Guinée: Aminata Sylla, DG de la LONAGUI poursuivie pour rupture abusive de contrat

Une période noire promet de s'abattre sur la Loterie nationale de Guinée (LONAGUI). Alors qu'une lueur d'espoir commençait enfin à se dégager pour l'organe de régulation des jeux de hasard et de paris sportifs, il vient d'être assigné en justice pour rupture brutale et abusive de contrat.

La société Winiya SARL exploitante de la plateforme du Pari mutuel urbain (PMU) a déposé une plainte au Tribunal de commerce de Conakry.

Souvenez-vous en juillet 2009, à l'issue d'un appel d'offres très serré, Winiya a remporté le contrat d'exploitation de la plateforme PMU Guinée. Une difficile relance de ce secteur mis en faillite par des années de mauvaise gestion et de détournements.

Dans un courrier en date du 3 juin, Aminata Sylla, Directrice générale de la LONAGUI a lancé un préavis de fin de contrat à la société Winiya.

En effet, cette dernière est détentrice d'un contrat d'exploitation d'une durée de dix ans renouvelable si aucun manquement grave et avéré à ses obligations n'est établi. Or, jusqu'ici Winiya a respecté scrupuleusement le contrat qui le lie au ministère de l'économie et des finances.

Depuis mars 2019, cette a procédé à plusieurs tentatives de relance pour une renégociation devant aboutir à la signature d'un nouveau contrat qui sont restées sans suite.

La Direction générale la LONAGUI fait la sourde oreille et est visiblement déterminée à mettre à la porte Winiya de la gestion de la plateforme.

L'organe de régulation est accusé de violation de contrat qui stipule qu'il ne pourra être mis fin au contrat du concessionnaire qu'en cas de manquements graves et avérés à ses obligations« .

Autre accusation, il est reproché à la LONAGUI de ne pas respecter la clause bien visible qui dit : « la rupture abusive du contrat et concession désigne la résiliation unilatérale de celui-ci au cours de sa validité, sans préavis de trois mois« .

La première audience est prévue pour le mardi 9 juillet à 9h dans les locaux du Tribunal de commerce sis au centre-ville de Kaloum.

Des repreneurs peu fréquentables ?

Selon nos confrères de Confidentiel Afrique, Aminata Sylla lorgne déjà un remplaçant de Winiya dans la gestion de PMU Guinée. FLEXBET, une société détenue par le duo Michel Tomi et de Robert Feliciaggi deux sulfureux hommes d'affaires serait en bonne place.

Michel Tomi alias « le parrain des parrains » est considéré comme le dernier pilier de la mafia corse.

En 2010, un ancien garde de corps de la bande a révélé que Michel Tomi a blanchi 4 millions d'euros pour la mafia corse. Cet ancien membre de la mafia est traqué depuis par ses anciens collaborateurs de la mafia.

La Guinée est-elle en train de devenir un Etat paria qui accueille des hommes d'affaires suspectés d'avoir appartenu à des anciennes organisations de crimes organisés ? Visiblement Aminata Sylla est bien déterminée à enterrer Winiya pour des riches investisseurs peu recommandables.

Catastrophe humanitaire dans le futur ?

A ce jour, 153 travailleurs ayant un contrat à durée indéterminée (CDI) sans compter les 1023 vendeurs contractuels sur toute l'étendue de territoire sont menacés de perdre leurs emplois chez PMU Guinée.

Depuis l'annonce de la fin de son contrat, Winiya se préoccupe du sort de ces travailleurs qui nourrissent de centaines de familles. La Guinée n'est pas en reste de la réalité africaine, sur le continent, le revenu d'un travailleur nourrit à lui seul au moins sept personnes.

Quel sort est réservé pour ces travailleurs qui se verront sans revenu quand leur société fermerait. La LONAGUI n'a pas exprimé ses préoccupations relatives à l'avenir de ces milliers de Guinéens.

Des mauvais souvenirs

Dans un mémo en date du mois de mai 2019 dont Aminata.com a consulté, la LONAGUI se propose de gérer le Pari mutuel urbain (PMU). Certainement, en attendant l'arrivée des hommes sulfureux hommes d'affaires.

La Guinée a la mauvaise réputation de diriger ses entreprises. Depuis 1984, toutes les entreprises nationalisées ont connu une mauvaise fin liée sans doute à la mauvaise gestion et l'inexpérience de ses gestionnaires.

Le groupe Accor à l'époque gestionnaire de Novotel, le grand Hôtel de l'indépendance avait été mis dehors à l'arrivée d'Ibrahima Capi Camara comme Directeur général adjoint de l'hôtel.

Quelques mois après le départ du groupe français, l'hôtel a perdu de manière vertigineuse son aura. N'ayant pas résisté à la concurrence, le Grand hôtel de l'indépendance s'est vidé de sa clientèle.

Actuellement, il est en phase de fermeture. Vous vous souvenez de la SOTELGUI avec le départ des malaisiens ? Des milliers travailleurs sans salaire ont vécu l'enfer terrestre. Des cas de suicide avaient été enregistrés.

Fuite des investisseurs

Les conséquences d'une rupture abusive du contrat de Winiya sont incalculables et préjudiciables sur l'image de la Guinée. Selon un expert contacté par Aminata.com, la multiplication de ces pratiques risquerait de décourager les investisseurs.

Dans un Etat où l'arrivée d'une simple Directrice générale peut faire chambouler un contrat dûment signé par l'Etat, l'attirance des investisseurs ne sera pas au rendez-vous.

C'est pour cela que depuis l'arrivée au pouvoir d'Alpha Condé en 2010, le Chef de l'Etat a reçu des centaines de potentiels investisseurs, qui le lendemain rentrent sans revenir au pays. La Guinée doit créer des conditions de confiance devant attirer des investissements pour créer de la richesse.

Winiya, de la relance à la stabilité

A l'arrivée de PMU en Guinée pendant le régime de Lansana Conté, l'enthousiasme était au rendez-vous. Un nouveau jeu qui attire des centaines de milliers des parieurs par jours.

Mais au bout de quelques années, c'est le désenchantement, les gagnants n'arrivaient plus à récupérer leur gain. La mauvaise gestion a mis à terre la société.

En 2009, les nouvelles autorités militaires décident de relancer les jeux et lancent un appel à concurrence pour l'exploitation de la plateforme PMU Guinée. Après dépouillement, Winiya SARL remporte le marché.

Au début de ses activités en 2009, un peu plus d'un milliard de francs guinéens versé comme redevances à l'Etat.

Depuis les chiffres ne font qu'augmenter. En 2014, malgré la persistance catastrophique d'Ebola, les redevances augmentent à peu près à 13 milliards. Les recettes gonflent et l'Etat en profite pour se retrouver avec 24 milliards de francs guinéens en 2018.

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