Afrique: Sommet extraordinaire de l'Union africaine - Libre-échange d'accord, mais sécurité d'abord

12e sommet extraordinaire de l'Union africaine - La ZLECAf operationnalisée à Niamey (Niger)

Une cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union africaine (UA) ont posé, ce 7 juillet à Niamey au Niger, la pierre angulaire de la construction de l'intégration des pays du continent.

En officialisant l'entrée en vigueur de la Zone de libre-échange économique continental (ZLEC), ils ont donné un second souffle à l'idéal du panafricanisme des pères fondateurs de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), devenue UA.

A défaut d'une unité politique de nos Etats poussée au stade du fédéralisme, dont ont rêvé des icônes du panafricanisme comme Kwame Nkrumah, Modibo Kéita ou Hailé Sélassié, il faut leur donner toutes les chances de booster leur intégration économique en favorisant l'expression de la complémentarité de leurs économies.

Dans cette perspective, une zone de libre-échange qui améliore les relations commerciales, la circulation des personnes et des biens, les investissements et l'emploi relève d'une bonne vision stratégique.

En effet, à long terme, les initiateurs de ce projet espèrent qu'il va contribuer à rompre la logique actuelle du commerce international qui fait de l'Afrique un réservoir de matières premières destinées à l'exportation et un vaste marché de consommateurs des produits finis des pays industrialisés.

Ce legs de la domination coloniale handicape grandement l'industrialisation des pays africains et les échanges commerciaux entre eux.

Il faut en sortir et le plus tôt serait le mieux. On comprend alors tout l'enjeu de ce sommet extraordinaire de Niamey qualifié d'« avancée historique » dans le processus d'intégration des pays africains.

Mais comme dit le poète Rudyard Kipling, « il faut rêver sans laisser ton rêve être ton maître ». A propos donc de la ZLEC, si l'on applaudit le leadership du président Paul Kagamé qui a porté sur les fonts baptismaux le traité fondateur, si l'on est admiratif de l'entregent du président Mahamadou Issoufou qui a accueilli ce sommet extraordinaire de l'UA, si l'on se félicite que 26 chefs d'Etat aient signé l'Acte, lui donnant ainsi officiellement naissance, on ne peut oublier les énormes difficultés sociopolitiques qui vont impacter sa mise en œuvre.

Passent encore la faible industrialisation de la plupart des pays africains, l'état désastreux de leurs voies de communication, les entraves administratives à la libre circulation des personnes et des biens, les taxes douanières non harmonisées entre Etats, mais quid du contexte sécuritaire bien délétère qui hypothèque la cohésion sociale et la paix sur le continent ?

N'est-ce pas que la paix est la condition sine qua non des échanges commerciaux, de l'intégration économique et pour attirer des investissements ? Comment des Etats en proie à l'insécurité, à des conflits communautaires, insuffisamment administrés peuvent-ils efficacement s'intégrer dans une zone de libre-échange ?

On ne désespère pas de voir ce miracle dans 5, 10, 20 ans, mais les faits sont têtus qui nous montrent une ville de Niamey transformée en camp retranché sous la coupe de 12 000 policiers, gendarmes et militaires à l'occasion du sommet inaugural de la ZLEC.

Au-delà de Niamey, c'est tout le Niger et, au-delà du Niger, le Mali, le Burkina, bref tout le Sahel, qui souffrent de l'insécurité du fait des attaques récurrentes des terroristes qui s'y sont sanctuarisés.

Que dire de la Libye, meurtrie par la guerre civile, de la Somalie qui vivote dans la peur des Shebbabs, de la RDC sous la menace des milices tribales dans ses provinces orientales et du Cameroun en bute au séparatisme ?

Hélas, les exemples ne manquent pas qui indiquent que la ZLEC est un bébé qui naît avec bien de handicaps dans un climat sécuritaire dégradé dans bien de pays africains.

Dès lors, et sans afro pessimisme, on est poussé à s'exclamer à l'adresse de l'Union africaine : Zone de libre-échange d'accord, mais sécurité d'abord !

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Plus de: L'Observateur Paalga

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