Burkina Faso: Procès putsch manqué / Me Babou Bama - « Le filet non réglementaire du parquet a pris des alevins »

« Tout ce qui va sans dire va mieux en le disant.» cette assertion, les avocats de la défense se la sont appropriée, si bien que chacun d'eux ne ménage pas ses efforts pour tirer ses clients d'affaire, quitte à répéter ce que certains de ses confrères ont déjà eu à dire lors des plaidoiries précédentes.

Hier, 8 juillet 2019, a été riche en images utilisées notamment par Maître Babou Bama, qui a qualifié ses quatre clients d'alevins dans un filet « non conventionnel et non réglementaire » du parquet.

Les caporaux Massa Saboué et Seydou Lankoandé, le sergent-chef Médard Boué et le lieutenant Relwendé Compaoré : ce sont les quatre clients de Maître Babou Bama qui, selon lui, ont été pris au piège tels des mouches dans une toile d'araignée.

En effet, Moussa Saboué, né le 11 mai 1985 et décoré de la médaille commémorative avec agrafe Soudan, descendu du service le 15 septembre 2015, a été rappelé au palais le 16 dans la soirée pour s'entendre dire par ses chefs que le quartier était consigné.

Conducteur depuis 2008, il est affecté le même soir à la conduite du général Diendéré et fait ce travail de façon alternée avec d'autres frères d'armes jusqu'au 29 septembre où il conduit le général à l'ambassade des Etats-Unis puis à la Nonciature avant de se cacher à la Cour d'appel où il a ôté sa tenue militaire. Là-bas, il a été récupéré par des gendarmes.

Affecté à Bobo au 24e RIA de ladite ville, il s'y rend le 4 octobre mais est arrêté deux jours plus tard, soit le 6 octobre, dans une gare de la place. Le rôle joué par ce "chauffeur" lui vaut l'inculpation pour complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat, meurtres coups et blessures volontaires.

Le parquet l'a présenté comme faisant partie du carré de fidèles. A la lumière des écoutes, il a été désigné sous l'appellation "inconnu" qui aurait parlé à Dame Delta, à savoir Fatoumata Diawara pour une action de libération du général Djibril Bassolet.

Pour l'avocat, avoir conduit le général sur ordre de ses supérieurs hiérarchiques ne saurait être assimilé à une quelconque infraction de la part de Saboué. La mission bien accomplie de son client a même sauvé la vie du général, si bien qu'il devrait s'attendre à des félicitations et non à une action judiciaire.

« Monsieur le président, il y a des officiers ici et ailleurs, ils ont des conducteurs qui font bien leur travail ; ils seront attentifs au message que vous leur enverrez à travers votre décision », a lancé l'homme en robe noire au président du tribunal, Seydou Ouédraogo.

Le parquet lui reproche d'avoir voulu fuir en se retrouvant dans une gare de Bobo mais l'avocat a exigé des preuves qu'il n'a pu avoir : « Etre dans une gare ne veut pas dire qu'on veut fuir et si c'était le cas, un seul gendarme ne serait pas venu le chercher à moto. »

Quant aux écoutes, le maître de la parole a dénoncé vigoureusement une atteinte aux droits de la défense en ce sens que lesdites écoutes n'ont été communiquées à aucune phase de l'instruction jusqu'à l'ouverture du procès.

« Quand on n'a pas d'éléments, il faut être honnête et le reconnaître au lieu d'en créer », a déclaré l'avocat à l'intention de la partie poursuivante qui a requis 10 ans ferme contre l'accusé.

Et d'enfoncer le clou en ces termes : « Le filet du parquet est non conventionnel et non réglementaire ; parce qu'il y a eu putsch on ne peut pas se rendre en gare ni communiquer ? »

La religion de l'avocat est faite que l'infraction d'attentat à la sûreté de l'Etat est instantanée et ne saurait être continue elle a été commise vers 14 heures le 16 septembre et tous les actes qui ont maintenant suivi sont à inscrire dans la gestion du nouveau pouvoir.

Or, son client est venu après et a obéi à des actes légaux. Quant au caporal Seydou Lankoandé, moniteur de sport, il s'est rendu à Kosyam pour apprêter le matériel de sport.

