la signature du chef de l'Etat ».

Encouragé par la promesse du président de la République à le signer, Mgr Fridolin Ambongo a fait savoir que l'Église poursuivra sa lutte pour l'avènement d'un Congo nouveau. En plus de la pression que les évêques peuvent exercer à la base, l'archevêque de Kinshasa pense qu'il faudrait aussi que l'Etat jouisse pleinement de ses attributs dont une justice forte et impartiale qui fonctionne conformément aux lois de la République. « Quelles que soient les actions que l'Eglise pourrait mener demain, s'il n'existe pas une vraie justice qui est quand même la colonne vertébrale d'un Etat, toutes les initiatives que nous prendrons, si le juge est lui-même corrompu, il n'y a rien qui va marcher dans le pays », a-t-il déclaré.

Ses derniers mots sont, en fait, une exhortation à l'endroit des membres de la coalition Front commun pour le Congo-Cap pour le changement qui tendent à prendre le pays en otage, en mettant en sourdine les intérêts du peuple dont ils sont pourtant censés servir. « D'un côté, le peuple a choisi massivement le changement mais nous constatons contrairement au choix du peuple, que c'est l'ancien système qui continue. Alors notre intervention, c'est de rappeler à ceux qui sont là que quelle que soit la nature de leur coalition, qu'ils sachent que le peuple veut un changement et qu'ils ne bloquent donc pas cette volonté du peuple », a conclu Mgr Fridolin Ambongo.

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