Cote d'Ivoire: Pr Malan Kla Anglade - "Nous appelons les autorités et la population à une veille sanitaire"

interview

En prélude aux deuxièmes journées scientifiques de l'Ascad, qui se tiendront du 9 au 11 juillet au Palm club de Cocody, le président du comité d'organisation situe l'enjeu de cet important évènement.

Initialement prévues au mois de juin, les deuxièmes journées scientifiques de votre institution ont été fixées du 9 au 11 juillet. Quel est le point sur les préparatifs ?

Ces journées étaient effectivement fixées du 25 au 27 juin, mais il nous fallait respecter les agendas de plusieurs autorités qui ont exprimé leur intérêt et voudraient être présentes à ces deuxièmes journées scientifiques de l'Ascad qui se tiennent sous le thème : « Les enjeux de la sécurité alimentaire ».

Ces journées auront effectivement lieu les 9, 10 et 11 juillet au Palm club de Cocody et à ce jour, nous sommes prêts en terme d'organisation.

Les courriers d'invitation ont été adressés à plus d'une vingtaine de destinataires représentant les différents pans de la société. Les organismes de recherche ont été associés ainsi que toutes les universités.

La société civile également. Quatre ministères assurent la présidence de ces journées. Ce sont le ministère de l'Agriculture, le ministère des Ressources animales et halieutiques, le ministère de la Santé et celui de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.

Leurs ministres ont été cooptés comme coprésidents des journées scientifiques. A côté de cela, des structures techniques telles que le Cnra, le Centre suisse ont été associées et ont répondu à notre requête.

Certaines structures veulent aller même plus loin en initiant un prix à offrir aux meilleurs articles qui seront présentés ce jour.

Nous avons eu plus de cinquante communications. Ce qui augure de l'intérêt accordé à ces journées ainsi qu'au sujet dont il est question.

Comment justifiez-vous le choix du thème des deuxièmes journées scientifiques de l'Ascad ?

En nous inscrivant dans une approche scientifique, nous disons qu'il est bon de savoir que la mondialisation oblige les opérateurs à une production de masse pour satisfaire les populations.

Il y a donc un besoin d'accroître les élevages de poisson, de poulet, de porc et autres animaux comestibles. Et pour accroître la productivité et mieux répondre à la demande des populations, plusieurs produits chimiques et médicamenteux sont bien sûr utilisés.

On parle même de poulets aux hormones dans le langage courant, mais c'est bien une réalité en Côte d'Ivoire ! Ces animaux peuvent tomber malades ou être contaminés, d'où l'utilisation des antibiotiques.

Les produits à consommer peuvent pourrir, d'où l'utilisation des conservateurs. Il y a aussi l'utilisation de produits chimiques pour accélérer la croissance des animaux.

Notre préoccupation est de savoir si ces produits (antibiotiques ou conservateurs) sont utilisés par des sachants ; si les producteurs sont suffisamment consciencieux pour attendre le délai de carence ou d'élimination totale des produits médicamenteux dans l'organisme des animaux, avant de les mettre dans le circuit de la consommation.

Si tel n'est pas le cas, alors la population court un risque : celui de subir plus tard les effets secondaires des hormones administrés aux animaux et qui vont créer un désordre dans l'organisme des consommateurs.

Des effets tels que des résiliences aux antibiotiques par exemple. Des textes existent certes, mais les spécialistes nous diront si la surveillance est effectivement faite et comment elle est faite. D'ailleurs, à ces journées, l'Institut Pasteur présentera une communication sur les résidus des antibiotiques.

On voudrait que les actes de ces journées puissent servir aux gouvernants pour réorienter leurs stratégies. Nous leur déposerons les actes à travers notre ministère de tutelle. L'Ascad veut simplement pousser la réflexion à travers « L'accès aux aliments sans résidus de pesticides ».

C'est avec ce sous-thème qu'on abordera tous les aspects réglementaires, ainsi que les défis et les enjeux de la réglementation.

On verra « Les enjeux et les défis de la transformation et de l'innovation ». Un autre thème portera sur « Les différents aspects de traitement pour la protection des produits de consommation ».

Ne craignez-vous pas que cette plateforme de réflexion fasse baisser le chiffre d'affaires de certaines sociétés de production ?

Pas du tout. Ces journées scientifiques ne sont pas organisées pour faire peur aux gens, mais plutôt pour amener la population à prendre conscience.

Nous voulons créer un cadre de réflexion pour que les spécialistes et les autorités nous éclairent sur le cadre réglementaire concernant ce domaine.

Considérons les vendeurs de médicaments au marché, vous voyez, on s'est toujours dit que ce sont des pauvres dames qu'il faut laisser se débrouiller dans le petit commerce !

Mais enfin, comment voulez-vous que des personnes qui se livraient à la commercialisation de fruits et légumes par exemple se transforment d'un coup en sachant et se retrouvent du jour au lendemain en train de vendre des produits médicamenteux sans que cela dérange des spécialistes du domaine ?

Si nous n'essayons pas de dire aux gens qu'on veut certes avoir des droits, mais qu'il y a aussi des devoirs envers la société, à la fin, on ne va pas s'en sortir.

Les gens qui gavent les poulets aux antibiotiques doivent savoir qu'on ne peut pas mettre n'importe quelle quantité dans les récipients (abreuvoirs ou mangeoires) des poulets. Sont-ils réellement formés à cela ?

Observent-ils les délais de carence avant de vendre leur bétail ou leurs volailles ? C'est pour tout cela que nous invitons la population à la réflexion.

Nous pensons à un usage abusif des médicaments au niveau des éleveurs et nous voulons faire savoir aux gens que tout doit être encadré. Il faudrait qu'on sache que nous sommes les véritables consommateurs des produits injectés aux animaux comestibles.

Nous voulons aussi faire savoir aux autorités que les producteurs ne laissent pas toujours les poulets, les porcs, les bœufs et autres éliminer les hormones administrées avant de les mettre sur le marché, si bien que le danger se retrouve du côté des populations consommatrices.

On invite donc à ces trois jours de réflexion, ceux qui travaillent en amont et en aval dans ce domaine ; les vétérinaires savent bien dans quelles parties les produits injectés se concentrent. Ils peuvent de temps en temps faire des prélèvements pour voir s'il n'y a pas de résidus de ces produits.

En France, des études sont faites sur les vaches avant d'extraire le lait par exemple pour faire attention aux mycotoxines et autres. Il faudrait que l'on sache si ces types d'études sont réalisées ici en Côte d'Ivoire.

Nous voulons, par cette activité, sensibiliser les opérateurs du secteur à un peu plus de rigueur dans leurs pratiques. Sensibiliser les décideurs de manière à ce qu'ils aient un regard vigilant sur le secteur et appeler la société civile à une veille sanitaire.

Si un jour les autorités décident, ne serait-ce que de vérifier la teneur des produits utilisés dans les abreuvoirs, ce serait déjà un grand pas.

Vous savez que les vendeurs ont souvent des techniques pour protéger leur volaille et juste après consommation de ces produits d'entretien, les animaux comestibles se retrouvent directement dans nos casseroles. C'est pour tout cela que nous interpellons les consciences, parce que nous sommes tous concernés par cette réalité.

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