La cordelette corrige, le caillou tue

Il a dû se plier aux exigences du quartier consigné. Le 17 septembre, il a été envoyé en mission de reconnaissance à la place de la Nation. Au cours de ladite mission, il a reconnu avoir porté des coups de cordelette à un manifestant qui l'a lapidé et ce dernier a rejoint ses camarades en courant.

Dans la soirée, il a été envoyé, aux côtés du lieutenant Boué Zagré, à la frontière togolaise pour recevoir du matériel donné à la gendarmerie et au commissariat.

Ce natif de Bogandé est resté au camp jusqu'au 28 avant de se rendre au camp Lamizana où il a été affecté. Voilà les hauts faits d'armes du caporal pendant les événements. Le parquet a requis 15 mois de prison avec sursis contre ce dernier.

Ce que juge injuste son avocat. « Le commandant Aziz Korogo est passé ici à la barre, il a dit que c'est la hiérarchie militaire qui a dit de rester ; il a donné des ordres à des soldats, a instruit des missions comme celle accomplie par mon client ; la gendarmerie et la police ont récupéré le matériel de ladite mission.

Où est l'infraction ? » s'est interrogé Maître Babou avant de poursuivre : « Il a reconnu avoir utilisé sa cordelette contre un manifestant qui le lapidait ; la cordelette corrige mais le caillou lancé avec force détruit. »

Pour l'avocat, les enquêteurs et même le parquet ne se sont pas accordés sur la date de l'infraction : est-ce le 16 ou le 23 ou encore après ? Par contre, c'est clair que s'il y a eu attentat à la sûreté de l'Etat, c'est bien le 16 vers 14 heures.

« On a l'habitude de dire que chacun porte sa croix ; mais on a même aidé l'auteur de la croix (ndlr Jésus-Christ) à porter la sienne.

Monsieur le président, la défense vous aide à porter la vôtre de sorte que vous preniez vos décisions avec sagesse et intelligence. Mon client n'a ni antérieurement, ni concomitamment, ni postérieurement agi dans le sens évoqué par le parquet, il n'a fait qu'obéir à des ordres de ses supérieurs. »

L'avocat insurgé

Le deuxième avocat à avoir pris la parole au cours de la journée était Alexandre Daboné, qui défend le soldat de 1re classe Sidiki Ouattara et le sergent Zoubélé Jean Martial Ouédraogo.

D'emblée, l'auxiliaire de justice a dit qu'il faisait partie des manifestants contre le putsch et qu'il avait beaucoup d'idées préconçues sur le RSP.

Commis d'office, il a fait un travail de remise en cause et pris le recul nécessaire pour aborder la question avec sérénité. Selon lui, une heure de justice vaut mieux que 70 ans de prière ; c'est pourquoi il y veille.

S'agissant du sergent Zoubelé Jean Ouédraogo, il a été appelé dans la soirée du 16 septembre après l'arrestation des autorités pour se voir confier pour mission de faire la ronde avec une moto autour du palais et de faire un tour à la place de la Nation.

Le soldat Ouattara, illettré et à qui on a dû trouver un interprète, a fait une "corvée" à la radio savane FM où son rôle s'est limité à réceptionner le matériel débranché.

Pour l'avocat, la dégradation aggravée de biens qu'on veut coller à son client ne tient pas la route car découlant d'une interprétation tendancieuse. En effet, il n'y a eu ni explosion à Savane FM avec usage de substance explosive ni incendie encore mois atteinte à la santé des riverains.

Revenant sur l'infraction de meurtre, l'avocat a relevé qu'on n'a pu la prouver. Non seulement il n'y a pas eu de mort ni l'intention de la donner, mais aussi on ne saurait globaliser les faits en disant que les 13 personnes ont été tuées par 65 personnes, comme le prétend le parquet.

Pour lui, on parle de meurtre lorsqu'il y a eu une intention et même si deux personnes tirent sur une victime, on retiendra le meurtre pour la première de ces personnes dont le coup est parti, et la tentative de meurtre pour la seconde.

Tout cela pour dire qu'en matière pénale, seul le fait personnel peut être retenu contre un accusé.

De tout ce qui précède, il a dit au président que seule une requalification des faits pour trouver d'autres chefs d'inculpation pourrait inquiéter son client, ce qui n'est plus possible à ce stade du procès. Conséquence : seul l'acquittement s'impose, selon lui.

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