Burundi: "Les Burundais n'oublient pas qu'ils meurent de faim" (Aline Ndenzako)

Nièce du héros de l'indépendance Prince Louis Rwagasore, Aline Ndenzako, critique la (ré)vision de l'histoire du Burundi par le président Nkurunziza.

Au Burundi, le président Nkurunziza veut renommer une grande avenue, l'aéroport et un stade Bujumbura. Il a fait cette annonce en début de semaine avec pour objectif affiché de "rendre hommage à des personnalités qui ont sacrifié leur vie pour le Burundi".

Depuis, la polémique ne cesse d'enfler : à cause de la décision en elle-même, mais aussi du choix des personnalités qui donneront leur nom aux endroits débaptisés.

"Un acte louable"

Difficile de trouver des voix qui critiquent l'initiative présidentielle à Bujumbura. Isaac Bakanibona, représentant légal de l'Association pour la consolidation de la paix au Burundi, salue une idée qui peut renforcer la cohésion nationale au sein d'un pays fragilisé par les violences.

"C'est un acte qui contribue à la promotion du patriotisme et au renforcement de la paix et de la sécurité, aussi au renforcement de la paix et dans le cadre de la réconciliation nationale. Rebaptiser ces endroits par des noms de personnes qui se sont distinguées dans la défense de la démocratie, dans la protection du pays contre l'impérialisme et l'ingérence étrangère, c'est un acte louable."

Déjà un parfum d'élections pour 2020?

En revanche, des opposants sur place et des associations de la société civile se montrent plus sceptiques.

Certains relèvent, comme Pierre Claver Nahimana du parti Sahwanya Frodebu, que l'annonce faite en marge des commémorations de l'indépendance survient à moins d'un an de la présidentielle, prévue pour le 20 mai 2020:

"Nous sommes en pleine période électorale, ce geste politique est interprété comme une forme de propagande pour les élections qui s'annoncent."

D'autres poussent plus loin la critique : le boulevard choisi par Pierre Nkurunziza pour être rebaptisé du nom d'Adolphe Nshimirimana, le responsable des services secrets assassiné début août 2015, n'a pas été prise au hasard : cet axe se trouve dans les quartiers de Cibitoke et Mutakura, fiefs de la contestation - et de la répression sanglante dans la capitale.

De plus, les "héros de la démocratie" que le président entend mettre en valeur avec la nouvelle nomenclature, n'ont pas été choisis au hasard, selon Aline Ndenzako. Cette Burundaise est chargée des droits de l'homme et des réfugiés au sein du Cnared, une plateforme de l'opposition en exil. Elle pense que Pierre Nkurunziza est "en train de se fabriquer un personnage pour, à termes, rétablir un royaume à la sauce qui lui convient".

Petite-fille du roi Mwambutsa IV et nièce d'un des héros de l'indépendance du Burundi, Louis Rwagasore (fondateur de l'Uprona), elle a fondé avec Beate Klarsfeld l'association "Mémoires communes, avenir commun". Elle regrette que l'histoire véhiculée par le pouvoir soit une mémoire officielle, unique, alors qu'elle entend mettre l'accent sur les "mémoires plurielles" des Burundais pour éviter de retomber dans les cycles de violence du passé.

Par ailleurs, se pose la question de l'urgence de la mesure de changement de noms dans un Burundi où la Commission d'enquête de l'ONU dirigée par Doudou Diène a de nouveau dénoncé cette semaine le "rétrécissement de l'espace démocratique", ainsi que "la restriction des libertés publiques".

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